L’Europe, sauf Francfort, finit dans le rouge avec les craintes sur les taux
par Claude Chendjou
PARIS (Reuters) – Les Bourses européennes, à l’exception de Francfort, ont terminé en baisse mardi et Wall Street évoluait également dans le rouge à mi-séance, la tentative de rebond de la matinée s’étant essoufflée avec le regain des craintes sur les taux et la conjoncture économique à la suite des avertissements de plusieurs responsables de la BCE et experts.
À Paris, le CAC 40 a fini en repli de 0,19% à 6.210,22 points. Le Footsie britannique a cédé 0,88% après trois jours de fermeture pour cause de jour férié lundi. Le Dax allemand, en revanche, s’est distingué en progressant de 0,53%.
L’indice EuroStoxx 50 a reflué de 0,24%, le FTSEurofirst 300 de 0,7% et le Stoxx 600 de 0,67%.
Les marchés d’actions, qui pâtissaient depuis vendredi des propos sur les taux d’intérêt de Jerome Powell, le président de la Réserve fédérale américaine (Fed), ont affiché un timide rebond jusqu’à la mi-journée avant de se retourner à la baisse.
Plusieurs éléments ont contribué à la dégradation du moral des investisseurs: d’abord les chiffres mensuels de l’inflation en Allemagne qui ont montré que la hausse des prix avait continué d’accélérer avec un gain de 8,8% sur un an ce mois-ci après une hausse de 8,5% en juillet.
Alors que les données sur l’inflation dans l’ensemble de la zone euro seront connues mercredi, Madis Müller, le gouverneur de la Banque d’Estonie, a déclaré que la Banque centrale européenne (BCE) devrait inclure une hausse des taux d’intérêt de 75 points de base parmi les possibilités envisagées pour la réunion de septembre.
Klaas Knot, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a estimé pour sa part que l’institution devait rapidement « normaliser les taux d’intérêt » car l’inflation pourrait encore augmenter.
Peu après ces déclarations, les rendements obligataires en Europe, qui étaient en repli en matinée, ont bondi et celui du Bund allemand à deux ans a atteint en séance son plus haut niveau depuis 17 juin à 1,171%.
Avant cela, le président de la Fédération bancaire française (FBF), Nicolas Théry, avait déclaré que les banques de la zone euro allaient devoir faire face à une hausse progressive du risque de crédit à partir de la fin de l’année et tout au long de 2023 en raison des difficultés liées à la stagnation économique et aux pressions inflationnistes.
Aux Etats-Unis, où l’inflation et le risque de récession sont également un sujet de préoccupation, les regards sont tournés vers le rapport mensuel sur les créations d’emplois, le chômage et les salaires qui sera publié vendredi.
En attendant, les traders ont revu à la hausse leurs anticipations de relèvement de taux avec une probabilité à 76,5% d’une augmentation du coût du crédit de trois-quart de point en septembre contre 70% précédemment.
VALEURS EN EUROPE
En Europe, le compartiment bancaire, en hausse de 0,85%, a fini en tête, tandis que de l’autre côté du spectre, les ressources de base (-2,89%) et l’énergie (-2,65%), qui avaient fortement progressé dans les précédentes séances, ont accusé les deux plus fortes baisses.
BNP Paribas a avancé de 1,37%, Société générale de 1,36%, Deutsche Bank de 1,82% et Unicredit de 1,23% à la faveur des anticipations de hausse de taux.
Dans l’actualité des entreprises, Engie a cédé 0,67% après l’annonce par le groupe français d’une baisse de ses livraisons de gaz en provenance du géant russe Gazprom.
Le groupe parapétrolier norvégien Aker Solutions a bondi de 5,03% après l’annonce d’une fusion de ses activités de construction pétrolière et gazière sous-marine avec son compatriote Subsea 7 (-2,29%) et l’américain Schlumberger.
A WALL STREET
Au moment de la clôture en Europe, le Dow Jones recule de 0,78%, le Standard & Poor’s 500 de 0,94% et le Nasdaq de 1,12 %, le rapport JOLTS du département américain du Travail, publié mardi, ayant montré que les offres d’emploi aux Etats-Unis avaient augmenté en juillet à 11,239 millions, signe d’un dynamisme du marché du travail qui pourrait inciter la Fed à poursuivre un resserrement monétaire jugé agressif.
Les groupes technologiques comme Microsoft, Apple ou encore Nvidia, sensibles à l’évolution des taux, reculent respectivement de 0,96%, 1,34% et 2,16%.
L’indice CBOE de la volatilité, aussi appelé indice de la peur, monte pour la troisième séance d’affilée, à 26,76 points.
Côté résultats, Best Buy gagne 3,08% après avoir fait état d’une baisse moins marquée qu’attendu de ses ventes à données comparables sur le trimestre à fin juillet.
LES INDICATEURS DU JOUR
La confiance du consommateur aux Etats-Unis s’est améliorée plus que prévu en août avec un indice à 103.2 contre 95,3 juillet, selon l’enquête mensuelle du Conference Board.
CHANGES
L’euro, en hausse de 0,24% à 1,0019 dollar, repasse au-dessus de la parité avec le billet vert, profitant des spéculations sur l’ampleur de la hausse des taux de la BCE et le reflux des prix du gaz. Le dollar, qui a inscrit lundi un nouveau plus haut de 20 ans face aux autres grandes devises, est quasiment stable (-0,06%).
TAUX
Les rendements obligataires en Europe ont poursuivi leur hausse: celui du Bund allemand à dix ans, référence pour la zone euro, a gagné environ un point à 1,508%, mais le deux ans, encore plus sensible à l’évolution du coût du crédit, a avancé de près de six à 1,151% après avoir touché en séance un sommet depuis le 17 juin à 1,17%.
Le rendement des bons du Trésor américain à dix ans est quasiment stable à 3,1099% et celui à deux ans progresse de quatre points à 3,4681%.
PÉTROLE
Le marché pétrolier reflue nettement, victime des craintes sur la demande mondiale et l’annonce par le groupe public irakien SOMO que les troubles dans le pays ne perturbent pas les exportations de Bagdad.
Le Brent abandonne 5,64% à 99,16 dollars le baril et le brut léger américain (West Texas Intermediate, WTI) 5,54% à 91,64 dollars le baril.
A SUIVRE MERCREDI:
Publication à 09h00 GMT de la première estimation de l’inflation en zone euro pour le mois d’août.
(Rédigé par Claude Chendjou, édité par Sophie Louet)
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