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France: Quand le COVID-19 fait perdre aux oenologues le goût du vin

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par Elizabeth Pineau

MAREUIL-SUR-AY, Marne (Reuters) – « C’est un vin assez intense, sur des notes de fruits exotiques, d’ananas, d’agrume, avec une petite pointe d’anis qui ajoute de la fraîcheur » : tout juste remise du COVID-19, Sophie Pallas, oenologue, savoure un vin blanc pyrénéen avec un plaisir décuplé par des sens retrouvés.

Comme une large proportion de victimes de la pandémie, la professionnelle de 53 ans a perdu en janvier le goût et l’odorat, deux sens au coeur de son activité qui est aussi une passion depuis une vingtaine d’années. Une situation partagée par nombre de vignerons, sommeliers et autres professionnels d’une activité viticole essentielle pour l’économie en France mais aussi par des cuisiniers et des parfumeurs.

« C’était comme un trou noir, comme si j’étais devenue aveugle de mon odorat, une sensation tout à fait angoissante, une perte de repère totale », se souvient Sophie Pallas. « Le vin ne me procurait plus aucune sensation, aucune émotion, aucun plaisir puisque je ne ressentais que l’alcool et l’acidité. »

Une enquête menée à la demande de l’Union des oenologues auprès de plus de 2.600 professionnels du monde viticole a montré que parmi les personnes touchées par le COVID-19, plus d’un tiers ont été affectés dans leur activité professionnelle. Nombre d’étudiants en oenologie touchés par la maladie ont pensé jeter l’éponge.

Fort de ces constats, le syndicat a écrit au président Emmanuel Macron et au Premier ministre Jean Castex pour demander que les oenologues figurent au nombre des professions prioritaires pour la vaccination et que l’agueusie soit considérée comme une maladie invalidante.

« JOUER SANS SON INSTRUMENT »

Un oenologue privé de son nez et de son palais, « c’est comme demander à un musicien de jouer sans son instrument », dit le président de l’Union des oenologues, Didier Fages, pour qui ce problème doit être pris à bras le corps.

« Plus on en parle mieux ça sera », juge-t-il. « Car si vous êtes atteint d’une maladie et qu’en plus votre patron dit ‘c’est honteux’, c’est la double peine. »

Pour la plupart des convalescents, les sensations reviennent avec le temps et un peu d’exercice. Chaque jour dans sa cuisine, Sophie Pallas confronte ainsi ses papilles à des odeurs fortes comme le café, la vanille et les épices à la recherche de ses sensations perdues.

« J’ai encore du travail à faire pour retrouver une rapidité de perception », note-t-elle à propos de sa dégustation du jour.

A la tête d’une grande maison de champagne familiale dont les origines remontent au XVIe siècle, Charles Philipponnat a développé à l’automne dernier une forme grave de la maladie qui l’a conduit au service de réanimation de l’hôpital de Reims (Marne), où il est resté une semaine dans le coma.

Son odorat, indispensable à la mise au point des « assemblages » nécessaires à l’élaboration de son champagne, est presque revenu après avoir partiellement disparu.

« Je pense que je suis à 90% de mes capacités antérieures et je ne doute pas que d’ici quelques semaines, quelques mois je vais les retrouver complètement », raconte l’homme de 58 ans en marge d’une séance de travail avec son chef de cave, Thierry Garnier, près des réserves où dorment des milliers de bouteilles.

« Le grand avantage de notre métier, c’est que ce n’est pas l’action d’une seule personne, c’est quelque chose de collégial », souligne-t-il. « Je n’ai pas paniqué parce que j’ai ressenti assez vite que mes sens revenaient progressivement. Mais il aura fallu au moins six mois pour que je retrouve complètement mes marques. »

(Elizabeth Pineau, édité par Jean-Michel Bélot)

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