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Commerzbank: Berlin envisage un plan de dernière minute pour contrer l’offre d’UniCredit

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FRANCFORT, 6 mai (Reuters) – Alors qu’UniCredit s’apprête à racheter Commerzbank, certains membres du gouvernement allemand envisagent une mesure radicale pour repousser l’offre hostile du groupe italien en renforçant la participation de l’Etat dans la banque allemande, jugée stratégique par Berlin, ont déclaré mercredi des sources proches du dossier.

L’Allemagne détient déjà 12% de Commerzbank depuis son sauvetage financier il y a 20 ans. À Berlin, l’idée circule de recourir à la banque publique KfW pour augmenter cette participation, afin de constituer un bloc suffisamment important pour empêcher une prise de contrôle totale, ont déclaré deux sources ayant une connaissance directe de la situation sous couvert d’anonymat.

Une telle mesure se heurterait à plusieurs ​obstacles, notamment la nécessité de trouver plusieurs ‌milliards d’euros. Elle pourrait se justifier par le rôle de Commerzbank en tant que bailleur de fonds des ​entreprises du Mittelstand, qui constituent l’épine dorsale de la ⁠plus grande économie européenne, ont-ils ajouté.

Une prise de participation potentielle de la KfW « devrait certainement être envisagée », a déclaré Armand Zorn, membre influent du Parti ‌social-démocrate qui contrôle actuellement le ministère allemand des ‌Finances.

« Cela doit être considéré comme un dernier recours si toutes les autres options échouent (…) L’impact dépasserait largement le cadre symbolique », a déclaré le vice-président du groupe SPD au Bundestag.

Le gouvernement et la direction de Commerzbank sont de plus en plus exaspérés face à leur incapacité à décourager la tentative de rachat transfrontalière de 37 milliards d’euros menée par le directeur général d’UniCredit, Andrea Orcel. Celui-ci poursuit l’opération depuis ​2024 et détient déjà près de 30% du capital, alors que le chancelier allemand Friedrich Merz et la présidente du directoire de la banque, Bettina Orlopp, tiraient la sonnette d’alarme.

« Le gouvernement doit continuer de signaler qu’une offre publique d’achat hostile sur Commerzbank n’est pas dans l’intérêt de la place financière allemande », a déclaré Armand Zorn. « Commerzbank joue un rôle central pour la (…) résilience économique de l’Allemagne. »

La KfW, le ministère des Finances et la Commerzbank ont refusé de commenter.

Alors que l’Allemagne se serre la ceinture sur le plan financier, une telle initiative serait difficile à mettre en œuvre, et il n’est pas certain que les chrétiens-démocrates, partisans du libre marché et favorables aux entreprises, qui gouvernent l’Allemagne dans une coalition instable ⁠avec le SPD, la soutiendraient.

Commerzbank est devenue un test de la détermination du gouvernement allemand, après que ses ministres et le chancelier ont mis en garde à plusieurs reprises UniCredit contre une tentative de rachat. Si Berlin ⁠n’agissait pas, cela pourrait encore nuire à sa réputation, alors que les ministres divisés n’ont pas tenu leurs promesses de réformes économiques et que l’économie allemande est pratiquement au point mort.

La perte de Commerzbank serait un nouveau coup dur pour l’Allemagne, déjà sous pression des droits de douane américains, tandis que la montée en concurrence de la Chine aggrave l’accélération des licenciements dans ses industries clés.

La bataille acharnée pour le contrôle de la banque a atteint un point critique après qu’Andrea Orcel a lancé mardi une offre publique d’achat à un prix très bas. Andrea Orcel fait valoir que Commerzbank n’exploite pas pleinement son potentiel et que l’Europe aurait tout à gagner ⁠de la ‌présence de banques plus grandes dans un contexte géopolitique instable.

Vendredi, Commerzbank publiera une mise à jour de sa stratégie visant à convaincre les investisseurs de la valeur de ⁠son indépendance, incluant probablement de nouvelles réductions de coûts et des suppressions d’emplois, ce qui constituerait une troisième vague de licenciements cette décennie.

Le mois dernier, ​Andrea Orcel a déclaré aux investisseurs ​que « la trajectoire actuelle de la Commerzbank mettra en péril sa survie à moyen terme » et a lancé une campagne de communication offensive sur les réseaux sociaux.

Le régulateur financier allemand a réagi en demandant à UniCredit de retirer ​les publicités critiquant Commerzbank, tandis que plus de 3.000 personnes suivent un groupe WhatsApp créé par le comité d’entreprise de Commerzbank, opposé au rapprochement.

Un message publié la semaine dernière montrait une caricature de cheval de Troie rempli de soldats d’UniCredit armés de lances et de boucliers, accompagné d’une légende « On ne ‌peut pas faire confiance à Andrea Orcel ».

Commerzbank a ​supprimé 10.000 emplois, soit un tiers de ses effectifs allemands, au début de cette décennie et a annoncé son intention d’en supprimer 3.900 supplémentaires l’année dernière. Andrea Orcel a clairement indiqué qu’il procéderait à des coupes sombres ​au siège de Francfort.

Certains clients de longue date de Commerzbank s’opposent également à l’opération, menaçant de changer de banque si UniCredit l’emporte.

« Je vois ce rachat d’un oeil très critique et n’y vois aucun avantage », a déclaré Juergen Lindhorst, président du groupe Lindhorst, qui emploie 4.000 personnes et se consacre à la transformation de terres agricoles en parcs solaires ainsi qu’au développement immobilier.

Jusqu’en 2024, l’Allemagne détenait une participation encore plus importante dans Commerzbank, mais une tentative ratée de céder une partie de cette participation a abouti à UniCredit plutôt qu’à un large éventail d’investisseurs institutionnels.

La participation actuelle d’Etat vaut plus de 4,5 milliards d’euros. Doubler ce montant pour atteindre une minorité de blocage de 25% sur le marché libre pourrait coûter au moins autant et ne pas suffire à ⁠arrêter Andrea Orcel.

La KfW a été fondée en 1948 pour financer la reconstruction de l’Allemagne après la Seconde Guerre mondiale. Plus récemment, elle a contribué au sauvetage de Lufthansa pendant la pandémie de Covid-19.

La réalisation d’un rachat dépend fortement du gouvernement fédéral, a déclaré Michael Wisser, président du directoire de WISAG, une société de gestion d’installations comptant 60.000 employés et cliente ​des deux banques, qui s’oppose à l’opération. « Il n’y aura pas d’accord si le gouvernement fédéral adopte une position très claire », a-t-il ​ajouté.

(Tom Sims et John O’Donnell, version française Elena Smirnova, édité par Augustin Turpin)

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