Le Métavers et l’Eglise : « La vraie question n’est pas l’outil, mais son usage », Pasteur Mavanga
Entretien avec le Pasteur Beach Mavanga, expert en digital et Coordonnateur de la stratégie numérique en Afrique de l’Ouest
À l’occasion du Sommet National du Digital des Églises Évangéliques du Burkina Faso tenu du 25 au 27 février 2025 à Ouagadougou, « Le Journal Chrétien » a rencontré le Pasteur Beach Mavanga, expert en digital et en stratégies numériques pour l’évangélisation. Actuellement résident à Lomé au Togo, il œuvre à la transformation numérique de l’Église africaine à travers le programme Campus pour Christ.
Retour sur cet évènement d’envergure avec celui dont la vision et la conviction nous interpellent sur le rôle du digital, l’impact du métavers et l’urgence pour l’Église de s’adapter aux nouvelles technologies.
« Le métavers : une révolution incontournable »
Le Journal Chrétien (LJC) : Pasteur Mavanga, merci de nous recevoir. Pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?
Pasteur Beach Mavanga : Avec joie ! Je suis pasteur et réside actuellement à Lomé. Je suis marié et père de cinq enfants. Je supervise une dénomination des Assemblées de Dieu et, dans le cadre de Campus pour Christ, j’occupe plusieurs responsabilités notamment : Responsable digital de la RDC mon pays, Assistant du responsable de Digital Afrique pour la zone francophone et Chargé de la stratégie numérique et du développement des mouvements digitaux pour les églises en Afrique.
En clair, j’accompagne les églises à entrer dans l’ère du digital et à maximiser son potentiel pour l’évangélisation et l’édification des croyants.
LJC : Justement, en tant qu’expert, pourriez-vous expliquer aux chrétiens ce qu’est le métavers ?
Pasteur Mavanga : Bien sûr. Le métavers est à la fois une technologie émergente et un espace virtuel interactif où les gens peuvent travailler, étudier, faire leurs courses et même assister à des cultes, sans quitter leur domicile.
Ce concept est particulièrement pensé pour la génération Alpha, qui cherche à résoudre les crises mondiales (guerres, climat, économie) en minimisant les déplacements et en maximisant la connectivité. Avec le métavers, nous entrons dans un monde où tout peut se faire à distance : universités, administrations, commerce et même églises.
D’ici 30 à 50 ans, les églises physiques pourraient ne plus être la norme, et nous devons nous préparer dès maintenant à y intégrer nos enseignements, cultes et formations bibliques.

Pasteur Beach : « Il faut briser les préjugés sur les médias sociaux et le digital »
LJC : De nombreuses églises en Afrique perçoivent encore le digital avec méfiance. Comment déconstruire cette vision ?
Pasteur Mavanga : C’est une question importante ! Beaucoup de leaders voient les réseaux sociaux comme des outils du diable. Pourtant, la vraie question n’est pas l’outil, mais son usage.
Prenons un exemple biblique : Matthieu 28 :19-20 et Actes 1 :8. Jésus nous demande d’annoncer l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre. Mais comment le faire si nous manquons de ressources pour voyager, obtenir des visas ou atteindre des zones reculées ? Le digital brise ces barrières.
Regardez le nombre de cartes SIM actives au Burkina Faso : elles dépassent déjà la population du pays ! Tout le monde a un téléphone. Pourquoi ne pas l’utiliser pour répandre la Parole de Dieu ?
Le problème, c’est le manque de formation et d’accompagnement. L’Église doit cesser d’avoir peur et investir dans la formation de ses membres aux outils numériques.
« L’Église ne peut plus ignorer la révolution numérique »
LJC : Selon vous, l’Église numérique pourrait-elle remplacer l’Église physique ?
Pasteur Mavanga : Absolument pas. L’Église physique et l’Église numérique sont complémentaires, pas opposées.
Dans les premières communautés chrétiennes, l’Église se réunissait dans des maisons (Romains 16 :5). Le numérique nous permet simplement d’élargir cette pratique, avec des petits groupes connectés à travers le monde.
De plus, le digital allège les coûts des grands bâtiments. En Europe, de nombreuses églises ferment faute de moyens. Ne devrions-nous pas tirer des leçons de cela et nous adapter en Afrique avant qu’il ne soit trop tard ?
Aujourd’hui, certaines méga-churches gèrent des milliers de campus simultanément, grâce aux technologies. On peut prêcher dans 1 000 églises à la fois grâce aux plateformes digitales !
« Ce que nous devons faire, c’est développer une théologie de la technologie. »
LJC : Un autre défi majeur est l’éthique chrétienne face au digital. Comment y répondre ?
Pasteur Mavanga : Très bonne question ! Mais permettez-moi d’inverser la perspective. Qu’est-ce que l’éthique ? Un couteau peut couper du pain ou blesser quelqu’un. Un marteau peut construire une maison ou être utilisé comme une arme. Le problème n’est pas l’outil, mais l’intention derrière son usage.
Le numérique, comme toute autre innovation, doit être encadré par des principes bibliques solides. L’Église doit enseigner sur les dangers du digital (addiction, désinformation, tentations), les bonnes pratiques (comment utiliser ces outils avec sagesse) et l’éducation numérique de l’Évangile : comprendre comment annoncer Christ efficacement sur ces plateformes
Ce que nous devons faire, c’est développer une théologie de la technologie. L’Église doit créer des chartes chrétiennes numériques pour guider les croyants.

Remise d’une attestation de participation à un fidèle par le pasteur Mavanga
« Un appel aux pasteurs et responsables d’églises »
LJC : Quel message voulez-vous adresser aux pasteurs et responsables d’églises qui hésitent encore à s’engager dans le digital ?
Pasteur Mavanga : Chers pasteurs, si vous ne vous engagez pas dans le numérique aujourd’hui, c’est lui qui vous engagera demain. Le Covid-19 a montré à quel point les églises non préparées ont souffert. Celles qui n’avaient pas de présence numérique ont perdu contact avec leurs fidèles.
L’évolution technologique est inévitable. Lorsque Gutenberg a inventé l’imprimerie au 15e siècle, certains pensaient que la Bible en papier était une hérésie. Aujourd’hui, nous ne pouvons pas imaginer l’Église sans elle. De même, le numérique n’est pas un danger, mais une opportunité pour propager l’Évangile.
Avec le projet « Afrique Digital Discipleship », nous souhaitons former 5 millions de disciples numériques en cinq ans. Un plan ambitieux qui pourrait transformer l’évangélisation en Afrique.
L’avenir est le numérique. Je vous remercie
Pour le Journal Chrétien
Entretien réalisé par Emmanuel LANKOANDE
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
Agissez avec notre plateforme de médias chrétiens !
Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
Dans ce contexte, deux médias chrétiens, qui fonctionnent sans actionnaires milliardaires et sans subvention de l’Etat, offrent une information alternative fiable, en collaboration avec des agences de presse internationales.
1. Le Journal Chrétien, un service de presse en ligne reconnu par l’Etat
Le Journal Chrétien est historiquement le premier pure-player chrétien francophone dont le but est d’offrir au quotidien une information fiable et de qualité avec un regard chrétien.La ligne éditoriale du Journal Chrétien est généraliste, s’intéressant particulièrement aux actualités politiques, économiques, sportives et religieuses.
Il est le média chrétien le plus ancien et le plus lu dans Google actualités, principal canal de visibilité et d'audience pour les médias d'information en ligne.
Lorsqu’une église ou un pasteur doit faire face à des accusations calomnieuses dans le paysage médiatique ou devant les tribunaux français, les publications du Journal Chrétien sont toujours accueillies avec beaucoup de considération.

