Le Premier ministre irakien, sous pression, annonce sa démission
BAGDAD (Reuters) – Le Premier ministre irakien Adel Abdoul Mahdi a annoncé vendredi qu’il allait présenter sa démission au Parlement après deux mois d’une contestation aux contours inédits dont le bilan dépasse désormais les 400 morts.
Cette annonce n’a pas mis fin au mouvement qui s’est poursuivi vendredi dans le sud du pays, où au moins 21 personnes ont été tuées par les forces de sécurité, mais aussi sur la place Tahrir de Bagdad, l’un des hauts lieux de la contestation, où un millier de personnes étaient toujours rassemblées.
Dans un communiqué, Adel Abdoul Mahdi précise que sa décision est une réponse directe à un appel au changement lancé dans la matinée par le grand ayatollah Ali al Sistani.
« En réponse à cet appel et afin de faciliter (le changement) aussi vite que possible, je soumettrai au Parlement une demande de démission de la direction de l’actuel gouvernement », écrit-il dans un communiqué diffusé par ses services.
Figure majeure de l’islam chiite, le grand ayatollah Ali al Sistani avait déclaré un peu plus tôt dans la journée que le gouvernement semblait « avoir été incapable de faire face aux événements de ces deux derniers mois » et avait appelé les parlementaires à réexaminer leur soutien au gouvernement d’Adel Abdoul Mahdi, en place depuis octobre 2018.
L’Irak est en proie depuis deux mois à un vaste mouvement de contestation contre la corruption des élites et les ingérences étrangères, notamment iraniennes.
« La démission d’Adel Abdoul Mahdi n’est qu’un début », juge un manifestant de la place Tahrir, Mustafa Hafidh. « Nous resterons dans la rue tant que le gouvernement tout entier ne sera pas parti et avec lui tous les politiciens corrompus. »
NOUVEAU CAP DANS LES VIOLENCES
Au moins 21 ont été tuées par balle à Nassiriya où des manifestants tentaient de forcer l’entrée d’un commissariat de police, dit-on de sources médicales. A Nadjaf, des hommes armés mais non identifiés ont également ouvert le feu sur la foule.
Les accrochages et débordements ont franchi un nouveau cap cette semaine avec l’attaque et l’incendie du consulat iranien à Nadjaf et de violents affrontements qui ont fait 62 morts le lendemain, journée parmi les plus sanglantes de la période.
Depuis le début de la crise, le bilan des violences établi auprès de sources médicales et policières dépasse désormais les 400 morts, pour la plupart des manifestants jeunes et non armés.
Dans son adresse relayée à la télévision par un de ses représentants, le grand ayatollah Sistani a appelé les forces de l’ordre à cesser de tirer sur les manifestants et ces derniers à rejeter toute forme de violence.
Mais il s’est aussi aventuré très nettement sur un terrain plus politique, faisant dire que le gouvernement « semble avoir été incapable de faire face aux événements de ces deux derniers mois ». « Le Parlement, dont le gouvernement actuel est issu, doit reconsidérer ses choix et faire ce qui est dans l’intérêt de l’Irak », a-t-il poursuivi.
Jamais depuis le début de la contestation cette figure à la très forte influence sur l’opinion irakienne, majoritairement chiite, n’était allé aussi loin dans la remise en cause du gouvernement. Le Premier ministre n’a pas tardé à en tirer les conclusions.
(John Davison; version française Bertrand Boucey, Henri-Pierre André et Simon Carraud, édité par Jean-Philippe Lefief et Simon Carraud)
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