L’Afrique n’est pas « un terrain d’essai » pour tester des vaccins, selon Emmanuel Macron
Emmanuel Macron condamne fermement les « propos inconséquents » de certains chercheurs français qui considèrent l’Afrique comme « un terrain d’essai » pour tester un vaccin potentiel contre le nouveau coronavirus (COVID-19). Cette déclaration du président de la République fait suite à la diffusion d’une séquence début avril où deux chercheurs français s’interrogeaient sur l’opportunité de réaliser des essais cliniques en Afrique.
Dans une interview à RFI diffusée mercredi, Emmanuel Macron a condamné les « propos inconséquents » de deux chercheurs français qui ont récemment évoqué l’Afrique comme « un terrain d’essai » pour tester un vaccin potentiel contre le Covid-19.
« J’ai été frappé que des propos inconséquents qui ont été tenus par certains chercheurs français ont blessé à juste titre nos amis africains et je veux ici les condamner avec beaucoup de force », a déclaré le chef de l’Etat français.
« Et dire que la France n’a jamais considéré que l’Afrique était un lieu d’expérimentation de la médécine », a-t-il ajouté, faisant référence à un échange qui s’est tenu début avril sur LCI entre un chercheur de l’Institut français de la recherche médicale (Inserm) et un chef de service d’un hôpital parisien.
Une provocation maladroite
Dans cette séquence très critiquée sur internet, Jean-Paul Mira, chef de service de médecine intensive et réanimation à l’hôpital Cochin, a fait la déclaration suivante :
« Si je peux être provocateur, est-ce qu’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique, où il n’y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation, un peu comme c’est fait d’ailleurs sur certaines études avec le sida, ou chez les prostituées : on essaie des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées. Qu’est-ce que vous en pensez ? »
Camille Locht, directeur de recherche à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), a répondu: « Vous avez raison, on est d’ailleurs en train de réfléchir à une étude en parallèle en Afrique. »
?Sur LCI, concernant la piste d’un vaccin BCG contre le #COVIDー19 :
« Si je peux être provocateur, ne devrait-on pas faire cette étude en Afrique ou y’a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation … ou chez les prostitués qui sont hautement exposées » pic.twitter.com/slwwi45Y7K
— BalanceTonMedia (@BalanceTonMedia) April 2, 2020
Réactions:
Les propos des deux chercheurs réfléchissant sur l’opportunité de réaliser, en Afrique, des essais cliniques portant sur l’utilisation de la vaccination du BCG pour prévenir des infections au Covid-19 ont suscité une vague d’indignation.
Le ministère français des Affaires étrangères s’est exprimé le 3 avril dernier pour dire que les propos tenus par deux chercheurs sur LCI « ne reflètent pas la position des autorités françaises ».
Le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Ghebreyesus, est revenu lundi sur « les propos racistes » de chercheurs évoquant l’Afrique comme un « terrain d’essai » pour un vaccin. Au cours d’une conférence de presse virtuelle, il a dénoncé « l’héritage d’une mentalité coloniale » qui ne fait rien avancer. « L’Afrique ne peut pas et ne sera un terrain d’essai pour aucun vaccin », a-t-il déclaré.
Mises en garde du CSA
Au cours de l’émission « LCI info » diffusée le 1er avril 2020, deux professionnels de santé se sont interrogés sur l’opportunité de réaliser, en Afrique, des essais cliniques portant sur l’utilisation de la vaccination du BCG pour prévenir des infections au Covid-19. Cette séquence a suscité de nombreuses réactions et une vive émotion tant au plan national qu’international, ainsi que de très nombreuses saisines du Conseil supérieur de l’audiovisuel de la part des téléspectateurs. Voici la réaction du CSA:
« Après analyse de l’ensemble de cette séquence, le CSA a relevé que les propos abrupts et contestables de l’un des intervenants n’avaient suscité aucune réaction ou demande d’explication sur le plateau. Il a donc estimé que cette séquence traduisait un défaut de maîtrise de l’antenne, telle que définie par la convention de LCI. Il a également considéré, au vu de la nature et des caractéristiques du sujet concerné, qu’il n’avait pas été traité avec suffisamment de rigueur.
Le Conseil met donc fermement en garde la chaîne LCI contre le renouvellement de tels faits.
De manière générale, le Conseil supérieur de l’audiovisuel tient à saluer le très fort engagement de l’ensemble des médias audiovisuels, publics et privés, nationaux et locaux, et des rédactions pour assurer leur mission d’information malgré les grandes difficultés auxquelles ils sont confrontés. En cette période de crise sanitaire aigüe, où les interrogations, le besoin d’information et les enjeux de cohésion sociale sont plus forts que jamais, les médias portent une responsabilité éminente. Elle exige une vigilance de chaque instant face aux risques importants de désinformation et une rigueur particulière dans la présentation et le traitement de l’information, y compris dans les illustrations visuelles. »
Des excuses et des tentatives d’explication
Après avoir critiqué une « vidéo tronquée » et des « interprétations erronées sur les réseaux sociaux », l’Institut français de la recherche médicale a indiqué vendredi soir que « les conditions dans lesquelles cette interview a été menée n’ont pas permis (à Camille Locht) de réagir correctement ». « Il s’en excuse et tient à préciser qu’il n’a tenu aucun propos raciste ». Son intention était selon lui d’affirmer que « tous les pays devront pouvoir bénéficier des fruits de la recherche », assure l’institut.
De son côté, l’AP-HP condamne les propos du chercheur :
« Le directoire de l’AP-HP, a été choqué par les propos tenus par le Pr Jean-Paul Mira sur LCI le 1er avril 2020, propos qui ne lui ressemblent pas. Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, a appelé le Pr Mira qui s’est excusé et a exprimé de profonds regrets. Il reconnaît que ses propos, pour le moins maladroits et pouvant se prêter à des interprétations péjoratives vis-à-vis des pays d’Afrique, peuvent être blessants. Telle n’était ni son intention, ni le fond de sa pensée.
Voilà ses termes précis qu’il a souhaité que le directeur général de l’AP-HP rende publics :
« Je veux présenter toutes mes excuses, demander à celles et à ceux qui ont été heurtés, choqués, qui se sont sentis insultés par des propos que j’ai maladroitement prononcés sur LCI cette semaine, leur présenter mes excuses les plus sincères, parce que ces propos ne reflètent en rien ce que je suis, ce que je fais au quotidien, depuis maintenant 30 ans ».
L’AP-HP est tout entière engagée dans la recherche pour améliorer la prévention et mettre au point des thérapeutiques contre le Covid-19, avec de nombreux programmes menés dans ces hôpitaux. Son souhait le plus ardent est que les travaux menés puissent avoir une utilité au plan national comme international et notamment aider les pays qui auraient le plus de difficultés. C’est dans cet esprit que ces travaux sont conduits.
L’AP-HP avec Université de Paris prennent acte de ces regrets et condamnent toute prise de position qui, à tort ou à raison, pourrait être interprétée comme péjorative vis-à-vis de pays africains et s’engagent à l’inverse à continuer à participer aux initiatives les plus utiles pour les soutenir d’un point de vue scientifique et médical. »
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