Avec Hercule, EDF serait bien plus ambitieux dans les renouvelables, selon son PDG
La réforme envisagée de la régulation du nucléaire français et le projet Hercule de réorganisation d’EDF permettraient au groupe de faire face à ses besoins d’investissements et potentiellement de doubler ses objectifs en matière d’énergies renouvelables, a déclaré mercredi son PDG, Jean-Bernard Lévy.
Le projet Hercule, qualifié par le dirigeant de « difficile », vise à améliorer les capacités de financement d’EDF en logeant ses activités dans des ensembles distincts, ce qui risque selon les syndicats d’entraîner un démantèlement et une privatisation partielle de l’entreprise.
« Nous visons aujourd’hui 50 gigawatts de capacités renouvelables à l’horizon 2030. Nos calculs nous montrent qu’avec la réforme, nous pouvons viser un doublement de cette capacité renouvelable, monter de 50 à 100 gigawatts », a annoncé Jean-Bernard Lévy lors d’une audition au Sénat, en précisant qu’EDF ciblerait en priorité de nouveaux développements dans l’hydraulique, le solaire photovoltaïque et l’éolien en mer.
A fin 2019, les capacités de production électrique renouvelables nettes installées d’EDF atteignaient 32 gigawatts.
« On essaie de faire en sorte qu’EDF revienne dans le peloton de tête des énergéticiens européens et, aujourd’hui, nous ne le sommes plus », a dit Jean-Bernard Lévy, rappelant que le modèle d’EDF « Vert » avait déjà été retenu par des grands concurrents du groupe, notamment l’espagnol Iberdrola et l’italien Enel.
Le PDG est également revenu sur le schéma envisagé en expliquant que le plan Hercule passerait par la création d’un premier ensemble regroupant un « EDF Bleu » pour le parc nucléaire et thermique – qui pourrait être intégralement renationalisé – et une branche « Azur » pour l’hydroélectricité, dans un système de quasi-régie permettant d’éviter une mise en concurrence des barrages du groupe.
EDF, dont l’Etat détient aujourd’hui 83,7% du capital, créerait un deuxième ensemble, nommé « EDF Vert », incluant les énergies renouvelables, la distribution, les services, la commercialisation et les activités à l’international, dont le capital serait ouvert à des actionnaires minoritaires – potentiellement à hauteur de 30% – et bénéficiant d’un financement propre.
LA RÉGULATION ACTUELLE EST « UN POISON » POUR EDF
Estimant que la régulation actuelle – connue sous le nom d’Arenh et obligeant EDF à céder une partie de sa production à ses concurrents à un prix ne couvrant pas ses coûts – constituait « un poison » pour le groupe, le PDG a précisé que la nouvelle régulation envisagée se traduirait par un prix fixe et non plus par un « corridor » précédemment envisagé.
EDF a été dégradé à cinq reprises par les agences de notation et a dû céder pour plus de 10 milliards d’euros d’actifs ces dernières années.
Il a aussi dû procéder à une augmentation de capital de 4 milliards d’euros en 2017 dont 3 milliards souscrits par l’Etat, a rappelé Jean-Bernard Lévy en soulignant le risque de « déclassement » du groupe, « surendetté ».
« Alors que nous sommes déjà l’un des plus gros emprunteurs parmi toutes les entreprises de la zone euro (…), nous savons que, sans la présence de l’Etat au capital, nous devrions interrompre notre programme d’investissement. »
A fin juin 2020, la dette financière nette d’EDF s’établissait à 42,0 milliards d’euros.
Le gouvernement n’a pas de certitude que ses discussions avec Bruxelles concernant le projet Hercule et la nouvelle régulation aboutissent et devra réfléchir à « un plan B » pour EDF en cas d’échec, avait déclaré jeudi la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili.
Mercredi, Jean-Bernard Lévy a estimé que le maintien impératif de l’intégrité du groupe impliquerait qu’il conserve « une seule stratégie », des fonctions mutualisées et sa marque; que ses différentes entités ne se fassent pas concurrence mais coopèrent; ou encore que ses salariés puissent « circuler d’une entité à l’autre ».
(édité par Blandine Hénault)
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