Russie: La situation économique préoccupe de plus en plus gouvernement et banque centrale
LONDRES (Reuters) – Des prix du pétrole plus faibles, des contraintes budgétaires plus fortes et des entreprises aux situations financières plus fragiles sont les principaux risques auxquels est confrontée l’économie russe, selon deux documents de travail préparé par la Banque de Russie et le ministère russe de l’Économie.
Les taux d’intérêt à 21% limitent les volumes de prêts et l’investissement, ce qui érode les perspectives de croissance de la Russie, prévient dans son document le ministère de l’Économie.
« Un déficit d’investissement aujourd’hui est un déficit de croissance dans deux à trois ans », résume le document du ministère.
Or, l’équilibre budgétaire russe est menacé par la baisse des prix du pétrole, préviennent les deux documents.
Le rapport rédigé par la banque centrale s’inquiète des « risques importants » d’un recul des cours du baril si la production américaine de brut progresse, ou si les pays membres de l’Opep décident d’augmenter leurs volumes d’extraction, la capacité non utilisée pour les pays membres de l’organisme atteignant un record.
Washington sait l’impact du prix du brut sur l’économie russe, le secrétaire américain à la défense, Pete Hegseth, ayant estimé mercredi que la baisse des prix de l’énergie contribuerait à amener la Russie à la table des négociations.
« Les contraintes budgétaires à 5-10 ans pourraient être plus fortes qu’elles n’apparaissent actuellement », remarque de fait la banque centrale.
Les revenus liés à l’énergie, directement dépendants du niveau des prix du brut, représentent environ un tiers des recettes fiscales de l’État Russe, ce alors que le déficit budgétaire s’est envolé à 1.700 milliards de roubles (18 milliards d’euros) rien qu’en janvier.
Ce déficit est désormais financé par le fonds souverain russe, qui a vu ses volumes d’actifs liquides chuter de 112,7 milliards de dollars (108 milliards d’euros) début 2022 à 37,5 milliards de dollars.
« Ce fonds n’est PAS destiné à couvrir des périodes prolongées de déficit budgétaire », rappelle la banque centrale dans son rapport.
La banque centrale et le ministère de l’Économie n’ont pas répondu à des demandes de commentaires. Les deux rapports ont été préparés pour une réunion prévue le 4 février avec le Premier ministre Mikhaïl Michoustine.
COÛTS
Le ministère de l’Economie s’inquiète par ailleurs de l’envolée des coûts pour les entreprises, liée aux tensions sur les marchés du travail et à la progression des tarifs douaniers, des charges d’intérêts et des impôts.
En 2025, ces surcoûts représenteraient 14.800 milliards de roubles par rapport à 2024, soit 45% du volume d’investissements privés en immobilisations corporelles en 2024, calcule le rapport du ministère.
Le recul de la demande domestique et internationale pourrait limiter le pouvoir de fixation des prix des entreprises et éroder leurs marges, ajoute le document.
Le secteur privé pourrait être confronté à une situation financière plus difficile, ce qui ferait progresser les volumes de prêts non-performants, que les entreprises ne peuvent honorer.
En public, le président russe Vladimir Poutine et les hauts fonctionnaires du pays vantent régulièrement la résistance de l’activité domestique en dépit des sanctions internationales, jugeant que l’inflation persistante est le principal défi économique.
En privé, Vladimir Poutine se montrerait pourtant de plus en plus préoccupé par les distorsions déclenchées par la guerre, car les pénuries de main-d’œuvre généralisées, la faiblesse du rouble et les taux d’intérêt les plus élevés depuis plus de vingt ans pèsent sur les perspectives de croissance du pays.
(Reuters ; version française Corentin Chappron, édité par)
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