Bruxelles et Londres bouclent les derniers détails d’un accord post-Brexit
par Gabriela Baczynska, Guy Faulconbridge et Elizabeth Piper
BRUXELLES/LONDRES (Reuters) – L’Union européenne et le Royaume-Uni sont sur le point, jeudi, de conclure un accord sur leurs relations commerciales post-Brexit, éloignant ainsi la perspective d’un divorce chaotique au terme d’un feuilleton qui a porté un rude coup au projet d’unité européenne né sur les ruines de la Deuxième Guerre mondiale.
Si la signature d’un accord, à sept jours de la sortie effective du Royaume-Uni du bloc communautaire – le 31 décembre à 23h00 GMT, devrait permettre d’éviter le pire scénario – une rupture désordonnée -, le Royaume-Uni s’avance vers une relation avec son principal partenaire commercial plus distante que les observateurs ne l’imaginaient au moment du référendum de 2016, lors duquel les Britanniques se sont prononcés en faveur d’une sortie de l’UE.
Des sources à Londres et à Bruxelles ont déclaré qu’un accord était imminent, alors que le Premier ministre britannique Boris Johnson a tenu mercredi soir une conférence téléphonique avec de hauts membres de son gouvernement et que les négociateurs à Bruxelles épluchaient une multitude de documents juridiques.
Deux sources, l’une britannique, l’autre européenne, ont toutefois prévenu jeudi à la mi-journée qu’il faudrait sans doute attendre « plusieurs heures » avant l’annonce d’un accord.
Dans la matinée, le ministre irlandais des Affaires étrangères, Simon Coveney, a expliqué qu’un « accroc » de dernière minute sur l’épineuse question de la pêche avait retardé la conclusion d’un accord mais qu’une annonce était tout de même attendue dans la journée.
« Il y a une sorte d’accroc de dernière minute » lié à un « petit texte » concernant l’accord sur la pêche, a-t-il dit.
Face à la perspective d’un accord commercial imminent entre Londres et Bruxelles, la livre sterling s’appréciait de 0,64% contre le dollar sur le marché des changes et gagnait 0,55% contre l’euro vers 12h50 GMT.
1.000 MILLIARDS D’EUROS D’ÉCHANGES COMMERCIAUX ANNUELS
Si le Royaume-Uni a formellement quitté l’UE le 31 janvier dernier, il est resté depuis lors intégré au marché unique et soumis aux normes européennes dans le cadre d’une période de transition courant jusqu’à la fin de cette année.
Faute d’accord, le Royaume-Uni serait traité par Bruxelles comme un pays tiers à partir du 1er janvier, avec des échanges commerciaux régis par les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) – ce qui signifie imposition de quotas et de droits de douane.
La conclusion d’un accord de libre-échange permettrait de préserver près de 1.000 milliards d’euros d’échanges commerciaux annuels.
Même avec un accord post-Brexit, des perturbations sont toutefois à attendre à compter du 1er janvier, lorsque le Royaume-Uni tournera véritablement le dos à 48 ans de vie communautaire, quittant le marché unique et l’union douanière.
Quand, de manière inattendue, les Britanniques se sont majoritairement prononcés en faveur du Brexit, nombreux étaient ceux en Europe à espérer que le Royaume-Uni puisse rester aligné aux normes européennes. Le virage sera bien plus important.
Boris Johnson, figure des « Brexiters » en 2016, a affiché clairement sa volonté de rompre avec les normes du marché unique et de l’union douanière, pour que le Royaume-Uni « reprenne le contrôle » de sa souveraineté.
L’accord qui pourrait être officialisé jeudi ne concerne pas les services financiers, qui font de Londres la seule place à rivaliser avec New York. Le secteur des services représente 80% de l’économique britannique.
L’accès au marché européen des banques et assureurs basés à Londres est une question traitée en parallèle des négociations sur un accord commercial.
(avec Kate Holton, John Chalmer, William Schomberg et Michael Holden; version française Jean Terzian et Laetitia Volga, édité par Jean-Stéphane Brosse et Jean-Michel Bélot)
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