Nord Stream 2 determiné à achever son gazoduc européen malgé les sanctions US
par Maria Grabar, Vladimir Soldatkin et Andrey Kuzmin
WASHINGTON (Reuters) – Le groupe pilotant le projet de gazoduc Nord Stream 2, censé acheminer du gaz naturel russe vers l’Allemagne, s’est dit déterminé samedi à achever les travaux aussi vite que possible malgré la décision d’un sous-traitant de suspendre ses activités de crainte d’encourir des sanctions américaines.
Le président Donald Trump a signé vendredi un décret, présenté en mai dernier par des sénateurs républicains et démocrates, qui demande à l’administration américaine d’identifier sous 60 jours les compagnies travaillant sur le projet Nord Stream 2 afin de déclencher les sanctions.
Washington, qui s’efforce de vendre davantage de gaz naturel liquéfié (GNL) à des pays européens, estime que Nord Stream 2 rendra l’Europe trop dépendante des livraisons de la Russie.
Gazprom, le géant gazier détenu par l’Etat russe et principal promoteur de Nord Stream 2, fournit déjà un tiers des besoins européens en matière de gaz. L’entreprise n’a pas voulu commenter les développements de la situation.
Les allemands Uniper et Wintershall, filiale de BASF, l’anglo-néerlandais Royal Dutch Shell, l’autrichien OMV et le français Engie sont les principaux partenaires de Gazprom au sein de Nord Stream 2.
En passant par le fond de la mer Baltique, ce gazoduc permettra à Russie de fournir l’Allemagne sans passer par l’Ukraine, ce que critiquent certains opposants au projet, estimant que le pays serait alors privé d’importants de transit.
Ceci étant dit, de manière séparée, la Russie et l’Ukraine ont annoncé dans la matinée un nouvel accord de transit gazier sur cinq ans, prévoyant notamment pour Kiev un paiement de 2,9 milliards de dollars (2,6 milliards d’euros).
Cet accord est une avancée majeure dans la normalisation des rapports entre les deux pays, crispées par cinq années de conflit dans le Donbass, région située dans l’est de l’Ukraine, et par l’annexion de la Crimée par la Russie en 2014.
DOUTES SUR LE CALENDRIER
Nord Stream 2 devait normalement être opérationnel au cours du premier semestre 2020 mais ce calendrier est susceptible d’être remis en cause par la décision de la compagnie suisso-néerlandaise Allseas, redoutant les sanctions américaines, de suspendre ses travaux de pose des tuyaux.
« En prévision de l’instauration du National Defense Authorization Act (NDAA), Allseas a suspendu ses activités de pose de Nord Stream 2 », dit la société dans un communiqué daté du 21 décembre que Reuters a pu consulter quelques minutes avant que Donald Trump promulgue la loi.
« Allseas procédera en conformité avec la disposition de retrait progressif prévue par la législation, et attend des autorités américaines compétentes des instructions comprenant les clarifications réglementaires, techniques et environnementales nécessaires », ajoute-t-elle.
Le ministre des Finances allemand Olaf Scholz a dit que Berlin « rejetait fermement » les sanctions américaines, tout en ajoutant qu’il n’y aurait pas de mesures de rétorsion.
Les coûts de Nord Stream 2 sont estimés à 11 milliards d’euros.
« Compléter le projet est essentiel pour la sécurité d’approvisionnement de l’Europe. Ensemble, avec les entreprises qui soutiennent le projet, nous allons nous efforcer de finir le gazoduc aussi vite que possible », a de son côté dit Nord Stream, sans fournir de détails.
L’Allemagne dit vouloir favoriser la diminution de la part de son énergie provenant du charbon et du nucléaire. Le gaz qui serait acheminé depuis la Russie assurerait à la première économie d’Europe une source d’énergie moins chère que le GNL acheté aux Etats-Unis ou dans d’autres pays.
(Avec la contribution de Timothy Gardner à Washington et de Paul Carrel à Berlin, version française Jean Terzian et Benoît Van Overstraeten)
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