L’Iran coupé du monde, au moins 62 morts depuis le 28 décembre
par Parisa Hafezi
DUBAI, 9 janvier (Reuters) – L’Iran était en grande partie isolé du monde extérieur vendredi après la coupure d’internet décidée par les autorités de la République islamique, confrontées à une vague de contestation à travers le pays et à de nouveaux appels à manifester.
Les appels téléphoniques de l’étranger n’aboutissaient pas, des liaisons aériennes ont été annulées et les sites iraniens d’information en ligne n’étaient mis à jour que de façon erratique.
L’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la Révolution islamique, a accusé les manifestants d’agir pour le compte du président américain Donald Trump. Il a affirmé que des émeutiers s’en prenaient aux biens publics et a averti que les autorités ne toléreraient pas de comportements de « mercenaires pour les étrangers ».
Déclenché à la fin décembre par les commerçants du Grand Bazar de Téhéran dénonçant une inflation galopante, le mouvement de protestation s’est étendu par la suite à toutes les provinces du pays, sans atteindre l’ampleur de la contestation qui avait ébranlé la République islamique en 2022 et 2023 après la mort en détention de la jeune Kurde Mahsa Amini.
Des organisations de défense des droits humains ont fait état de dizaines de morts victimes de la répression. Le groupe iranien de défense des droits humains Hengaw a déclaré que plusieurs personnes avaient été blessées par des tirs lors d’une manifestation organisée après la prière du vendredi à Zahedan, où la minorité baloutche est majoritaire.
Le groupe iranien de défense des droits humains HRANA a indiqué vendredi avoir recensé la mort d’au moins 62 personnes, 14 membres des forces de sécurité et 48 manifestants, depuis le début des manifestations le 28 décembre.
Dans une déclaration publiée par Paris, le président français Emmanuel Macron, le Premier Ministre britannique Keir Starmer et le chancelier allemand Friedrich Merz se sont dits « profondément préoccupés par les informations faisant état de violences commises par les forces de sécurité iraniennes » et ont condamné « fermement le meurtre de manifestants ».
« Nous exhortons les autorités iraniennes à faire preuve de retenue, à s’abstenir de toute violence et à respecter les droits fondamentaux des citoyens iraniens », ont-ils ajouté.
« ON DIRAIT UNE ZONE DE GUERRE »
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Turk, s’est pour sa part dit « profondément troublé par les informations faisant état de violences » et par les coupures de communication.
Les mouvements d’opposants à l’étranger, fragmentés, ont appelé à de nouvelles manifestations ce vendredi. De son exil, Reza Pahlavi, fils du dernier Shah renversé par la révolution de 1979, s’est de nouveau adressé aux Iraniens via les réseaux sociaux: « Les yeux du monde sont tournés vers vous. Descendez dans les rues. »
Donald Trump, qui a menacé Téhéran la semaine dernière de venir à la rescousse des manifestants, a déclaré vendredi qu’il n’avait pas prévu de rencontrer Reza Pahlavi et qu’il n’était « pas sûr qu’il serait approprié » de le soutenir.
La télévision publique iranienne a diffusé au cours de la nuit des images censées montrer des bus, des voitures et des motos en flammes ainsi que des incendies dans des stations de métro et des agences bancaires. Elle a accusé l’Organisation des moudjahidine du peuple (MEK) d’être à l’origine des troubles.
« On dirait une zone de guerre, tous les commerces ont été détruits », a dit un journaliste de la télévision publique s’exprimant devant des incendies dans la rue Shariati à Rasht, port de la mer Caspienne.
Des vidéos vérifiées par Reuters montraient des centaines de personnes dans les rues de Téhéran. Dans l’une des vidéos on entend une femme crier « Mort à Khamenei ! »
Le procureur général de Téhéran a déclaré que les personnes qui commettent des actes de sabotage, incendient des biens publics ou affrontent les forces de sécurité encourent la peine de mort.
KHAMENEI INVITE TRUMP À « S’OCCUPER DE SON PROPRE PAYS »
Confrontées depuis septembre au rétablissement de sanctions internationales en raison de la poursuite d’un programme nucléaire, les autorités iraniennes s’emploient à établir une distinction entre des manifestants aux revendications économiques jugées légitimes et des émeutiers promis à une sévère répression.
Le président du Parlement, Mohammad Baqer Qalibaf, a déclaré aux parlementaires que les voix des manifestants devaient être entendues, mais que toute affaire liée à des « réseaux d’espionnage étrangers » devait être traitée différemment.
Ali Khamenei a invité Donald Trump à « s’occuper de son propre pays ».
« La nuit dernière à Téhéran, une bande de vandales et d’émeutiers est venue et a détruit un bâtiment appartenant à l’Etat, au peuple lui-même, juste pour satisfaire le coeur du président des Etats-Unis », a-t-il déclaré.
« La République islamique est arrivée au pouvoir grâce au sang de centaines de milliers de personnes honorables. Elle ne reculera pas face aux vandales », a-t-il encore dit.
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araqchi, a jugé vendredi « très basse » la possibilité d’une intervention militaire étrangère en Iran et précisé que son homologue d’Oman, qui a souvent fait office de médiateur entre l’Iran et les puissances occidentales, était attendu à Téhéran vendredi.
Si les revendications initiales des manifestants portaient sur leurs difficultés économiques, avec un rial ayant perdu la moitié de sa valeur face au dollar l’an dernier et une inflation montée à 40% en décembre, des slogans directement dirigés contre le pouvoir islamique sont progressivement apparus dans les cortèges, au sein desquels on a pu entendre « Mort au dictateur » ou des louanges à l’ancienne monarchie.
« Le sentiment de désespoir qui règne aujourd’hui dans la société iranienne est sans précédent. Je veux dire par là que cette colère n’a fait que s’intensifier au fil des ans et que le mécontentement de la société iranienne atteint aujourd’hui des niveaux records », souligne Alex Vatanka, analyste au Middle East Institute à Washington.
(Parisa Hafezi et la rédaction de Dubaï, rédigé par Angus McDowall, version française Bertrand Boucey, Sophie Louet et Benjamin Mallet, édité par Blandine Hénault et Kate Entringer)
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
Agissez avec notre plateforme de médias chrétiens !
Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
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