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La France se prépare à un hiver incertain avec la baisse de la production d’électricité

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par Forrest Crellin, Silvia Aloisi et Nina Chestney

PARIS (Reuters) – La France ne produira probablement pas suffisamment d’énergie nucléaire cet hiver pour répondre aux besoins de ses voisins européens, qui s’efforcent de trouver des alternatives au gaz russe, et elle pourrait être contrainte au rationnement de l’électricité pour satisfaire à ses propres besoins.

Au cours du premier semestre, la France a perdu – au profit de la Suède – la place de premier pays exportateur net d’électricité en Europe, selon les données du cabinet EnAppSys.

La France est même devenue pour la première fois depuis le début des relevés en 2012 un importateur net alors qu’elle fournissait encore récemment environ 15% de sa production totale d’électricité aux pays de la région.

La production nucléaire française devrait chuter cette année à son niveau le plus bas depuis 30 ans et le nucléaire assure 70% de la production française d’électricité.

Les prix de gros de l’électricité en France pour 2023 ont battu une série de records, dépassant les 1.000 euros par MWH en août contre environ 70 euros il y a un an.

Cette explosion des prix s’explique par l’impact de la guerre en Ukraine, la flambée des cours du gaz et l’annonce d’un report de la remise en service de quatre réacteurs nucléaires d’EDF.

« La hausse vertigineuse des prix de l’électricité constitue une menace économique, les problèmes nucléaires de la France semblant devenir un plus grand enjeu que les flux de gaz russe », a déclaré Norbert Rücker, responsable de recherche chez Julius Baer.

Un nombre record des 56 réacteurs d’EDF est à l’arrêt pour des opérations de maintenance ou des problèmes de corrosion apparus en décembre dernier. Des restrictions de production ont par ailleurs été instaurées cet été à cause du réchauffement des cours d’eau utilisés pour refroidir les réacteurs.

Au 29 août, 57% de la capacité de production nucléaire était inutilisée, selon les données fournies par EDF.

D’après le calendrier du groupe, les niveaux de production devraient remonter à un peu moins de 50 gigawatts (GW) par jour d’ici décembre, contre environ 27 GW actuellement, les réacteurs reprenant progressivement leur activité avec l’hiver approchant.

Mais les observateurs de ce marché et les responsables syndicaux jugent cette prévision trop optimiste.

Au cours d’une année classique, la France produit environ 400 TWH d’électricité nucléaire, en exporte environ 10% pendant les mois les plus chauds et en importe durant l’hiver avec l’augmentation de la consommation.

Mais EDF prévoit que la production nucléaire sera de 280 à 300 TWH en 2022 – le plus faible niveau depuis 1993 – amenant la France à importer de l’électricité venue d’Allemagne et de Belgique dès l’été.

« Les perspectives pour l’hiver sont donc effrayantes », a déclaré Mycle Schneider, consultant dans le secteur de l’énergie nucléaire.

Six analystes interrogés par Reuters estiment que la capacité de production d’électricité en hiver sera inférieure aux prévisions d’EDF, de 10 à 15 GW par jour, au moins jusqu’à fin janvier, ce qui signifie que la France devra importer encore plus d’électricité alors que le reste de l’Europe sera également confronté à une pénurie d’énergie ou risquera des coupures de courant.

Selon une source parlementaire, les prix actuels de l’électricité illustrent un manque de confiance du marché dans la capacité du groupe à remettre en marche tous ses réacteurs à temps pour l’hiver même si le niveau de production du parc devrait s’améliorer.

« Nous devrions être en mesure de rétablir une grande partie des réacteurs actuellement hors service », a ajouté cette source. « Nous pouvons également demander aux Français de faire des efforts, pour réduire les pics de consommation notamment ».

La Première ministre Elisabeth Borne a appelé lundi les entreprises françaises à réduire leur consommation d’énergie car elles seraient les premières touchées en cas de rationnement.

CRAINTES DE COUPURES DE COURANT VOLONTAIRES

« Pour le passage de l’hiver 2022/2023, la situation est extrêmement préoccupante.(…) Annoncer qu’il n’y aura pas de délestage relève d’un pari très optimiste, sauf à connaître la météo, avec des températures clémentes », a déclaré Virginie Neumayer, représentante syndicale CGT chez EDF.

Même si l’électricien parvient à augmenter fortement sa production, les analystes estiment que le pays n’aura pas assez d’énergie à vendre à ses voisins privés de gaz russe.

« L’Espagne, le Royaume-Uni et l’Italie ont tous dû augmenter leur production domestique puisque les volumes d’exportation française ont été beaucoup plus faibles qu’à la normale », a déclaré Fabian Ronningen du cabinet de conseil Rystad Energy.

« Je pense que l’Italie serait le pays le plus impacté (si la France cesse d’exporter) puisqu’il s’agit globalement du plus grand importateur d’électricité d’Europe », a-t-il ajouté.

Les météorologues considèrent souvent La Niña, phénomène climatique marqué par une température anormalement basse des eaux équatoriales du Pacifique, comme un indicateur d’un hiver plus précoce et plus froid que la moyenne.

Le centre national de météorologie des Etats-Unis estime à 60% la probabilité que cela se produise pour la période décembre-février.

À plus long terme, des incertitudes subsistent quant à la capacité d’EDF, en passe d’être renationalisé, à maintenir de manière réaliste son parc nucléaire vieillissant ou à remplacer rapidement ses réacteurs.

Le président de l’Autorité de la sûreté nucléaire (ASN) a déclaré en mai que la résolution des problèmes de corrosion affectant certains des réacteurs pourrait prendre plusieurs années.

La construction des réacteurs de type EPR à Flamanville (Manche) et à Hinkley Point, en Angleterre, a accumulé des années de retard et des coûts supplémentaires de plusieurs milliards d’euros.

(Avec Benjamin Mallet et Leigh Thomas à Paris, Francesca Landini à Milan, version française Laetitia Volga, édité par)

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