La France réexamine les modalités de son intervention au Sahel
PARIS (Reuters) – La France étudie « toute les options stratégiques » pour son engagement militaire au Sahel, y compris « une plus grande implication des alliés », a déclaré Emmanuel Macron jeudi, trois jours après la mort de 13 soldats de l’opération Barkhane au Mali.
Dans une vive réplique aux Etats-Unis, notamment, qui réclament un meilleur « partage du fardeau » financier au sein de l’Otan, le président français a invité ses détracteurs à assister lundi à l’hommage national en l’honneur des 13 militaires, aux Invalides à Paris.
« Si certains veulent voir ce qu’ils appellent le ‘cost-sharing’, ils peuvent venir lundi aux cérémonies que la France organisera, ils en verront le prix », a-t-il asséné.
Emmanuel Macron a reçu jeudi à l’Elysée le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, trois semaines après ses propos controversés dans The Economist sur la « mort cérébrale » de l’Alliance. Un entretien qu’il a dit « assumer totalement » lors d’une conférence de presse au côté de Jens Stoltenberg : « Il fallait peut-être un ‘wake-up call’, il a été donné, je m’en félicite. »
En bousculant l’Alliance, qui se réunit mardi et mercredi à Londres pour le sommet de ses 70 ans, le président français entend nourrir un débat sur ses orientations stratégiques. La lutte antiterroriste au Sahel se mesure à cette aune selon lui.
Pour Emmanuel Macron, l’avenir de l’Otan impose une « clarification sur notre ennemi commun ». Ni la Chine ni la Russie, à ses yeux, mais le terrorisme. « Le terrorisme qui a frappé chacun de nos pays : c’est contre les groupes terroristes que les militaires français se battent au Sahel. »
« L’engagement de la France au Sahel », a-t-il souligné, « se fait au service de notre sécurité collective : c’est cela agir pour la sécurité de ses alliés, être à la hauteur de ses responsabilités militaires et opérationnelles ».
« Proclamer son attachement à la sécurité collective ne suffit pas, il se démontre. Une véritable Alliance, ce sont des actes, ce sont des décisions, pas des mots », a-t-il lancé.
Aussi Emmanuel Macron souhaite-t-il que les alliés aient « une véritable discussion (..) sur notre engagement concret dans la lutte contre le terrorisme au Sahel comme au Levant ».
« TOUTES LES OPTIONS »
La France, qui lancé l’opération Barkhane en août 2014, a déployé quelque 4.500 hommes dans la bande sahélo-saharienne. Elle bénéficie de l’appui de la mission de paix de l’Onu, la Minusma, qui compte quelque 13.000 hommes, et depuis 2017 d’un soutien opérationnel ponctuel des 5.000 hommes de la force conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad).
Les forces françaises disposent également du soutien logistique des Etats-Unis, de l’Espagne, du Royaume-Uni, de l’Allemagne, du Canada, de la Belgique et de l’Estonie.
« La mission qui est la nôtre là-bas est importante, néanmoins le contexte que nous sommes en train de vivre au Sahel me conduit aujourd’hui à regarder toutes les options stratégiques », a annoncé Emmanuel Macron, évoquant implicitement la multiplication des foyers djihadistes et la recrudescence des violences intercommunautaires.
« Dans ce contexte-là, et en fonction des décisions que la France aura à prendre, une plus grande implication des alliés est évidemment quelque chose qui serait tout à fait bénéfique », a-t-il jugé.
Le chef de l’Etat a précisé que la question avait été abordée mercredi lors du conseil de Défense hebdomadaire à l’Elysée. « Les prochaines semaines seront consacrées à un travail en profondeur que j’ai demandé au gouvernement et à nos armées pour regarder les modalités de notre intervention. »
« Je le dis, toute les options sont aujourd’hui ouvertes », a souligné Emmanuel Macron, alors que le débat politique en France resurgit sur l’opportunité d’un retrait du Sahel.
Le député européen (LR) Arnaud Danjean, spécialiste des questions de Défense, estime jeudi dans Le Figaro que la France doit miser sur une coopération opérationnelle plutôt que sur « des annonces spectaculaires de grands renforts européens qui ne viendront pas ».
Le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian, a estimé mercredi devant la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale que l’initiative « Takouba » voulue par la France pour agréger des forces spéciales européennes autour du pôle français verrait le jour « rapidement ».
(Sophie Louet, édité par Bertrand Boucey)
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