Avant tout, ayez les uns pour les autres une ardente charité. 1 Pierre 4:8
« Avant tout, ayez les uns pour les autres une ardente charité, car la charité couvre une multitude de péchés. » (1 Pierre 4:8). Soit au sens où celui qui aime ne se lasse pas de pardonner, soit au sens où son amour peut permettre à l’autre de se détourner du péché.
Dans quel sens – et de qui – l’amour couvre-t-il une multitude de péchés ?
La deuxième partie du verset est un rappel de Proverbes 10.12 : « L’amour couvre tous les torts ». Comme Jacques a virtuellement les mêmes mots dans son épître (5.20), on peut supposer que cette parole circulait sous la forme d’un proverbe (cf. 1 Clément 49.5 ; II Clément 16.4).
Cette parole peut être interprétée dans le sens actif ou le sens passif : un chrétien qui aime son voisin couvre ses péchés, ou bien l’amour de Dieu couvre les siens. Les deux sont justes, mais comme le contexte souligne les relations du chrétien avec ses prochains, le premier sens semble plus probable ici. Dieu pardonne les péchés de celui qui se repent et qui croit, mais il demande à celui qui est pardonné le même esprit de pardon à l’égard des autres (Matthieu 6.14-15 ; 18.21-22 ; Marc 11.25-26 ; Ephésiens 4.32 ; Colossiens 3.13).
Certains Pères, comme Tertullien et Origène, ont compris qu’en témoignant de l’amour aux autres, on couvrait ses propres péchés. Ce serait un exemple de pardon par les œuvres. Mais notre amour n’expie ni nos péchés ni ceux des autres ; cette parole veut simplement nous rappeler qu’en aimant « ardemment » les autres, on ne regarde pas leurs fautes et on ne tient pas une comptabilité de leurs torts envers nous. Dans l’AT, le mot couvrir signifie parfois pardonner (Psaumes 32.1 ; 85.3) et le Seigneur nous a demandé de pardonner sans nous lasser ; Pierre se souvient de la réponse qu’il lui a donnée lorsqu’il a demandé si pardonner sept fois était suffisant (Matthieu 18.22). Luther disait : « Couvrir les péchés doit s’entendre à l’égard du prochain, non à l’égard de Dieu. Personne ne peut couvrir les péchés devant Dieu, sinon la foi. Mais mon amour doit couvrir les péchés de mon prochain, comme l’amour de Dieu couvre mes propres péchés, si j’ai la foi ».
« Couvrir les fautes d’un frère, c’est, dans ce sens, les cacher à d’autres, les pardonner, les oublier, si elles ont été commises envers nous » (BA p. 209). Une mère qui aime son enfant ne raconte pas à d’autres les fautes qu’il a faites.
« Le commandement qui est à la base de la vie communautaire, c’est celui de l’amour fraternel. L’auteur y revient pour la troisième fois dans l’épître (cf. 1.22 ; 3.8). Il en souligne l’importance primordiale par les mots ‘avant tout’ (v. 8). Toute activité de l’Eglise serait vaine là où l’amour n’aurait pas la première place. L’adjectif qui le qualifie (‘un amour constant’, cf. 1.22) précise une qualité spécifique de l’amour chrétien, la constance. Parce qu’il est le fruit de l’amour de Christ pour nous, parce qu’il repose sur la conviction que nous ne pouvons vivre que du pardon de Dieu, il ne varie pas au gré de nos sympathies humaines. Il ne se résume pas à quelques élans aussi brefs qu’occasionnels ; il tient bon, il persévère jusqu’au bout. Il implique une vigilance accrue en ces temps où, selon la parole de Jésus, ‘l’amour du plus grand nombre se refroidira’ (Matthieu 24.12).
En lui réside la puissance de cohésion de la communauté, car il ‘couvre une multitude de péchés’ (citation de Proverbes 10.12). Le péché est source de divisions et de querelles infinies ; l’amour, lui, ne s’arrête pas aux péchés du prochain (sinon pour l’avertir), il sait pardonner (‘couvrir’ !) ‘jusqu’à soixante-dix-sept fois sept fois’ (Matthieu 18.22). Il ‘excuse tout’ (1 Corinthiens 13.7), il engendre la paix et des rapprochements durables. On peut aussi comprendre cette citation des Proverbes comme une promesse : au jour du jugement, l’amour que nous aurons pratiqué ‘couvrira’ nos propres péchés, non pas parce qu’il aurait une valeur méritoire ou expiatoire, mais parce qu’il témoignera que nous sommes véritablement demeurés dans l’amour du Christ qui seul nous sauve (cf. Matthieu 6.14s. : ‘Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres…’, parce que cela prouvera que vous êtes véritablement animés de l’Esprit de Christ) » (J.C. Margot, Ep. Pierre p. 72-73).
« Ces mots sont empruntés à Proverbes 10.12 (cf. Jacques 5.20) selon l’hébreu, qui opposait à la haine suscitant les querelles, l’amitié qui cache et passe sous silence les fautes du prochain (cf. 1 Corinthiens 13.7 ; Testament de Joseph 17.2) ; mais ‘couvrir’, c’est enlever et effacer (Psaumes 32.1 ; 85.3). Or, Jésus affirme que Dieu remet leurs dettes à ceux qui ont pardonné à leur prochain (Matthieu 6.14-15 ; 18.23-35 ; Luc 6.37) » (C. Spicq, Ep. Pierre p. 150).
« Le sens largement admis de ce proverbe est que, contrairement à la haine, l’amour du prochain pardonne, oublie les fautes de celui-ci, et arrête ainsi le développement des tensions et des luttes dans le groupe social.
« L’expression de Pierre, phèthos hamartiôn, ‘une multitude de péchés’, ignorée de la Septante en Proverbes 10.12, proviendrait-elle d’autres passages de l’AT (Goppelt, p. 284, n° 20) ? On la retrouve en Jacques 5.20, également associée au verbe ‘couvrir’ et il est vraisemblable qu’elle cherche à rendre le texte hébreu.
La phrase de Jacques offre l’avantage d’indiquer une direction précise : comme il s’agit de ‘sauver un pécheur de la mort’, le croyant qui pratique l’amour et effectue ce sauvetage couvre la multitude des péchés de l’homme ainsi arraché à la perdition. Cette lecture est de beaucoup préférable à celle qui suppose, pour le chrétien, la capacité de couvrir par ce moyen ses propres péchés (la note de la TOB envisage cependant la possibilité d’une double application, aux péchés de l’un et de l’autre…). En Jacques 5.19-20, l’intérêt se porte clairement sur la relation avec le frère, sur la possibilité de l’aider spirituellement, par la parole et les actes » (S. Bénétreau, 1 Pi p. 241-242).
Puis S. Bénétreau se demande si le contexte de 1 Pierre ne fournirait pas encore une autre clé de lecture : »Le contexte suggère au moins une ligne d’interprétation. En 8a, l’agapè est amour pour les frères en la foi, et, au v. 9, l’accueil est toujours celui des frères (‘les uns envers les autres’) ; le service, v. 10, sera encore dirigé vers eux. Il y a donc de bonnes raisons de penser que la maxime de 8b se situe également dans le domaine de la relation interpersonnelle au sein de la communauté : il s’agit de l’action positive qu’un croyant peut avoir sur un autre croyant.
« Dans ce cas, le v. 8 enseigne tout simplement qu’il ne faut jamais se lasser d’aimer les frères, car cet amour peut avoir une grande importance pour eux ; son efficacité est certaine. Cette importance et cette efficacité, non expliquées dans ce texte, pourraient être comprises, à la lumière de ce que dit l’épître dans son ensemble sur l’amour, de la manière suivante : l’amour chrétien dresse une barrière devant le mal et la méchanceté (ce qui est déjà la perspective de Proverbes 10.12, TM [Texte massorétique.] !), il aide les frères à prendre conscience de leurs fautes (cf. Jacques 5.20), à surmonter leurs faiblesses, à ne pas s’abandonner à l’amertume, à l’esprit de parti et de querelle. Cela va sans dire, l’amour évite de se laisser atteindre soi-même par le péché du frère : il pardonne quand il y a offense, et ne succombe pas à la contagion du mal » (S. Bénétreau, 1 Pi p. 242-243).
Est-ce que l’amour couvre aussi des péchés personnels de celui qui aime ? Bien des exégètes vont dans ce sens. Ainsi, le P. Spicq dit que Jésus « a fait grâce à la pécheresse en raison de l’agapè qu’elle a manifestée (Lc 7.47). Ses disciples sont donc sûrs d’obtenir miséricorde au jour du jugement s’ils ont aimé leurs frères en œuvre et en vérité » (C. Spicq, 1 Pip. 150).
« Mais c’est confondre corrélation et fondement du pardon (le verbe ‘couvrir’ signifiant ‘pardonner’, ‘fournir le prix pour le pardon’ dans ce type d’interprétation) ; et c’est oublier que la sotériologie de la première de Pierre est d’une parfaite limpidité (1.18ss ; 2.24ss) : le prix est totalement et uniquement consenti par Dieu en Jésus-Christ ! L’épître de Clément de Rome, l’un des textes chrétiens non bibliques les plus anciens, situe encore très clairement, en 49.5, l’amour qui couvre les péchés dans le domaine des rapports entre les membres de la communauté et ne lui confère aucune vertu expiatoire.
La sotériologie des rabbins et, malheureusement de certains Pères de l’Eglise, sans ignorer la miséricorde divine, n’est pas aussi tranchée que celle de 1 Pierre. Ainsi s’explique, pour ces derniers, la tendance à retenir une solution qui, en voulant stimuler à l’exercice de l’agapè, obscurcit le message central du salut par le Christ seul ! » (S. Bénétreau, 1 Pi p. 242-244).
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