Paris et Alger d’accord pour reprendre leur coopération-Barrot
PARIS (Reuters) -La France et l’Algérie se sont mis d’accord pour reprendre leur coopération dans tous les secteurs, a annoncé dimanche le ministre français des Affaire étrangères à l’issue d’une journée de pourparlers à Alger visant à renouer le dialogue après des mois de dispute entre les deux pays.
Après deux heures et demie de pourparlers, Jean-Noël Barrot a évoqué un retour à la normale et repris les mots du président algérien Abdelmadjid Tebboune: « Le rideau se lève ».
« La France souhaite tourner la page des tensions actuelles pour reconstruire un partenariat d’égal à égal, serein et apaisé avec l’Algérie. Elle souhaite retrouver les voies de la coopération (…), dans notre intérêt mutuel, toutes les voies de la coopération, dans un souci d’efficacité et de résultats pour nos compatriotes », a-t-il ajouté.
Les relations entre Paris et Alger, déjà compliquées depuis plusieurs décennies, se sont fortement dégradées en juillet quand le président français Emmanuel Macron a provoqué la colère des autorités algériennes en reconnaissant un plan d’autonomie de la région du Sahara occidental sous la souveraineté du Maroc.
Selon les autorités françaises, l’Algérie a adopté par la suite une politique visant à effacer la présence économique de la France dans le pays, avec une chute des échanges pouvant aller jusqu’ à 30% depuis l’été.
Ces relations dégradées ont des répercussions en matière de sécurité, économiques et sociales majeures car les deux pays entretiennent des liens commerciaux importants et environ 10% des 68 millions de Français ont des liens avec l’Algérie, selon des officiels français.
Jean-Noël Barrot s’est rendu en Algérie dans le sillage d’échanges entre Emmanuel Macron et son homologue algérien Abdelmadjid Tebboune le 31 mars, au cours desquels tous deux se sont mis d’accord sur une feuille de route pour apaiser les tensions.
Paris déclare qu’Alger a multiplié les obstacles pour l’obtention d’autorisations administratives et de nouveaux financements pour les entreprises françaises opérant dans le pays, notamment pour l’importation de blé.
« Nous avons eu l’occasion de rappeler les difficultés apparues ces derniers mois s’agissant du développement de nos échanges, en particulier dans le secteur agro-alimentaire, automobile et du transport maritime, et à faire avancer des projets industriels structurants. Le président Tebboune m’a assuré de sa volonté de leur donner une nouvelle impulsion », a poursuivi Jean-Noël Barrot.
LE MINISTRE DE L’INTERIEUR SE RENDRA BIENTOT EN ALGERIE
Les relations se sont également dégradées en matière de coopération sur la sécurité, notamment au sujet des militants islamistes, après l’arrestation en novembre de l’écrivain franco-algérien Bouyalem Sansal, âgé de 80 ans. Il a depuis été condamné à cinq ans de prison, mais selon des diplomates, Paris espère qu’il bénéficiera d’un pardon présidentiel.
Le conflit s’est aussi immiscé dans la politique intérieure des deux pays, le gouvernement français étant sous pression pour durcir ses politiques en matière d’immigration.
Le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a ainsi appelé à un réexamen de l’accord de 1968 facilitant l’installation en France des ressortissant algériens, après que l’Algérie à refusé d’accueillir deux de ses propres citoyens expulsés du territoire français.
Le chef de la diplomatie française a indiqué que Bruno Retailleau se rendrait prochainement en Algérie et que les deux pays reprendraient leur coopération sur les questions judiciaires.
La relation Paris-Alger reste marquée par le traumatisme de la guerre d’indépendance de l’Algérie entre 1954 et 1962. Environ 400.000 civils et combattants algériens ont trouvé la mort pendant le conflit, ainsi que 35.000 Français et 30.000 « harkis » musulmans qui ont combattu aux côtés de l’armée française contre les insurgés.
(John Irish, avec GNus Trompiz, Gilles Guillaume pour la version française)
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