RDC : Moïse Mbiye face au tribunal des Églises de Réveil
Le bras de fer s’intensifie entre le pasteur Moïse Mbiye et les instances dirigeantes des Églises de Réveil du Congo (ERC). Accusé par ses pairs d’avoir tenu des propos déplacés à l’égard des figures patriarcales du mouvement charismatique congolais, le leader de l’église Cité Béthel a brisé le silence lors de son culte dominical. Dans une allocution empreinte d’émotion, le célèbre chantre et télévangéliste a choisi de ne pas surenchérir, préférant s’en remettre à la justice divine et à la mémoire de son défunt père, l’apôtre Emmanuel Mbiye.
Aux origines de la crise : l’affaire des « lépreux »
La genèse de cette crise remonte à quelques mois, lors de ce qu’il est désormais convenu d’appeler l’affaire des « lépreux ». Le pasteur Moïse Mbiye avait alors fermement fustigé l’alignement politique de certains hauts dignitaires de l’ERC, les accusant de délaisser leur mission pastorale au profit d’intérêts partisans. Le pasteur de la Cité Béthel avait utilisé la métaphore d’un « camp de lépreux » pour décrire ce groupe de pasteurs, provoquant un séisme au sein du paysage ecclésial congolais.
La riposte des représentants de l’ERC ne s’est pas fait attendre. Dans une série de mises en garde publiques et de sorties médiatiques virulentes, les responsables des Églises de Réveil ont accusé Moïse Mbiye d’insubordination, d’irrévérence envers ses « pères spirituels » et d’avoir reconnu à demi-mot les avoir « séquestrés » symboliquement par ses déclarations dénigrantes.
Une métaphore familiale poignante pour dénoncer une trahison spirituelle
C’est devant une assemblée suspendue à ses lèvres que Moïse Mbiye a livré sa réponse. Plutôt que de répondre par la colère aux vidéos de ses détracteurs, le pasteur a confessé une profonde tristesse et a dressé un parallèle saisissant avec les réalités de la société congolaise.
« J’ai beaucoup pensé à mon père, l’apôtre Emmanuel Mbiye. Je me suis rendu compte qu’être orphelin, même à cet âge, c’est difficile », a-t-il déclaré avec gravité. Établissant un lien direct entre les spoliations familiales et sa situation ecclésiale, il a ajouté : « J’ai souvent entendu parler de ces histoires d’oncles qui cherchent à ravir la parcelle familiale aux enfants de leur frère. Cela ne m’est pas arrivé sur le plan matériel, mais on essaie de le faire sur le plan spirituel. »
Par cette formule, le leader de la Cité Béthel accuse à demi-mot les dirigeants actuels de l’ERC de tenter de saboter ou de s’approprier l’immense héritage spirituel laissé par son père, l’un des pionniers historiques du réveil chrétien en RDC.
Un silence stratégique pour faire échec au « diable »
Malgré la violence des accusations, Moïse Mbiye refuse d’alimenter le feuilleton médiatique. Une posture de réserve qu’il justifie par une volonté de préserver l’Église d’un scandale encore plus grand. « Je parlerai après, pas maintenant, car si on parle maintenant, on donnera aux gens ce qu’ils veulent. On va ouvrir la porte que le diable veut ouvrir », a-t-il martelé, invitant ses fidèles à la retenue.
Pour illustrer sa position, le pasteur a partagé une anecdote personnelle de son récent voyage en Angola : « Le jour où je suis arrivé en Angola, tout ce que j’ai fait, c’est que je me suis agenouillé. J’ai dit : “Que le Dieu de mon père me défende ». »
Quel avenir pour le leadership du Réveil en RDC ?
Cette crise met en lumière les fractures profondes qui traversent les Églises de Réveil en République Démocratique du Congo, souvent tiraillées entre leur positionnement politique et leur rôle spirituel. En se positionnant en héritier digne mais persécuté, Moïse Mbiye consolide le soutien de sa base face à une institution ecclésiale perçue par une partie de l’opinion comme déconnectée.
Cette affaire dépasse le simple fait divers : elle illustre le défi du renouvellement générationnel du leadership évangélique en Afrique, où les fils spirituels et biologiques doivent composer avec l’ombre et parfois l’hostilité des anciens pairs de leurs mentors. La suite des événements dépendra du moment où « la réserve » choisie par Moïse Mbiye laissera place aux révélations promises.
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