La téléconsultation médicale en plein essor en France
« Tu as de la fièvre depuis combien de jours ? » Tura Milo, médecin généraliste dans le VIe arrondissement de Paris, analyse par écran interposé le cas d’un patient de 31 ans présentant les symptômes du coronavirus.
Depuis le début du confinement lié à ce mal très contagieux, la praticienne a fermé son cabinet et consulte à distance via la plate-forme en ligne Doctolib, dont l’activité de vidéoconsultation a explosé ces deux dernières semaines. Un moyen de protéger praticien et patient d’une éventuelle contamination.
« Étonnamment, les patients s’y sont habitués très rapidement », a raconté à Reuters le médecin, qui évalue entre 30% et 50% le nombre de ses rendez-vous liés au Covid-19.
« Au début c’était un peu difficile de faire la différence avec la grippe mais maintenant nous avons des symptômes qui désignent vraiment le Covid-19 donc il est très facile de faire un diagnostic », dit-elle.
Fièvre, toux, maux de tête parfois accompagnés de la perte du goût et de l’odorat caractérisent les symptômes du coronavirus qui peut aussi provoquer, dans les formes les plus sévères, des problèmes pulmonaires aigus.
Selon le dernier bilan en date, jeudi soir, 1.696 personnes hospitalisées ont succombé au coronavirus en France, où le nombre de cas avérés frôle les 30.000.
« Je n’envoie pas les patients passer un test à ce stade car nous n’en avons pas et cela les ferait sortir de chez eux, avec le risque de contaminer d’autres personnes. Nous n’avons pas de masques disponibles pour le grand public », poursuit le médecin.
Sur l’écran, son patient s’inquiète pour son compagnon, confiné avec lui dans un appartement parisien de 50 m2.
« Il y a une très forte probabilité qu’il soit déjà contaminé », lui répond Tura Milo avant de dresser une ordonnance virtuellement signée. La consultation sera remboursée par la Sécurité sociale.
MULTIPLIÉ PAR 100
Née en 2013, d’abord spécialisée dans la prise de rendez-vous, Doctolib a lancé la vidéoconsultation il y a un an avec succès, jusqu’à séduire 3.500 médecins, équipés grâce aux 1.200 salariés de la start-up devenue il y a un an une « licorne » – société non cotée en Bourse valorisée plus d’un milliard d’euros, au même titre que le service de covoiturage BlaBlaCar ou le site de e-commerce Veepee (ex-vente-privée).
Le 5 mars dernier, alors que l’épidémie de coronavirus commençait à s’étendre en France, Doctolib a décidé de rendre gratuit son système de vidéoconsultation, auparavant facturé 79 euros par mois pour les praticiens.
Succès immédiat : si le nombre de visites du site est resté le même, soit une cinquantaine de millions par mois, le nombre de téléconsultations a été multiplié par 100, celui du nombre de médecins l’utilisant, par au moins dix.
« Et ça augmente d’heure en heure », témoigne Stanislas Niox-Château, co-fondateur et président de Doctolib.
« Depuis le début de l’épidémie, des médecins privilégient la téléconsultation, les autorités sanitaires la favorisent et nous, nous proposons notre technologie gratuitement », explique-t-il. « L’alignement des planètes a fait qu’en quelques jours, la France est devenue avec la Chine l’un des premiers pays de téléconsultations du monde. »
Malgré le succès du procédé, l’entrepreneur ne prédit pas la disparition du traditionnel examen physique.
« Est-ce que ça va démocratiser la téléconsultation ? Oui. Est-ce que ça va remplacer l’examen clinique ? Non, je ne le souhaite pas et je ne le pense pas. C’est un élément complémentaire pour suivre les patients et gagner en confort de vie », dit le jeune patron trentenaire.
Une fois l’épidémie de coronavirus passée, Stanislas Niox-Château estime qu’entre 15% et 20% des consultations médicales se feront à distance en France.
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