Hausse des taxes US sur des produits de l’UE dont les vins français
WASHINGTON (Reuters) – Les Etats-Unis ont annoncé dans la nuit de mercredi à jeudi leur intention de relever les surtaxes imposées à certains produits européens, dont des pièces détachées pour avions et des vins français et allemands, dans le cadre du litige sur les subventions accordées à l’aéronautique, ce que la Commission européenne a déploré jeudi.
Le comportement de Washington complique les négociations destinées à aplanir les divergences, dit-elle dans un communiqué, en ajoutant qu’elle prendra contact dès que possible avec l’administration de Joe Biden, qui succédera le 20 janvier à Donald Trump, pour trouver une solution.
Le bureau du représentant américain au Commerce (USTR) n’a pas précisé quand ces surtaxes entreraient en vigueur. Il a simplement indiqué dans un communiqué que des détails supplémentaires étaient « à venir ».
A Paris, le gouvernement français évoque une entrée en vigueur au 12 janvier.
Parlant d’une décision « contre-productive à tous égards », un porte-parole d’Airbus juge dans un communiqué qu’elle pénalisera aussi des travailleurs et des consommateurs américains.
« Airbus espère que l’Europe répondra de manière appropriée pour défendre ses intérêts et ceux de toutes les entreprises et secteurs européens, y compris Airbus, visés par ces droits de douane injustifiés (…) », ajoute-t-il.
Selon le président de la Fédération des exportateurs de vins et spiritueux de France (FEVS), les nouvelles mesures ajoutées à celles prises en octobre 2019 coûteront plus d’un milliard d’euros à la filière. « C’est un véritable coup de massue dans un combat dans lequel nous n’avons rien à voir », a déclaré à Reuters César Giron.
« Depuis la mise en œuvre de ces sanctions, les exportateurs frappés par les mesures américaines n’ont bénéficié d’aucun accompagnement, d’aucun soutien de la part des autorités françaises ou européennes. Il est indispensable que cela change et qu’enfin (…) les pouvoirs publics mettent en place les nécessaires dispositifs d’accompagnement de nos entreprises, fortement affaiblies par l’effet cumulé des sanctions américaines et de la situation sanitaire », souligne-t-il dans un communiqué.
Côté politique, Bruno Le Maire, ministre français de l’Economie et des Finances, de même que Julien Denormandie, (Agriculture), Franck Riester (Commerce extérieur) et Jean-Baptiste Djebbari (Transports) ont condamné la décision des Etats-Unis.
« L’augmentation significative des produits européens faisant l’objet de sanctions américaines à partir du 12 janvier prochain conduira les Etats-Unis à dépasser le montant qui leur a été autorisé par la décision de l’OMC et fera peser un nouveau préjudice inacceptable sur les exportateurs européens, en particulier à l’encontre de nos producteurs de vins et spiritueux ainsi qu’au secteur de l’aéronautique », indiquent-ils dans un communiqué commun.
« Cette décision américaine inamicale vient rompre de manière unilatérale les discussions qui étaient en cours entre l’Union européenne et les Etats-Unis pour aboutir à une solution amiable à ce contentieux vieux de 15 ans. Nous continuons d’appeler les Etats-Unis à retirer immédiatement les sanctions existantes de part et d’autre. »
« UN COUP AU CORPS »
Washington avait exprimé en novembre sa déception face au choix de Bruxelles d’imposer des droits de douane sur quelque 4 milliards de dollars de produits importés des Etats-Unis, après l’autorisation en ce sens donnée à l’UE par l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
L’OMC avait au préalable autorisé, l’an dernier, les Etats-Unis à appliquer des taxes sur 7,5 milliards de dollars d’importations en provenance de l’UE.
L’USTR a déclaré mercredi que l’Union européenne avait calculé de manière erronée les taxes sur les produits américains après l’autorisation de l’OMC. « L’UE doit prendre des mesures pour compenser ce manque d’équité », est-il écrit dans le communiqué.
Le président de l’Alliance commerciale américaine des vins a déclaré que cette mesure allait engendrer une difficulté supplémentaire pour les entreprises américaines déjà frappées par de précédentes taxes douanières. Il a appelé le président américain élu Joe Biden à opérer rapidement un revirement.
« Cette initiative est un coup au corps porté aux entreprises américaines », a déclaré Ben Aneff. « Les restaurants et petites entreprises des Etats-Unis peinent déjà à survivre. Cette décision va seulement détruire davantage d’emplois et fermer des portes supplémentaires ».
Plus tôt ce mois-ci, l’ambassadrice allemande aux Etats-Unis, Emily Haber, a appelé à une résolution rapide d’un litige qu’elle a décrit comme une distraction empêchant de s’occuper de problèmes plus importants qui nécessitent une action commune, comme le changement climatique et la pandémie de coronavirus.
(Susan Heavey, avec Andrea Shalal à Washington, Sybille de La Hamaide à Paris ey Philip Blenkinsop à Bruxelles; version française Jean Terzian et Jean-Philippe Lefief, édité par Henri-Pierre André)
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