TotalEnergies: Plainte pour homicide involontaire lors d’une attaque au Mozambique
par Forrest Crellin et America Hernandez
PARIS (Reuters) – Des rescapés et des familles de victimes d’une attaque perpétrée en 2021 par des insurgés au Mozambique ont déposé une plainte pénale contre TotalEnergies pour homicide involontaire et non-assistance à personne en danger, accusant l’entreprise de ne pas avoir assuré la sécurité de ses sous-traitants.
Le groupe pétrolier et gazier a rejeté ces accusations en déclarant qu’un plan d’évacuation avait été mis en oeuvre pour l’ensemble du personnel travaillant sur le site accueillant son projet de gaz naturel liquéfié Mozambique LNG, proche de l’attaque, y compris pour les sous-traitants.
« De la grande quantité d’éléments de preuve que nous avons pu rassembler, il apparaît que TotalEnergies était parfaitement consciente de la situation sécuritaire extrêmement préoccupante dans cette région, et une attaque (…) était prévisible », ont déclaré les avocats des plaignants dans un communiqué.
« Malgré les déclarations de la hiérarchie de TotalEnergies, la multinationale n’a pas été suffisamment diligente pour adopter un plan de sécurité permettant l’évacuation de ses sous-traitants. Une succession de négligences a contribué à la situation qui a permis le décès de nombreuses personnes », ont-ils ajouté.
Des insurgés islamiques avaient attaqué la ville portuaire de Palma en mars 2021, tuant de nombreux civils à proximité du site d’Afungi, sur lequel TotalEnergies développe son projet de gaz naturel liquéfié.
Alors que des sous-traitants travaillant sur le site s’étaient réfugiés dans un hôtel voisin – Amarula – par la suite assiégé, des hélicoptères de sauvetage avaient été envoyés par DAG, une société de sécurité privée travaillant avec le gouvernement du Mozambique. Ils auraient secouru une vingtaine de personnes.
Selon la plainte, la mission de sauvetage par hélicoptères n’a toutefois pas pu se poursuivre par manque de carburant et TotalEnergies a refusé d’en fournir au motif que le groupe ne voulait pas être associée à une société de sécurité privée.
Des sous-traitants ont alors tenté de fuir l’hôtel avec un convoi de véhicules qui est tombé dans une embuscade faisant plusieurs morts.
« MOZAMBIQUE LNG A PRIS LES MESURES QUI S’IMPOSAIENT »
La plainte a été déposée lundi par sept personnes, dont trois survivants et quatre parents de victimes décédées dans l’embuscade, qui reprochent aussi à TotalEnergies de ne pas avoir informé les sous-traitants des risques liés à l’attaque ou de son évolution.
TotalEnergies a pour sa part souligné, dans des réponses écrites à une série de questions, que l’augmentation de la menace terroriste avait entraîné une réduction « significative » du personnel de Mozambique LNG, de ses contractants et des sous-traitants début 2021.
Selon le groupe, le personnel restant mobilisé était logé sur le site d’Afungi et « avait pour instruction – pour des raisons de sécurité – de rester à l’intérieur du site en toutes circonstances ».
« D’après les informations à notre disposition, ces instructions ont été répercutées par les contractants de Mozambique LNG à leurs employés et à leurs sous-traitants et aucun contractant n’a informé Mozambique LNG de la présence de salariés réfugiés à l’hôtel Amarula », a ajouté TotalEnergies.
Le groupe a également fait valoir que, plusieurs ONG ayant dénoncé courant 2020 des exactions contre la population civile imputées à DAG, Mozambique LNG avait pris la décision « qu’aucune contribution ni aucun soutien ne seraient apportés aux opérations conduites par DAG ».
Globalement, le groupe estime que « Mozambique LNG a géré la crise localement et a pris les mesures qui s’imposaient dans l’urgence ».
« Lors de l’attaque de la ville de Palma, et d’après les informations dont nous disposons, l’ensemble du personnel de Mozambique LNG et des contractants et des sous-traitants de ceux-ci ont été évacués, ainsi que de nombreux civils. »
(Version française Benjamin Mallet ; édité par Kate Entringer)
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