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11e Assemblée du Conseil œcuménique des Églises

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À quelques jours de la 11e Assemblée du Conseil œcuménique des Églises qui rassemblera des chrétiens du monde entier à Karlsruhe en Allemagne, deux délégués de l’Église réformée de Suisse pointent les enjeux.
Du 31 août au 8 septembre, plus de 4000 chrétiens se retrouveront dans la ville de Karlsruhe, en Allemagne, pour la 11e Assemblée du Conseil œcuménique des Églises (COE).

Ce grand rassemblement mondial, qui se tient tous les huit ans, n’avait plus foulé le continent européen depuis 1968.

Pour les représentants des 352 Églises membres du COE, cette rencontre est l’occasion d’œuvrer en faveur d’une unité visible et d’un témoignage commun à travers deux semaines de débats, conférences, ateliers et célébrations. Placée sous le thème «L’amour du Christ mène le monde à la réconciliation et à l’unité», qui fait particulièrement écho à l’actualité, les participants auront du pain sur la planche. L’unité visible des chrétiens, la crise climatique, le racisme, le conflit israélo-palestinien et la guerre en Ukraine font partie des thèmes centraux sur lesquels les réflexions porteront.

Parmi les Églises qui prendront part à cette grande kermesse, on compte l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), hôte de l’événement aux côtés des Églises d’Allemagne et l’Union des Églises protestantes d’Alsace et Lorraine. Les Suisses viendront en nombre: pas moins de 250 personnes, dont quatre délégués pour l’EERS, et six pour la Suisse.

Inspirations mutuelles

«Nous jouons presque à domicile. C’est l’occasion de se rendre visible, de montrer que nos Églises sont vivantes, dynamiques et engagées, contrairement à certains préjugés», lâche Serge Fornerod, délégué pour l’EERS, pasteur, directeur des relations internationales pour l’EERS et membre du comité central (organe législatif) du COE. Sans oublier, «le besoin de se retrouver et de célébrer ensemble après deux ans d’une pandémie qui n’est pas terminée», ajoute le pasteur.

Lieu de rencontre, Karlsruhe sera aussi une plateforme d’échanges entre des chrétiens d’horizons et de confessions aussi divers que leurs défis. Un décentrement ecclésial à saisir, la découverte de réalités et de pratiques multiples et pourquoi pas inspirantes. «L’œcuménisme ne se joue pas que sur le papier, mais aussi dans une empreinte positive et une communion, dans un monde de crises, en perte de spiritualité», explique Suzanne Schild, déléguée de l’EERS pour l’Assemblée et responsable «Églises du monde et mission» pour l’Église française réformée de Bâle.

«Nous soutiendrons le COE dans la poursuite de son travail ecclésiologique et théologique sur l’unité, dans une approche orientée sur un œcuménisme du cœur et pas uniquement intellectuel», évoque Serge Fornerod. Et pour cause, aujourd’hui le christianisme se redessine. Le dynamisme des pays dits du Sud prend de l’ampleur et leurs Églises s’imposent numériquement sur la scène chrétienne.

«Nos dogmes et concepts philosophiques grecs ne sont plus franchement nécessaires pour faire de l’œcuménisme. En Afrique, en Asie, en Amérique latine par exemple, ce sont les relations personnelles qui priment. Ceci vient bousculer nos Églises du Nord», explique Serge Fornerod. À tel point que le christianisme s’y perd: «Le Sud a hérité de la tendance ecclésiale et de l’interprétation des Écritures qui avaient cours il y a plusieurs siècles au Nord, et non de la compréhension des textes. Il s’en nourrit. Mais aujourd’hui, en parallèle, il y a une soif de spiritualité chez les croyants, qui est propre à ses cultures et qui n’entre pas en contradiction avec la théologie chrétienne», observe Suzanne Schild, autant dans la communauté multiculturelle de l’Église bâloise, qu’au travers de son expérience de chrétienne d’origine africaine. Pour autant, pour celle qui se fera la voix de l’interculturalité à Karlsruhe, «ce changement de paradigme ne remet pas en question l’unité chrétienne. Il demande de la convivialité, une acceptation de l’autre, une écoute de ses besoins et des nôtres».

Une parole essentielle

«Nous avons besoin d’une volonté politique pour que le changement ait lieu», assène la déléguée. Pour elle, «pour parvenir à la réconciliation, puis à l’unité, nous devons nous interroger sur les raisons des conflits que nous rencontrons et sur notre humanité. Nous avons une responsabilité. Nous ne pouvons pas sortir de cette Assemblée sans avoir ne serait-ce qu’amorcé les problèmes sous cet angle».

De son côté, Serge Fornerod en est persuadé: «Il y aura un après-Karlsruhe. Cette Assemblée servira de moteur pour le programme du COE sur les dix prochaines années. N’oublions pas non plus qu’il y a plus de deux cents journalistes accrédités. Nous aurons une visibilité médiatique au niveau européen. Si on peut s’interroger sur l’influence de cette rencontre sur les gouvernements, il reste important que les Églises fassent entendre leur voix sur ce qui leur est essentiel.»

Les micros seront d’ailleurs en quête d’une parole sur la guerre en Ukraine. En effet, à Karlsruhe, l’Église orthodoxe russe, membre du COE, aura ses représentants. Le COE a, quant à lui, invité les deux Églises orthodoxes d’Ukraine, leur présence vient d’être confirmée.

«L’Église a un rôle de paix, de vérité et de réconciliation à jouer. Tels les parents d’une famille, elle doit pouvoir mener ses enfants en conflit à la réconciliation, en s’interrogeant sur les raisons du conflit, afin de pouvoir y instaurer la paix», espère Suzanne Schild. «Nous rêvons qu’un geste soit fait à Karlsruhe en direction d’une possible, quoique encore lointaine, réconciliation, un apaisement idéologique entre les Églises russe et ukrainiennes», espère Serge Fornerod. Et d’ajouter: «Aujourd’hui, le COE et son Assemblée sont les seules plateformes de dialogue qui existent entre les grandes confessions chrétiennes, qui suivent un engagement à rester ensemble, même si le prix est élevé.»

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