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Christian Chenay, 98 ans, médecin au temps du Covid-19

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Il est né juste après la grippe espagnole, a connu le typhus pendant la Deuxième Guerre mondiale et vit aujourd’hui au temps du coronavirus: à 98 ans, le docteur Christian Chenay continue d’exercer la médecine.

Dans son cabinet proche de sa maison de Chevilly-Larue, en banlieue parisienne, le praticien recevait encore des patients au début de l’année, mais il a décidé de cesser les consultations au début de l’épidémie.

« Je ne leur aurais pas rendu service. Si j’étais resté ouvert, j’aurais été une boîte à virus, un foyer d’infection », a dit à Reuters le médecin, qui a observé une quarantaine de deux semaines après avoir eu des symptômes peut-être liés au virus venu du Chine qui oblige les Français à rester chez eux depuis le 17 mars.

« J’ai certainement attrapé le virus, je n’ai pas été testé donc je n’avais pas envie de le coller aux autres », dit Christian Chenay, qui a aussi été confronté au comportement agressif de personnes en quête de matériel de protection contre la contagion.

« Les Français sont devenus fous: ils tueraient pour une paire de masques », regrette-t-il. « C’est vrai que depuis le 15 janvier on leur promet des masques, de quoi se désinfecter, des tests, on est mi-avril et ils n’ont encore rien vu venir. »

Au regard de sa très longue expérience, le médecin né à Angers (Maine-et-Loire) le 20 juin 1921 juge avec circonspection l’épidémie actuelle, qui lui rappelle celle liée au typhus au début des années 1940.

« On a une maladie très contagieuse qui n’a pas atteint encore grand monde. On se sent impuissant: on n’a pas de traitement, on n’a pas de possibilité d’isoler, on n’a pas les moyens de savoir ceux qui sont malades et ceux qui ne le sont pas », résume-t-il. « Je n’ai jamais vécu ça. »

TYPHUS

« J’ai vécu une épidémie de typhus à l’entrée de la guerre; il y a eu très peu de contagions parmi les soignants. On était vraiment carapaçonnés, on avait des masques à gaz, c’était difficile à vivre mais on n’a pas attrapé la maladie et on a pu isoler des malades », raconte-t-il encore. « Il y avait de la place dans les hôpitaux, on n’a pas manqué de place ni de protection. »

Il se souvient aussi de la grippe A qui avait inquiété en 2010, mobilisant les pouvoirs publics avant de disparaître assez rapidement.

« La première semaine de la grippe j’ai reçu 50 masques, il m’en restait, on me les a volés il y a 15 jours. On avait des lunettes de protection que j’ai encore dans la voiture. Des vaccins sont arrivés, c’est vrai qu’on en avait trop, on a vacciné la première semaine, et puis l’épidémie a tourné court, elle a duré trois semaines », se souvient-il.

Très occupé par ses patients qu’il consulte encore par téléphone et via internet, le docteur Chenay se rend aussi chaque semaine au Séminaire des missions, maison de retraite pour religieux qu’il côtoie depuis 1951.

Des visites liées à une « amitié de 70 ans ».

« Je les ai connus quand ils étaient jeunes séminaristes, ils sont partis en Amérique, en Afrique, en Inde. Je les ai connus tout jeunes, maintenant ils sont vieux et malades », dit-il.

A la différence de son fils, médecin retraité aujourd’hui âgé de 67 ans, le docteur Chenay n’a aucune intention d’arrêter de travailler. Tout juste envisage-t-il de ralentir un peu.

« Je vais avoir 99 ans, il faut que je réduise mon activité pour des tas de raisons: je travaille moins vite qu’avant, il faut que je fasse attention quand même », concède le docteur qui passe beaucoup de temps sur sa tablette, marche avec l’aide d’une canne et continue de se déplacer en voiture avec son épouse au volant.

Une activité qu’il juge « indispensable ».

« Si on arrête de travailler, de remuer, on dégénère très vite », diagnostique-t-il. « Cela dépend du métier qu’on a, c’est vrai: si on est charpentier, on ne peut pas travailler à 90 ans. »

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