Le Nobel de littérature à la Française Annie Ernaux, auteure des « Années »
par Simon Johnson et Elizabeth Pineau
STOCKHOLM/PARIS (Reuters) – Le prix Nobel de littérature 2022 a été attribué jeudi à la Française Annie Ernaux, une récompense que l’auteure des « Années » a dit vouloir utiliser pour poursuivre son « combat » contre les injustices sociales et en faveur des droits des femmes.
« Cela représente quelque chose d’immense au nom de ceux dont je suis issue (…) Je pense à tous les gens obscurs, à ma famille », a dit Annie Ernaux lors d’une conférence de presse chez son éditeur parisien, la maison Gallimard.
L’auteure âgée de 82 ans a dit vouloir poursuivre son « combat contre les injustices, tout ce qui est une forme d’injustice par rapport aux femmes, à ceux que l’on appelle les dominés. »
L’Académie de Suède a expliqué avoir récompensé l’écrivaine « pour le courage et l’acuité clinique dont elle fait preuve pour révéler les racines, la distanciation et les contraintes collectives de la mémoire personnelle ».
Après Jean-Marie Gustave Le Clézio en 2008 et Patrick Modiano en 2014, les jurés ont choisi de couronner de nouveau un auteur français.
Emmanuel Macron a rendu hommage à la lauréate sur Twitter.
« Annie Ernaux écrit, depuis 50 ans, le roman de la mémoire collective et intime de notre pays. Sa voix est celle de la liberté des femmes et des oubliés du siècle. Elle rejoint par ce sacre le grand cercle de Nobel de notre littérature française », a écrit le président.
Pour la ministre de la Culture, Rima Abdul-Malak, ce prix est « le couronnement d’une oeuvre intime et ‘porteuse de la vie des autres' ».
Le prix Nobel, qui est assorti de la somme de 10 millions de couronnes suédoises (environ 920.000 euros), est une consécration pour Annie Ernaux, dont l’oeuvre est essentiellement autobiographique.
Elle comprend des livres à succès comme « Passion simple » (1992), « L’Evènement » (2000), qui raconte son avortement dans les années 1960 à un moment où cet acte était interdit en France, et « Les années » (2008), vaste fresque sur le souvenir dans la France d’après-guerre que beaucoup considèrent comme son chef-d’oeuvre.
L’AVORTEMENT, « DROIT FONDAMENTAL »
Lors de sa conférence de presse, Annie Ernaux a insisté sur l’importance de défendre les droits des femmes, et en particulier le droit à l’avortement, acquis en 1975 en France et remis en cause dans des pays européens et certains Etats américains.
En écrivant « L’Evènement », « je n’imaginais pas que 22 ans plus tard le droit à l’avortement serait à nouveau remis en question », a-t-elle dit. « Je lutterai jusqu’à mon dernier souffle pour que les femmes puissent choisir d’être mères ou de ne pas l’être, c’est un droit fondamental. »
Interrogée sur la révolte réprimée des femmes voilées en Iran, Annie Ernaux a déclaré qu’elle était « tout à fait pour que les femmes se révoltent contre cette contrainte, parce que c’est une contrainte. »
L’écrivaine, qui prône la liberté de porter le voile islamique, estime que « ce n’est pas du tout le même contexte » qu’en Iran car en France « personne ne les contraint (…) c’est un choix », a-t-elle dit. « C’est ne pas vouloir reconnaître ce choix qui est, à mon avis, une erreur en France. »
En complément de la littérature, Annie Ernaux a présenté cette année au festival de Cannes un film élaboré avec son fils, David Ernaux-Briot, « Les Années Super 8 », réalisé à partir des bobines enregistrées dans les années 1970 par la petite caméra que son mari avait achetée et qu’il était seul à utiliser.
Issue d’un milieu modeste, Annie Ernaux a passé son enfance et sa jeunesse à Yvetot en Normandie, avant de devenir professeure agrégée de Lettres. Elle réside à Cergy (Val-d’Oise), ville nouvelle de la banlieue parisienne qui joue un rôle dans son oeuvre.
Elle était pressentie depuis plusieurs années pour le prix Nobel, tout comme Michel Houellebecq, favori des bookmakers britanniques ces derniers jours.
La « saison » des Nobel s’est ouverte lundi avec l’attribution du Nobel de physiologie ou de médecine au paléogénéticien suédois Svante Pääbo.
Les annonces du prix Nobel de la paix et d’économie sont prévues respectivement vendredi et lundi.
(Avec Niklas Pollard et Justyna Pawlak à Stockholm, Myriam Rivet à Paris, édité par Kate Entringer et Sophie Louet)
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
Agissez avec notre plateforme de médias chrétiens !
Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
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