Rencontre à Paris entre le RN et des membres du Département d’Etat
par Gabriel Stargardter et Elizabeth Pineau
PARIS (Reuters) – Une délégation du Département d’État américain a rencontré des responsables du Rassemblement national (RN) le mois dernier à Paris, mais leur offre de soutien à Marine Le Pen, fragilisée par une condamnation pour laquelle elle a fait appel, a été rejetée par le parti français, a appris Reuters auprès de deux sources.
Ni la « patronne » du RN ni le président du parti Jordan Bardella n’ont assisté à la rencontre, qui était menée côté américain par Samuel Samson, conseiller au Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail du Département d’État.
« Ce n’était pas à ce niveau », a précisé un membre de l’entourage de la triple candidate à la magistrature suprême en France.
Selon une autre source, l’objectif de cet entretien était d’envisager les moyens, pour l’administration Trump, d’apporter un soutien public à Marine Le Pen, qui a fait appel d’une condamnation à quatre ans de prison dont deux avec sursis, 100.000 euros d’amende et cinq ans d’inéligibilité avec exécution provisoire après avoir été reconnue coupable le 31 mars de détournement de fonds publics dans l’affaire des assistants des députés européens du Front national.
L’approche américaine a tourné court, les responsables du RN jugeant contre-productif un soutien du Département d’État dans la perspective de l’élection présidentielle que le Rassemblement national espère remporter en 2027, a déclaré l’une des sources.
Selon cette dernière, la partie RN a expliqué à ses interlocuteurs que la future candidature présidentielle était solide, quel que soit l’impétrant : Marine Le Pen ou Jordan Bardella si la cheffe de file du parti était empêchée.
Un haut responsable du département d’État, s’exprimant sous couvert d’anonymat, a confirmé la tenue de la réunion mais contesté l’idée d’un rejet d’une offre d’aide américaine. Selon ce responsable, les représentants du RN « ont indiqué qu’ils devaient agir dans leur propre intérêt en tant qu’entités indépendantes ». Le camp de Marine Le Pen a, d’après lui, salué l’engagement de Washington.
L’attitude du parti français montre que le soutien de Donald Trump peut être perçu comme un fardeau par les nationalistes européens, malgré une certaine proximité idéologique avec le locataire de la Maison blanche.
Un proche de Marine Le Pen a dit ne rien savoir quant à une offre d’appui de l’administration Trump, ajoutant que « dans tous les cas, un soutien à notre parti d’une administration étrangère n’est pas vraiment dans nos habitudes. »
Début juin, le Bureau de la démocratie, des droits de l’homme et du travail a publié sur le réseau X des messages relatifs aux entretiens de Paris, indiquant y avoir « rencontré des responsables français, des partis politiques et d’autres parties prenantes pour réaffirmer un engagement commun en faveur de la liberté d’expression, du choix démocratique et de la liberté religieuse… »
« LIBERTÉ D’EXPRESSION »
Les auteurs se disent préoccupés par ceux qui, en Europe, « utilisent la guerre juridique pour museler la liberté d’expression et censurer leurs opposants politiques. »
Dans un article publié sur le site du Département d’Etat au lendemain de sa rencontre avec le RN, Samuel Samson considère que le cas Le Pen prouve que « l’Europe est devenue un foyer de censure numérique, de migrations massives, de restrictions à la liberté religieuse et de nombreuses autres atteintes à l’auto-gouvernance démocratique. »
« Le recul démocratique de l’Europe (…) affecte de plus en plus la sécurité et les liens économiques des États-Unis », écrit-il.
Contacté par Reuters au sujet de la rencontre avec Samuel Samson, le RN n’a fait aucun commentaire.
Donald Trump, le vice-président J.D. Vance et le milliardaire Elon Musk ont tous apporté leur soutien à Marine Le Pen après sa condamnation.
Dans les jours qui ont suivi, la présidente du groupe RN à l’Assemblée a accusé « le système » d’avoir sorti la « bombe nucléaire » pour anéantir ses espoirs présidentiels. Elle et ses alliés ont depuis atténué leurs attaques contre l’institution judiciaire et les sondages montrent qu’une majorité de Français considère que sa condamnation était justifiée.
Samuel Samson figure au nombre des jeunes hauts fonctionnaires les plus ambitieux du Département d’État.
Diplômé de l’Université du Texas à Austin en 2021, il a commencé une carrière à l’Institut thomiste, dont le site internet évoque la « mission de promouvoir la vérité catholique dans notre monde contemporain en renforçant la formation intellectuelle des chrétiens dans les universités, au sein de l’Église et dans l’espace public au sens large. »
Samuel Samson a participé à une campagne de soutien à des manifestants anti-avortement au Royaume-Uni, a indiqué l’une des sources interrogées par Reuters.
(Reportage Gabriel Stargardter et Elizabeth Pineau, avec Humeyra Pamuk à Washington, édité par Zhifan Liu)
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
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Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
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