Casino au coeur d’une bataille entre milliardaires
par Mathieu Rosemain, Chiara Elisei et Laura Lenkiewicz
PARIS (Reuters) – En grandes difficultés financières, Casino aiguise les appétits de plusieurs grands noms du capitalisme français, marquant la perte de contrôle probable de Jean-Charles Naouri après 30 ans de mainmise sur le distributeur stéphanois, selon des analystes et des banquiers d’affaires.
Deux offres concurrentes, proposant toutes deux d’injecter 1,1 milliard d’euros dans Casino, ont émergé ces dernières semaines avec d’un côté le trio d’hommes d’affaires constitué par Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Moez-Alexandre Zouari, et de l’autre le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky.
Casino a dit mercredi avoir reçu une « manifestation d’intérêt préliminaire » du trio Niel-Pigasse-Zaouri, qui ne constitue pas « une offre ferme » à ce stade.
Fin avril, Daniel Kretinsky, déjà actionnaire de Casino à hauteur de 10%, a proposé pour sa part de prendre le contrôle du groupe via une augmentation de capital.
Les deux offres impliquent une restructuration de la dette de Casino, qui s’élève à 6,4 milliards d’euros, un processus dans lequel les principales banques françaises BNP Paribas, Crédit Agricole et Natixis auraient leur mot à dire.
Selon un banquier d’affaires de haut rang qui a travaillé avec Casino dans le passé, le groupe a cruellement besoin d’argent frais et personne n’accepterait d’injecter des liquidités sans prendre en échange le contrôle de l’entreprise.
L’ÉTAT ATTENTIF
La bataille autour de Casino démarre alors que débutent à peine les négociations officielles entre le groupe et ses créanciers. Elle pourrait s’élargir avec l’intérêt de concurrents comme Carrefour et Auchan, selon plusieurs médias français.
Le dossier est aussi suivi de près par l’Etat français.
« On suit le dossier parce que c’est un employeur important, parce qu’il y a des enjeux financiers », a déclaré un fonctionnaire du ministère des Finances.
« On va vers une restructuration financière donc il est important que tout cela se fasse en bon ordre », a-t-il ajouté.
D’après lui, aucune offre n’est privilégiée par le gouvernement mais certains analystes estiment que la proposition du trio Niel-Pigasse-Zouari est potentiellement plus attrayante pour les autorités.
« La proposition de Kretinsky semble être un meilleur accord pour les créanciers mais le gouvernement français pourrait craindre un démantèlement complet de Casino par un milliardaire étranger », a déclaré à Reuters Clément Genelot, analyste chez Bryan Garnier.
NAOURI « HORS JEU »
Dans le cadre de leur proposition, les hommes d’affaires Xavier Niel, Matthieu Pigasse et Moez-Alexandre Zouari prévoient d’injecter eux-même directement 200 à 300 millions d’euros, le solde étant souscrit par des partenaires qui s’associeraient à leur projet.
« L’option de participer à une transaction pourrait être intéressante et permettre de meilleurs recouvrements », a déclaré un détenteur d’obligations de Casino à Reuters. « Les fonds propres sont profondément dégradés et à moins qu’il (Naouri) n’investisse lui-même beaucoup d’argent frais, il devrait être hors jeu. »
De son côté, Daniel Kretinski a proposé que Fimalac, holding de Marc Ladreit de Lacharrière et autre actionnaire de Casino, puisse souscrire à une augmentation de capital qui lui serait réservée, à hauteur de 150 millions d’euros. Une option que Fimalac a confirmé étudier auprès de Casino, selon un communiqué du groupe de distribution diffusé après la clôture.
Un porte-parole de Casino s’est refusé à tout autre commentaire au-delà de sa déclaration de mercredi ou au nom de Jean-Charles Naouri.
Xavier Niel est notamment connu pour son groupe de télécommunications Iliad; Matthieu Pigasse est un banquier d’affaires influent et Moez-Alexandre Zouari dispose d’une solide expérience dans la distribution alimentaire.
De son côté, Daniel Kretinsky a multiplié les investissements en France ces dernières années. L’homme d’affaires tchèque détient des participations dans Fnac Darty, TF1 et est en négociation avec Vivendi pour racheter la maison d’édition Editis.
Il est aussi actionnaire dans le journal Le Monde, aux côtés de Xavier Niel et de Matthieu Pigasse.
(Rédigé par Nicolas Delame et Blandine Hénault, édité par Kate Entringer et Jean-Stéphane Brosse)
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