Mort du romancier Milan Kundera, qui disparaît derrière son oeuvre
Le romancier français d’origine tchèque Milan Kundera, mort à Paris à 94 ans, laisse derrière lui une oeuvre traduite dans le monde entier, marquée par des romans qui exploraient les tiraillements existentiels de personnages en quête d’identité dans une Tchécoslovaquie grise et opprimée.
Exclu deux fois du Parti communiste tchécoslovaque avant de quitter définitivement la République soviétique en 1975, Milan Kundera réfutait une lecture exclusivement politique de ces romans, cités comme témoignages du totalitarisme.
« Le romancier n’est ni historien ni prophète: c’est un explorateur de l’existence », disait-il en 1987 dans un entretien à la Paris Review, tout en démentant par ailleurs s’inscrire dans un réalisme psychologique.
Aussi ses romans baignés d’ironie, aux accents érotiques et philosophiques, s’attachaient-ils souvent à une multiplicité de points de vue, comme dans son plus grand succès, « L’Insoutenable légèreté de l’être » (1984), où Tomas, Tereza, Sabina et Franz, incarnent différentes lignes morales sur fond d’irruption des chars soviétiques en 1968 à Prague.
« La vie humaine n’a lieu qu’une seule fois et nous ne pourrons jamais vérifier quelle était la bonne et quelle était la mauvaise décision, parce que dans toute situation, nous ne pouvons décider qu’une seule fois », écrit-il dans ce roman.
Né le 1er avril 1929 d’un père pianiste à Brno, en Moravie, Milan Kundera adhère au Parti communiste tchécoslovaque à la fin de la Seconde Guerre mondiale avant d’en être exclu en 1950 pour un mot de trop, raconté en 1967 dans son premier roman « La Plaisanterie ».
Contraint d’abandonner ses études de littérature à l’université Charles de Prague, il vit de petits boulots, notamment musicien de jazz, avant de devenir professeur à l’Institut d’études cinématographique de Prague, où il formera le réalisateur Milos Forman avant que ce dernier n’émigre aux Etats-Unis.
UN EXIL FRANÇAIS AMBIGU
Frappé de censure et à nouveau exclu du Parti en 1970 dans le sillage de l’invasion soviétique, il écrit « La Vie est ailleurs » (1973), qui remporte le Prix Médicis, puis « La Valse aux Adieux » pour ensuite s’exiler en France avec son épouse Vera en 1975. Il est déchu de la nationalité tchécoslovaque en 1979 ; François Mitterand demande sa naturalisation en 1981.
« Claude Gallimard (…) nous a encouragés, ma femme et moi, à émigrer ; c’est ainsi qu’un jour nous nous sommes retrouvés à Rennes. Content de mener la vie anonyme et presque idyllique d’un professeur de province, je ne ressentais aucunement le désir d’écrire », se souvenait-il dans le Nouvel Observateur à l’occasion de l’entrée de son oeuvre dans la Pléiade en 2011.
Une fois à Paris, il se consacrera pourtant exclusivement à l’écriture – avec « Le Livre du rire et de l’oubli » (1979), « L’Insoutenable Légèreté de l’être » (1984), « L’Immortalité » (1990) – et prendra ses distances avec son pays d’origine, à l’opposé de son compatriote Vaclav Havel, auteur comme lui et opposant, qui accédera en 1989 à la présidence de la République fédérale.
Signe de l’ambiguïté de sa popularité dans son pays natal, la presse tchèque l’accusera en 2008 d’avoir dénoncé un jeune déserteur aux autorités communistes en 1950.
« Je vis en France pleinement, je ne me sens pas être un émigré, un nostalgique qui pense toujours à son pays d’origine », expliquait-il en 1987 à la chaîne suisse RTS, dans l’une des dernières interviews qu’il devait accorder à la presse.
Depuis son appartement du 6e arrondissement, il écrivait en français depuis 1995, « La Lenteur », « L’Identité », « L’Ignorance » et « La Fête de l’insignifiance » (2014), son dernier roman parachevant une oeuvre derrière laquelle il disait vouloir « disparaître », selon les termes de « L’Art du roman » (1986).
« Le romancier est celui qui, selon Flaubert, veut disparaître derrière son oeuvre. Disparaître derrière son oeuvre, cela veut dire renoncer au rôle d’homme public (…) Les grands romans sont toujours un peu plus intelligents que leurs auteurs. »
(Rédigé par Julie Carriat, édité par Sophie Louet)
SOUTENEZ LE JOURNAL CHRÉTIEN ET RÉDUISEZ VOS IMPÔTS !
Le Journal Chrétien est 100% gratuit. Faites un don régulier et aidez-nous à poursuivre notre mission.
Vous êtes nombreux à nous demander comment le Journal Chrétien est financé. Notre mission, vous le savez, est de diffuser gratuitement les valeurs de l’Evangile. Nos ressources proviennent exclusivement des dons de nos lecteurs.
Certains lecteurs ont pris l’habitude de nous adresser un don ponctuel. D’autres privilégient un versement mensuel. Beaucoup me disent prier pour nous. En réalité, le Journal Chrétien a besoin que tous ses lecteurs se mobilisent à la mesure de leurs moyens. Songez que pour un don mensuel de 15€, vous ne dépensez réellement que 5€ ! Et votre don est défiscalisé !
Alors si vous estimez comme que la mission du Journal Chrétien est indispensable, veuillez nous soutenir. Votre générosité par le passé a permis au Journal Chrétien d’accomplir de grandes choses.
En 2025, la chaîne de télévision Chrétiens TV développée par le Journal Chrétien a débarqué sur le Canal 246 de Free, deuxième opérateur en France. Des négociations sont en cours pour étendre la diffusion de la chaîne à l'ensemble des opérateurs français.
Votre soutien financier nous aidera à :
👍 couvrir les frais de fonctionnement du Journal Chrétien ;
👍 produire des émissions de qualité pour sensibiliser et encourager ;
👍 accompagner les églises et communautés chrétiennes en difficulté ;
👍 transmettre l’héritage spirituel aux générations futures ;
👍 faire rayonner la foi chrétienne dans un esprit d’unité et d’amour.
