Avec l’offensive israélienne, l’opposition espère son moment venu, mais reste prudente
par Parisa Hafezi
DUBAI (Reuters) – Alors que l’Iran est attaqué par Israël, les groupes d’opposition présents sur le territoire de la République islamique espèrent un changement de régime mais restent divisés et réservés quant aux appels à manifester dans un pays en guerre.
Les opposants en exil, eux-mêmes profondément divisés, appellent quant à eux à des manifestations de rue, estimant que l’heure est venue. Dans les zones frontalières de l’Iran, les groupes séparatistes kurdes et baloutches paraissent eux aussi prêts à se soulever, alors que les frappes israéliennes pilonnent l’appareil de sécurité iranien.
La République islamique iranienne, qui semble plus faible qu’elle ne l’a jamais été après la Révolution de 1979, pourrait ainsi être remise en cause et ébranlée par un soulèvement populaire.
La question de savoir si un tel soulèvement est probable – ou imminent – est toutefois sujette à débat.
Reza Pahlavi, le fils du défunt chah d’Iran, Mohammad Reza Pahlavi, a déclaré dans des interviews accordées aux médias cette semaine qu’il souhaitait diriger une transition politique en Iran, proclamant qu’il s’agissait de la meilleure chance de renverser la République islamique.
« C’est notre moment dans l’Histoire », a déclaré le prétendant au trône d’Iran, exilé aux États-Unis.
Le changement de régime en Iran pourrait être le « résultat » de la campagne militaire israélienne, a de son côté déclaré jeudi le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
« Nous ouvrons la voie pour que vous puissiez atteindre votre liberté », a-t-il déclaré en s’adressant aux Iraniens.
Mais les frappes israéliennes, qui ont visé la hiérarchie sécuritaire iranienne mais aussi la population civile, faisant plusieurs centaines de morts, provoquent l’effroi en Iran, enrayant tout possible soulèvement populaire et suscitant la colère tant à l’égard des autorités iraniennes qu’israéliennes.
« Comment les gens sont-ils censés descendre dans la rue ? Dans des circonstances aussi horribles, les gens ne pensent qu’à se sauver, à sauver leur famille, leurs compatriotes et même leurs animaux domestiques », souligne Atena Daemi, une militante de premier plan qui a passé six ans en prison avant de quitter l’Iran.
Certains signes indiquent néanmoins que le pouvoir iranien, habitué à réprimer toute dissidence, se prépare à mater toute contestation.
Mohammad Amin, membre de la milice Bassij, souvent déployée contre les manifestants, a déclaré que son unité à Qom avait été mise en alerte pour débusquer les espions israéliens et protéger la République islamique.
PAS LE MOMENT DE DESCENDRE DANS LA RUE
Les préoccupations d’Atena Daemi sont partagées par la militante iranienne la plus en vue, Narges Mohammadi, lauréate du prix Nobel de la paix en 2023, dans un message publié sur les réseaux sociaux. Répondant à une demande israélienne d’évacuation de certaines parties de Téhéran, elle écrit : « Ne détruisez pas ma ville. »
Deux autres militants iraniens avec lesquels Reuters s’est entretenu, qui faisaient partie des centaines de milliers de personnes ayant participé aux manifestations consécutives à la mort en détention de Mahsa Amini en 2022, ont déclaré ne pas avoir l’intention de manifester pour le moment.
« Après la fin des frappes, nous ferons entendre notre voix parce que ce régime est responsable de la guerre », a déclaré l’une d’entre elles, étudiante à l’université de Shiraz, qui a demandé à garder l’anonymat par crainte de représailles.
Une autre étudiante, qui a perdu sa place à l’université et a été emprisonnée pendant cinq mois après les manifestations de 2022, a déclaré sous couvert d’anonymat qu’elle croyait à un changement de régime en Iran, mais que ce n’était pas le moment de descendre dans la rue.
Avec ses amis, elle dit ne pas avoir l’intention d’organiser ou de participer à des rassemblements et rejette les appels à manifester lancés de l’étranger.
« Israël et les soi-disant dirigeants de l’opposition à l’étranger ne pensent qu’à leurs propres intérêts », dit-elle.
La principale faction de l’opposition à l’étranger, en dehors des monarchistes de Pahlavi, est l’Organisation des moudjahidines du peuple iranien (OMPI), un mouvement révolutionnaire qui a perdu la lutte pour le pouvoir après le renversement du chah en 1979.
De nombreux Iraniens n’ont pas pardonné à l’OMPI de s’être rangée du côté de l’Irak pendant la guerre de 1980-1988, des groupes de défense des droits l’accusant également d’abus dans ses camps et de comportement sectaire. L’OMPI nie ces accusations.
Les moudjahidines sont la principale force du Conseil national de la résistance iranienne, coalition de différents groupes dissidents iraniens basée à Paris.
Le Conseil national de la résistance iranienne, comme Reza Pahlavi, entretient des liens étroits avec certains responsables politiques occidentaux.
Lors d’un forum organisé cette semaine, la dirigeante du Conseil, Maryam Radjavi, a réitéré son opposition à tout retour de la monarchie, résumé par le slogan « ni le chah, ni les mollahs ».
Le soutien de la population iranienne à ces groupes d’opposition exilés est incertain, bien que certains Iraniens soient nostalgiques de la période pré-révolutionnaire même si la majorité d’entre eux sont trop jeunes pour l’avoir vécue.
À travers le pays, les grands mouvements de protestation de ces dernières décennies se sont focalisés sur des questions variées. En 2009, les manifestants avaient envahi les rues pour protester contre ce qu’ils considéraient comme une élection présidentielle volée. En 2017, ils protestaient contre la baisse du niveau de vie. Enfin, en 2022, ce sont les droits des femmes qui ont déclenché la contestation.
Mir-Hossein Mousavi, le candidat qui, selon les manifestants, s’est fait voler l’élection de 2009 au profit de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, est depuis des années assigné à résidence. Il est aujourd’hui âgé de 83 ans.
En campagne pour la présidence, il souhaitait réformer la République islamique plutôt que de la remplacer, une proposition soutenue par de nombreux manifestants lors des mouvements ultérieurs.
Pour les opposants à la République islamique en Iran, ces questions sans réponse – organiser ou non des manifestations, quand, et quel programme ou dirigeant suivre -, risquent de devenir de plus en plus pressantes à mesure que les frappes aériennes israéliennes se poursuivront.
(Reportage Parisa Hafezi, rédigé par Angus McDowall, version française Etienne Breban, édité par)
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