La BCE relève à nouveau ses taux, pas de pause en vue
par Francesco Canepa et Balazs Koranyi
FRANCFORT (Reuters) – La Banque centrale européenne (BCE) a décidé jeudi de relever ses taux d’intérêt pour la huitième fois d’affilée et a laissé la porte ouverte à d’autres hausses, poursuivant le resserrement de sa politique monétaire malgré les signes de faiblesse l’économie en zone euro.
Comme attendu par les marchés, la BCE a choisi de relever ses taux d’un quart de point, ce qui porte son taux de dépôt à 3,50%, son plus haut niveau depuis 22 ans.
Elle a également annoncé qu’elle s’attendait à ce que l’inflation reste au-dessus de son objectif de 2% jusqu’en 2025 inclus.
« Les décisions futures du Conseil des gouverneurs feront en sorte que les taux d’intérêt directeurs de la BCE soient fixés à des niveaux suffisamment restrictifs pour assurer le retour au plus tôt de l’inflation au niveau de l’objectif de 2% à moyen terme, et qu’ils soient maintenus à ces niveaux aussi longtemps que nécessaire », a déclaré la présidente de la BCE lors d’une conférence de presse.
Christine Lagarde a ajouté que les hausses de salaires et celles des prix par les entreprises deviennent des facteurs d’inflation de plus en plus importants.
Au lendemain d’une pause de la Réserve fédérale dans son cycle, les observateurs se demandent quelle est l’ampleur des hausses de taux à venir en zone et pour combien de temps les taux resteront élevés.
Mais l’inflation dans la zone euro, à 6,1% sur un an, reste à un niveau plus important qu’aux Etats-Unis et en excluant les produits alimentaires non transformés et l’énergie, la croissance des prix ralentit lentement.
C’est ce qui incite la BCE à persévérer, en particulier après avoir été prise à contre-pied dans un premier temps par l’envolée des prix et entamé la remontée des taux avec quelques mois de retard sur les autres grands instituts d’émission.
PRÉVISIONS D’INFLATION RELEVÉES
Les services de l’Eurosystème ont relevé leurs projections sur l’inflation hors énergie et produits alimentaires, en particulier pour cette année et la suivante, « en raison d’évolutions haussières antérieures non anticipées et des effets de la vitalité du marché du travail sur le rythme de la désinflation », a fait savoir la BCE dans un communiqué.
Les nouvelles projections montrent un taux d’inflation sous-jacente estimé à 5,1% en moyenne en 2023 (contre 4,6% précédemment), avant 3,0% en 2024 (contre 2,5%) et 2,3% en 2025 (2,2%).
« A moins d’un changement important de notre scénario de base, il est très probable que nous continuerons à augmenter les taux en juillet », a annoncé Christine Lagarde. « Nous n’envisageons pas de faire une pause. »
De nombreux responsables de la BCE ont déjà fait savoir qu’ils étaient enclins à augmenter les taux à nouveau en juillet. En ce qui concerne la réunion de septembre, leurs positions n’est pas encore faites.
Sans nul doute que les statistiques qui seront publiées d’ici là permettront d’y voir plus clair.
NETTE HAUSSE DE l’EURO
Deux trimestres de contraction économique en Allemagne ont entraîné l’ensemble du bloc des 20 dans une légère récession l’hiver dernier et le PIB ne devrait connaître qu’une modeste progression cette année.
Le chômage, lui, a atteint un niveau record et la croissance des salaires s’accélère, même si elle reste inférieure à l’inflation.
La hausse des coûts d’emprunt freine à la fois la demande de crédit des ménages et des entreprises que la volonté des banques d’octroyer des prêts, mais la consommation résiste bien en termes nominaux.
« Les hausses de taux passées du Conseil se transmettent avec force aux conditions de financement et ont progressivement un impact sur l’ensemble de l’économie », a souligné Christine Lagarde.
« En avons-nous fini? Non. Nous ne sommes pas arrivés à destination. Avons-nous encore du chemin à parcourir? Oui, nous avons encore du chemin à parcourir », a-t-elle ajouté.
La perspective de prochaines hausses de taux a permis à l’euro de monter à son plus niveau depuis un mois face au dollar, à 1,0897 (+0,72%).
Sur le marché obligataire, le rendement des emprunts d’Etat allemands à dix ans a atteint 2,548% avant de se stabiliser autour de 2,45%. Les indices boursiers européens ont momentanément creusé leurs pertes avant de revenir à leur niveau précédant les annonces.
« La surprise vient de la révision à la hausse des prévisions d’inflation, mais ils ont surtout augmenté la prévision du ‘CPI core’ pour l’année prochaine. Ils sont clairement plus préoccupés par le fait que l’inflation mettra plus de temps à diminuer », a déclaré Colin Asher, économiste en chef chez Mizuho.
« Les prévisions étaient plus ‘hawkish’ que prévu. Le marché s’attendait déjà à une hausse fin juillet et il y aura maintenant des points d’interrogation sur la réunion suivante », a-t-il ajouté.
(avec la constribution de Marc Jones, version française Laetitia Volga, édité par Kate Entringer)
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