Hermès fait fi du ralentissement du luxe et éclipse ses rivaux au 3e trimestre
par Florence Loeve
PARIS (Reuters) – Le groupe de luxe Hermès a annoncé jeudi une hausse de 11,3% de ses ventes à taux de changes constants sur un an au troisième trimestre, défiant le ralentissement du secteur qui affecte ses principaux concurrents.
Le fabricant des sacs Birkin a généré 3,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires pour les trois mois courant jusqu’à septembre.
Un consensus cité par Jefferies prévoyait une augmentation des ventes en données organiques de 11% sur le trimestre par rapport à la même période en 2023.
Le groupe de luxe français continue donc de surpasser nettement ses concurrents, à commencer par LVMH et Kering, freinés par le ralentissement économique en Chine.
« Il n’y a pas eu de rupture de tendance sur la Grande Chine. Hermès se démarque donc des autres grandes marques, d’après les dernières publications qu’on a pu voir », a estimé Eric du Halgouët, le directeur financier du groupe, lors d’une conférence téléphonique avec des journalistes.
Les sacs à main de Hermès, comme le très convoité modèle Birkin qui coûte un minimum d’environ 10.000 euros, sont accessibles uniquement pour les clients les plus fortunés – ces derniers étant généralement moins vulnérables à la conjoncture économique.
« Cette publication devrait servir de rappel que le consommateur du luxe (en plus des Chinois) est toujours là et dépense pour des marques à forte désirabilité et avec une bonne architecture de prix », observent dans une note les analystes de JPMorgan.
A la Bourse de Paris, l’action Hermès gagnait 1,77% à 2.097 euros vers 08h50 GMT, parmi les meilleures performances du CAC 40, en hausse de 0,71% au même moment.
L’action Hermès a augmenté d’environ 9% depuis le début de l’année. Le groupe a distancé ses rivaux: le titre LVMH a ainsi baissé de 15% environ sur la même période, tandis que celui de Kering a accusé une chute de 40%.
« Nous considérons Hermès comme la meilleure opportunité actuelle pour protéger le portefeuille d’un difficile second semestre 2024, souffrant d’un ralentissement mondial cyclique, exacerbé par les problèmes structurels en Chine », a estimé Luca Solca, analyste chez Bernstein, notant que toutes les branches de Hermès, sauf l’horlogerie, ont annoncé une croissance plus importante qu’attendu.
LÉGÈRE HAUSSE EN CHINE
Les ventes de Hermès en Asie, portées par le Japon, ont augmenté de 4,6% au troisième trimestre par rapport à la même période en 2023 à taux de change constants. La région Asie-Pacifique hors Japon, dominée par le marché chinois, a augmenté de 1%.
« Nous sommes toujours confrontés à la baisse de trafic [en magasins] constatée après le Nouvel An chinois, mais il n’y a pas d’inflexion supplémentaire », a affirmé Eric de Halgouët. Il a expliqué « compenser cette inflexion par une stratégie de valeur, avec une hausse de la valeur des paniers moyens ».
Si Hermès, à l’instar d’autres concurrents, a considérablement augmenté ses prix ces dernières années, le directeur financier a déclaré qu’il n’y avait « pas eu de nouvelles hausses de prix » depuis celle de « 9% en début d’année ».
Lors d’une conférence téléphonique avec des analystes, Eric de Halgouët a estimé que la croissance des ventes ne reposait pas uniquement sur ces augmentations de prix.
Le directeur financier n’a pas souhaité donné de chiffres au niveau mondial, mais a cité l’exemple de la France et l’Europe, où il estime que la croissance est permise par « un effet volume et mix très fort » ainsi que « des relais de croissance » en dehors de la division maroquinerie.
Au troisième trimestre, les chiffres d’affaires en Europe et en Amériques ont progressé respectivement de 17,4% et de 13,4% à taux de change constants.
En France, qui représente environ 40% des ventes européennes, le chiffre d’affaires de Hermès a progressé de 13,1%. Le pays « confirme sa dynamique malgré une légère baisse du trafic dans les magasins parisiens en raison des Jeux Olympiques », a indiqué Hermès dans un communiqué.
Eric du Halgouët a déclaré « évaluer à environ 300 millions d’euros de complément d’impôt au titre de 2024 » l’impact potentiel de la contribution exceptionnelle envisagée dans le cadre du projet de loi de Finances pour 2025 du gouvernement français.
(Avec Mimosa Spencer, édité par Blandine Hénault)
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