Climat social éruptif dans les laboratoires
La colère monte chez les laborantins, qui, débordés par l’afflux de patients désirant effectuer un test de dépistage du coronavirus, devraient, selon la CGT, faire grève en nombre jeudi pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail.
Tension avec les patients, augmentation drastique de la charge de travail, rémunération jugée trop faible… De plus en plus de salariés des laboratoires disent travailler dans des conditions intenables depuis la multiplication des tests virologiques (RT-PCR).
Quelque 120 salariés ont déjà fait grève mardi et mercredi dans le Tarn-et-Garonne, le Lot et en Haute-Garonne à l’appel de la CGT, de la CFDT et de FO, entraînant la fermeture de vingt sites de prélèvement, tous appartenant au laboratoire Biofusion.
Ils prévoient de reconduire leur mouvement jeudi, n’ayant pas obtenu satisfaction auprès de leur direction.
D’autres salariés se joindront à la journée de mobilisation de la CGT, de FSU et de Solidaires, ce qui pourrait entraîner des retards dans l’analyse des échantillons, prévient Eric Sellini, secrétaire fédéral CGT.
« Demain, ce sera vraiment un mouvement de grande ampleur dans l’ensemble des laboratoires en France », dit-il, sans donner de chiffres précis sur le nombre de laboratoires qui pourraient fermer.
Pascal Boudeau, technicien de laboratoire depuis 35 ans, a bien prévu de manifester devant les bureaux de son entreprise jeudi avec une cinquantaine d’autres salariés, à La Garenne-Colombes (Haut-de-Seine).
« Les conditions de travail, c’est Stalingrad », dit-il, évoquant la bataille de la Seconde guerre mondiale.
PATIENTS AGRESSIFS
« Les secrétaires ne décrochent plus le téléphone car elle se font insulter une fois sur deux (…) Les patients sont agressifs, nerveux. Ils veulent les résultats tout de suite, mais il n’y a qu’un nombre limité de places. »
Il dénonce le manque de préparation des laboratoires alors que les campagnes de dépistages sont annoncées depuis le mois d’avril. Les délais pour obtenir les résultats des tests s’allongent, culminant à une dizaine de jours en région parisienne pour des cas contacts ou symptomatiques.
« On manque de tout, de machines, de personnel, de réactifs », poursuit Pascal Boudeau.
Pour répondre à cet afflux de patients, de nombreux laboratoires ont demandé à leurs équipes de travailler de nuit et de faire des heures supplémentaires, explique François Blanchecotte, président du Syndicat national des biologistes, qui dit reconnaître l’effort fourni par les salariés.
Les salariés réclament surtout une revalorisation salariale pour que leurs compétences soient mieux prises en compte. Ils souhaitent également obtenir une prime Covid de 1.000 euros, équivalente à ce qui a été annoncé pour le personnel soignant hospitalier.
Patronat et syndicats de la branche professionnelle doivent se retrouver jeudi pour discuter d’éventuelles revalorisations.
François Blanchecotte se dit favorable au versement d’une prime de 500 à 1.000 euros, mais uniquement sur le modèle de la prime Macron, c’est à dire exonérée d’impôts et de prélèvements sociaux. Il en appelle donc au gouvernement.
« La sphère privée fait quasiment 80% des tests. Si les tests s’arrêtaient, je ne vous explique même pas la situation dans laquelle nous serions », dit-il.
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