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Birmanie: Civils et activistes veulent que Total cesse ses paiements

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par Benjamin Mallet et John Geddie

PARIS (Reuters) – Le gouvernement civil parallèle de la Birmanie et des groupes de défense des droits ont appelé mardi Total et les autres compagnies pétrolières opérant dans le pays à suspendre leurs paiements à l’État, contrôlé par l’armée depuis le 1er février.

Ces appels interviennent au lendemain d’une déclaration du groupe français qui s’est une nouvelle fois dit préoccupé par la situation en Birmanie, où la répression des manifestations par les militaires a fait des dizaines de morts, tout en soulignant l’importance de ses activités pour le pays.

« Le coup d’État a laissé les compagnies pétrolières internationales opérant en Birmanie sans autre option que de suspendre leurs relations avec la junte militaire », a déclaré le gouvernement civil parallèle dans une lettre adressée à Total et publiée sur sa page Facebook officielle.

Composé d’ex-parlementaires chassés du pouvoir et connu sous le nom de comité représentant le Pyidaungsu Hluttaw (l’Assemblée de l’Union, l’organe législatif bicaméral), le groupe demande à Total de suspendre ses versements à la Birmanie et de les placer sur un compte protégé jusqu’à ce qu’un gouvernement légitime soit rétabli.

Total n’a pas souhaité commenter ces informations.

La lettre, datée du 5 mars mais mise en ligne mardi, fait écho aux recommandations du rapporteur spécial des Nations Unies sur la Birmanie, Tom Andrews, selon lesquelles des sanctions doivent être prises contre la société Myanmar Oil and Gas Enterprise (MOGE), désormais contrôlée par l’armée et qui représente sa plus importante source de revenus.

Des courriers similaires ont aussi été adressés aux groupe pétroliers Petronas (Malaisie) et PTTEP (Thaïlande), ainsi qu’au producteur d’acier POSCO (Corée du Sud).

Présent en Birmanie depuis 1992, Total y exploite principalement les champs en mer Yadana et Sein, qui assurent la moitié de la consommation du gaz du pays – à travers un gazoduc de MOGE – et 12% de celle de la Thaïlande.

Selon les dernières données disponibles, le groupe français a versé à la Birmanie 786,5 millions de dollars sur la période 2015-2019, dont 166,6 millions au ministère des Finances et 619,9 millions à MOGE.

« Total est préoccupé par la situation et espère une solution pacifique. Total condamne les violations de droits fondamentaux où que ce soit et s’alignera sur ce que décideront les Etats en matière de sanctions. Pour rappel, le gaz de Yadana fournit 50% de l’électricité de Rangoun », a écrit lundi le groupe sur Twitter, en réponse à un journaliste soulignant « sa collaboration avec la junte birmane, malgré la répression ».

La déclaration de Total a déclenché sur le réseau social de vives réactions des opposants à l’armée birmane, certains lui demandant de « couper l’électricité ».

Le groupement d’activistes « Justice pour la Birmanie » a de son côté estimé que Total devait faire suivre ses paroles d’actes « en suspendant tous les paiements à la junte militaire illégale ». « Total et les autres majors pétrolières et gazières ne doivent pas financer les #CrimesContreLhumanite », a-t-il ajouté.

Total opérait déjà en Birmanie sous le précédent régime militaire ayant officiellement quitté le pouvoir en 2011 car ses activités échappaient aux sanctions internationales. Le groupe fait régulièrement valoir son impact positif dans le pays, où il gère notamment un programme de développement social et économique.

(Benjamin Mallet, édité par Blandine Hénault et Jean-Michel Bélot)

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