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Liban: Israël veut occuper une « zone de sécurité » jusqu’au Litani

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par Alexander Cornwell et Nazih Osseiran

TEL AVIV/BEYROUTH, 24 mars (Reuters) – L’armée israélienne va occuper dans le sud du Liban une « zone de sécurité » s’étendant jusqu’au fleuve Litani, une trentaine de kilomètres au nord de la frontière avec Israël, a annoncé mardi le ministre israélien de la Défense, Israël Katz.

C’est la première fois depuis la reprise des affrontements entre Israël et le Hezbollah libanais, le 2 mars, dernier que l’Etat hébreu énonce aussi clairement sa volonté de s’emparer de ce territoire représentant près d’un dixième de la superficie du Liban.

Israël Katz avait déjà prévenu le ​gouvernement libanais qu’il risquait de ‌perdre des territoires en cas d’échec à désarmer le Hezbollah.

Le groupe armé chiite a réagi ​en déclarant qu’il se battrait pour empêcher ⁠les troupes israéliennes d’occuper le sud du Liban, qualifiant une telle initiative de « menace existentielle » pour l’État libanais.

Hassan Fadlallah, député du Hezbollah, ‌a déclaré que toute occupation israélienne au ‌sud du Litani se heurterait à une résistance. « Nous n’avons d’autre choix que de faire face à cette agression et de nous accrocher à notre terre », a-t-il dit à Reuters.

Depuis le 13 mars, l’armée israélienne a détruit cinq ponts sur le Litani. Elle multiplie en parallèle les opérations de démolition de maisons dans les villages proches de ​la frontière israélienne.

Mardi, lors d’une réunion avec le chef d’état-major de Tsahal, le ministre israélien de la Défense a déclaré que l’armée allait « contrôler les autres ponts et la zone de sécurité jusqu’au Litani » afin de créer un « tampon défensif ».

L’armée n’a pas souhaité commenter les déclarations du ministre. Jusqu’ici, Tsahal dit mener des actions terrestres ciblées dans la zone frontalière.

« CRÉER UNE ZONE TAMPON »

Selon Israël Katz, les soldats israéliens « manoeuvrent » au Liban pour établir une « ligne de défense avancée » en affrontant des combattants du Hezbollah et en détruisant leurs infrastructures, notamment des maisons servant de « postes avancés ».

Pour la deuxième fois cette semaine, le ministre israélien ⁠de la Défense a comparé cette tactique à celle employée par Tsahal dans la bande de Gaza: démolir des immeubles proches de la frontière afin de « créer une zone tampon et ⁠éloigner la menace pour les communautés israéliennes ».

Lundi, le ministre israélien des Finances, l’ultranationaliste Bezalel Smotrich, a appelé à l’annexion du sud du Liban jusqu’au Litani. Israël a déjà occupé le Sud-Liban entre 1982 et 2000.

Des habitants ayant fui le Sud dénoncent le silence du gouvernement libanais, qui n’a pas fait de commentaires dans l’immédiat.

« Si notre gouvernement ne nous soutient pas, que pouvons-nous faire ? », s’interroge Najib Hussein Halawi, qui a fui il y a quelques semaines son village natal de Kfar Kila, près de la frontière, qu’il décrit comme étant désormais en ruines.

Les bombardements ⁠israéliens depuis ‌le 2 mars au Liban ont fait un millier de morts, un million de déplacés, et causé de vastes dommages dans le sud ⁠du pays et à Beyrouth.

Parmi les victimes figurent près de 120 enfants, 80 femmes et 40 personnels médicaux, selon le ministère ​libanais de la Santé, qui ​hormis ces précisions, ne fait pas la distinction entre civils et combattants tués. Deux soldats israéliens ont été tués au combat.

EXPULSION DE L’AMBASSADEUR IRANIEN

Une frappe menée dans la nuit de lundi ​à mardi a touché un appartement à Bechamoun, une zone montagneuse au sud-est de Beyrouth, tuant trois personnes, dont une fillette de trois ans, selon le ministère de la Santé.

Alors que l’explosion a détruit les murs et brûlé les meubles d’un ‌appartement voisin, la propriétaire de celui-ci, Rawaa ​Eido, a reproché aux combattants qui s’attendent à être pris pour cible d’occuper des immeubles d’habitation.

« Nous n’avons aucune affiliation politique avec qui que ce soit (…) Pourquoi, alors qu’ils sont pris pour ​cible, veulent-ils se cacher dans des maisons parmi la population ? », a-t-elle déclaré à Reuters, en larmes.

L’armée israélienne n’a fait aucun commentaire.

Mardi, le Liban a déclaré l’ambassadeur iranien persona non grata et lui a donné jusqu’à dimanche pour quitter le pays, après avoir ordonné le départ de dizaines d’autres ressortissants iraniens, dont des diplomates, au début du mois.

Le gouvernement a précisé que cette mesure ne signifiait pas une rupture des relations diplomatiques avec l’Iran, tandis que le ministre israélien des Affaires étrangères, Gideon Saar, a salué sa décision dans un message publié sur X.

Le président Donald Trump a déclaré lundi que Washington et Téhéran pourraient bientôt parvenir ⁠à un accord pour mettre fin à la guerre, à la suite de ce qu’il a décrit comme des pourparlers entre des responsables américains et iraniens.

L’Iran a cependant nié toute négociation avec les États-Unis et on ignore si un éventuel accord inclurait un cessez-le-feu au Liban.

(Alexander Cornwell à Tel Aviv, ​Nazih Osseiran, Maya Gebeilly, Laila Bassam et Tom Perry à Beyrouth, avec Omri Taasan à Jérusalem ; Jean-Stéphane Brosse ​et Benjamin Mallet pour la version française, édité par Sophie Louet)

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