La Miviludes publie un rapport annuel accablant sur les Evangéliques
Le rapport annuel de la Mission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes), qui a été publié ce mardi 8 avril 2025, est accablant sur les églises évangéliques et leurs dirigeants.
Le rapport de la Miviludes indique une augmentation significative du nombre de signalements de la part des personnes qui se plaignent de l’emprise qu’exerceraient certains responsables d’églises évangéliques sur les fidèles.
Dans son rapport annuel, la Miviludes évoque la propagation des églises évangéliques en France et dénonce les pratiques de prosélytisme dans le cadre de l’évangélisation individuelle ou collective, la prière pour les malades, les collectes d’argent (offrandes et dîmes volontaires), des formations non reconnues, du complotisme, etc.
Les dérives sectaires relatives à des mouvements qui se réclament de cultes ou de religions
Dans ce contexte, les dérives sectaires peuvent correspondre à une déviance comportementale, marquée notamment par la soumission à une personne charismatique, et entraîner des actes pouvant constituer des infractions pénales, notamment le placement, le maintien en état de sujétion psychologique ou physique, ou l’abus de faiblesse lié à cet état.
Ce phénomène peut causer divers préjudices personnels et financiers. Aucun territoire, aucun courant philosophique ou religieux n’est à l’abri de pratiques sectaires. Les représentants des principaux cultes s’efforcent de détecter et de lutter contre ce type de dérive.
Les dérives sectaires se manifestent majoritairement au sein de groupes ou de mouvements qui ne sont pas affiliés à une religion instituée, mais qui peuvent néanmoins se réclamer de l’une d’entre elles.
La formation de leurs encadrants est souvent insuffisante ou inadaptée, le cadre mal défini, leur fonctionnement opaque et leurs instances de contrôle insuffisantes. Souvent clandestins, ces mouvements, qui n’ont le plus souvent d’autre référence dogmatique que leur propre idéologie, sont libres de leurs pratiques et peuvent dissimuler des dérives sectaires.
Les signalements en la matière donnent une première indication des pratiques ou des comportements qui peuvent interroger, être déviants, dangereux ou même constitutifs d’infractions pénales. Le nombre de signalements peut varier selon la notoriété des mouvements, le degré de connaissance de la Miviludes par le public considéré et le travail engagé par les représentants des cultes pour prévenir ce type de dérives.
Il y a lieu de constater que les dérives sectaires se développent plus facilement dans des
groupes autonomes, non affiliés, qui ne reposent le plus souvent sur aucune référence autre que l’idéologie du leader et qui n’obéissent à aucune instance de régulation ou de contrôle.
Les signalements relatifs aux églises protestantes évangéliques
D’après la Miviludes, les églises évangéliques sont, parmi les églises chrétiennes, celles dont la progression a été la plus importante au cours des dernières décennies, notamment en région parisienne et dans les départements et territoires d’outre-mer, où de nombreux cas de dérives potentiellement sectaires ont été signalés à la Miviludes. Ces églises représenteraient 2 700
lieux de cultes137 selon le conseil national des évangéliques de France (CNEF).
Les signalements de potentielles dérives sectaires concernent des églises évangéliques, qui sont en nombre manifestement important et en forte recrudescence, sur l’ensemble du territoire national. Certaines régions peuvent être plus particulièrement concernées, notamment la région parisienne ou les départements et collectivités d’outre-mer.
Les églises évangéliques présentent une très grande diversité : « mega-churches » de plusieurs milliers d’adeptes essentiellement en zone urbaine ou périurbaine ; églises de quelques centaines de membres ; petites églises autonomes (« églises de maison »). Elles revendiquent différents courants évangéliques (mennonites, baptistes, charismatiques, pentecôtistes, méthodistes…), qui relèvent le plus souvent d’organisations distinctes.
L’augmentation manifeste du nombre de signalements relatifs aux églises évangéliques est surtout le fait d’églises qui ne sont affiliées à aucune fédération :
2 % de ces signalements concernent des églises évangéliques affilées à la Fédération protestante de France (FPF);
Dans 17 % des cas, les signalements visent des églises évangéliques qui sont membres du conseil national des évangéliques de évangéliques France (CNEF); 81 % des signalements concernent des églises évangéliques qui ne sont membres ni de la FPF, ni du CNEF. Les signalements reçus visant des églises évangéliques présentent de nombreux éléments communs. Ainsi, plusieurs témoignages d’anciens fidèles ou de proches de fidèles de ces églises évangéliques révèlent :
– un ciblage de personnes « vulnérables » : en raison de leur âge (recrutement tourné vers de jeunes adultes et parfois des mineurs), de leur situation personnelle (ex. « familles monoparentales »), de fragilités psychologiques ou physiques ou d’une situation de handicap.
– des sollicitations excessives voire abusives des adeptes :
• pour travailler gratuitement de manière démesurée sous couvert de services rendus et sans respect des règles du droit du travail ; pour se livrer à un prosélytisme y compris à l’égard de mineurs avec, dans certains mouvements, la mise en place d’objectifs chiffrés du nombre de personnes à évangéliser par fidèle ; pour assister aux cultes (y compris par visio-conférence), ce qui peut entraîner une diminution importante du temps de sommeil (ex. célébrations dès 5h du matin et de 22h à minuit tous les jours) ; pour maintenir des liens permanents avec les autres membres du groupe ;
• pour donner de l’argent ou des offrandes de façon régulière avec parfois des pressions très importantes pouvant conduire à des dons de sommes disproportionnées au regard de leurs moyens (ex. des milliers d’euros par an) ou même à un endettement, en échange de promesses de bénédiction.
– une coercition qui peut être délétère pour la santé : le pasteur, souvent auto- proclamé, appelé parfois l’« apôtre » ou le « prophète », érigé en référent unique, peut être placé en situation d’exercer un système de contrôle des autres membres de l’église. Cela se traduit par :
• un contrôle par la peur par une équipe pastorale parfois très structurée, ainsi qu’une surveillance mutuelle des adeptes (ex. confessions obligatoires pour toute pensée critique ou négative auprès de « conseillers spirituels » qui en réfèrent à la hiérarchie) ; des moyens de pression et de manipulation avec des discours destinés à soumettre les individus : humiliations publiques lors des sermons, infantilisation des membres, pressions pour que l’adepte soit baptisé même s’il a déjà été baptisé
dans une autre église évangélique, menaces de représailles spirituelles et bibliques ;
• le contrôle de la vie personnelle des membres de l‘église (qui a pu aller jusqu’à l’élaboration d’un fichier des fidèles contenant des informations à caractère personnel) avec entretiens obligatoires avec des membres de l’équipe pastorale sur leur vie personnelle, des injonctions relatives au choix de relations de couple ou amicales (incitation à la rupture, recommandation de fréquenter un membre de l’église), des injonctions au maintien au domicile conjugal malgré des violences, une immixtion dans l’éducation des enfants, l’interdiction de pratiquer certaines activités, et la demande d’achat de biens « au profit du groupe ».
Ces témoignages font également état de conséquences dommageables pour les personnes et pour leur entourage :
• ruptures familiales ou amicales ; ruptures professionnelles ou abandon d’un lieu de vie pour permettre la création d’un nouveau lieu de culte, ce qui peut entraîner une situation de précarité ; mise à l’écart d’adeptes remettant en question le contenu des enseignements et des cultes, qui peut entraîner une grande détresse personnelle ;
• perte de la liberté d’agir et de penser se manifestant notamment par des demandes d’autorisation pour des actes de la vie courante ou des décisions intimes (ex. choix du conjoint) ;
• abandon de soins conventionnels y compris pour des maladies graves, comprenant notamment le versement de sommes très importantes ou encore des propositions d’achat de « vaccin miracle » à un prix très élevé (ex. 10 000 euros) ;
• dégradation de la santé physique et mentale compte tenu de restrictions alimentaires importantes, de jeûnes sévères ou de privations de sommeils répétées ;
• dans certains cas, maltraitance physique et psychologique, pressions, intimidations, harcèlement moral à l’égard d’adeptes souhaitant quitter le mouvement, violences et abus sexuels commis sur des mineurs.
Attention au risque de stigmatisation et d’amalgames
Interpellé par le nombre de signalements importants concernant les Églises protestantes évangéliques, le CNEF met en garde contre la stigmatisation des évangéliques.
Dans la lutte contre les dérives sectaires, le CNEF se situe au côté de la Miviludes pour dénoncer toute situation où des personnes pourraient être victimes d’abus de faiblesse ou de sujétion psychologique ou physique. La fédération évangélique veut lutter contre tous comportements contraires aux libertés fondamentales et au respect de la dignité humaine, qui sont contraires à l’Évangile du Christ.
« En ce sens, nous attirons l’attention sur le risque de stigmatisation que pourraient engendrer certains discours tenus vis-à-vis des évangéliques. Des pratiques telles que la prière, l’appel à l’engagement personnel, ou encore la liberté de donner, lorsqu’elles sont vécues librement par le croyant, relèvent de l’exercice normal de la foi chrétienne et sont pleinement protégées par la liberté de pensée, de conscience et de religion. Nous considérons d’ailleurs qu’ils constituent des apports positifs à la société.
Dans un contexte où les amalgames peuvent surgir facilement, nous réaffirmons notre volonté de dialogue, de responsabilité et de coopération au service du bien commun et du respect des libertés fondamentales des individus. »
SOUTENEZ LE JOURNAL CHRÉTIEN ET RÉDUISEZ VOS IMPÔTS !
Le Journal Chrétien est 100% gratuit. Faites un don régulier et aidez-nous à poursuivre notre mission.
Vous êtes nombreux à nous demander comment le Journal Chrétien est financé. Notre mission, vous le savez, est de diffuser gratuitement les valeurs de l’Evangile. Nos ressources proviennent exclusivement des dons de nos lecteurs.
Certains lecteurs ont pris l’habitude de nous adresser un don ponctuel. D’autres privilégient un versement mensuel. Beaucoup me disent prier pour nous. En réalité, le Journal Chrétien a besoin que tous ses lecteurs se mobilisent à la mesure de leurs moyens. Songez que pour un don mensuel de 15€, vous ne dépensez réellement que 5€ ! Et votre don est défiscalisé !
Alors si vous estimez comme que la mission du Journal Chrétien est indispensable, veuillez nous soutenir. Votre générosité par le passé a permis au Journal Chrétien d’accomplir de grandes choses.
En 2025, la chaîne de télévision Chrétiens TV développée par le Journal Chrétien a débarqué sur le Canal 246 de Free, deuxième opérateur en France. Des négociations sont en cours pour étendre la diffusion de la chaîne à l'ensemble des opérateurs français.
Votre soutien financier nous aidera à :
👍 couvrir les frais de fonctionnement du Journal Chrétien ;
👍 produire des émissions de qualité pour sensibiliser et encourager ;
👍 accompagner les églises et communautés chrétiennes en difficulté ;
👍 transmettre l’héritage spirituel aux générations futures ;
👍 faire rayonner la foi chrétienne dans un esprit d’unité et d’amour.
