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Les clubs londoniens contraints de se réinventer pour survivre

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par Jack Taylor et Sam Tabahriti

LONDRES, 10 avril (Reuters) – Confrontés à une baisse de la consommation d’alcool et à des coûts d’exploitation toujours plus élevés, les boîtes de nuit londoniennes redoublent d’efforts pour rester ouvertes et s’adapter aux nouveaux usages.

La promesse d’un alcool disponible tard dans la nuit ne suffit plus à attirer une jeunesse qui veut aussi pouvoir se restaurer et assister à des spectacles.

Le secteur britannique de la vie ​nocturne a généré l’année ‌dernière environ 154 milliards de livres (176 milliards d’euros) de dépenses, selon le ​cabinet de données CGA et ⁠son Night Time Economy Market Monitor.

Mais l’industrie est en difficulté depuis plusieurs années, pénalisée par l’évolution ‌des habitudes, la pandémie de COVID, ‌la forte hausse des coûts d’exploitation, le durcissement des règles d’octroi de licences et l’augmentation du coût de la vie pour les clients.

Le nombre d’établissements ouverts tard dans la nuit a reculé de 4,1% en 2025 et se situe désormais 28% en dessous ​des niveaux d’avant la pandémie, nouvelles ouvertures comprises, montrent les données de CGA.

Âgé de 27 ans, Alex Guiste, gestionnaire de communautés sur les réseaux sociaux et amateur de boîte de nuit, observe que de nombreux établissements risquent l’obsolescence s’ils ne s’adaptent pas à la demande croissante pour des sorties axées sur l’expérience, comme les soirées avec DJ ou les performances vivantes.

« Les gens sortent pour écouter la musique et pour vivre quelque chose, plus seulement pour boire ⁠tard dans la nuit », explique-t-il.

« Sortir en boîte de nuit devient exceptionnel et c’est davantage quelque chose que l’on souhaite savourer. »

COÛTS EN HAUSSE, DÉPENSES ⁠EN BAISSE

Les longues files d’attente devant les établissements du centre de Londres ne disent pas tout et leurs exploitants notent que survivre est devenu de plus en plus difficile, même lorsque la fréquentation résiste à la tendance générale.

Alice Hoffmann-Fuller, qui travaille avec des salles et des promoteurs, rappelle que de nombreux modèles économiques reposaient sur les ventes d’alcool. Or, selon des enquêtes, environ 39% des 18-24 ans ne consomment pas d’alcool.

Corsica ⁠Studios, ‌une salle de musique électronique installée sous des arches ferroviaires dans le sud de Londres, a fermé fin mars ⁠après plus de vingt ans au coeur de la scène clubbing de la capitale.

« Nous travaillons autant ​qu’avant, voire davantage », ​confiait à Reuters Matt Wickings, responsable de la programmation, avant la fermeture. Mais les recettes du bar n’ont jamais été aussi faibles, tandis que ​les coûts continuaient d’augmenter, déplorait-il.

Alors que le club réalisait autrefois entre 10.000 et 12.000 livres de ventes par nuit, il ne générait alors plus que 6.000 à 7.000 livres.

L’établissement a annoncé en ‌septembre dernier qu’il ne pouvait ​plus fonctionner sous sa forme actuelle au risque de péricliter. Corsica Studios devrait rouvrir à un moment donné, mais la forme reste à déterminer.

NOUVELLES ​HABITUDES

Pour autant, les acteurs du secteur jugent que la vie nocturne au Royaume-Uni a encore son mot à dire et qu’elle vit une mutation. Les soirées ont lieu à des horaires différents et dans d’autres espaces.

Plusieurs grandes salles ont ouvert ou se sont agrandies à Londres au cours des deux dernières années, pariant que les clubbers répondront présents, à condition que leurs attentes évolutives soient correctement prises en compte.

« La vie nocturne évolue et ç’a toujours été le cas », dit Kate Nicholls, présidente ⁠de l’organisation professionnelle UKHospitality.

Si la consommation d’alcool s’est modérée, la recherche de socialisation reste forte dans toutes les tranches d’âge, dit-elle.

« Ce n’est pas que les gens ont cessé de sortir », met en garde Alex Guiste. « C’est que le modèle ​ancien de la boîte de nuit n’a plus grand chose de spécial. »

(Sam Tabahriti; version ​française Nicolas Delame, édité par Benoit Van Overstraeten)

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