Réveil des tensions et incertitudes dans le sud du Yémen
par Ahmed Elimam et Enas Alashray et Maha El Dahan
7 janvier (Reuters) – Le chef des séparatistes du sud du Yémen, Aïdarous al Zoubaïdi, se trouve à Aden ce mercredi, a annoncé le Conseil de transition du Sud (STC) qu’il dirige, alors qu’il était censé prendre un avion pour Ryad afin de participer à des pourparlers sur la crise au Yémen, source de vives tensions entre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, puissants rivaux régionaux.
D’Aden, il supervise les opérations militaires et de sécurité, a ajouté le STC, organe appuyé par les Emirats, qui a dit en outre avoir perdu tout contact avec sa délégation présente à Ryad.
La télévision d’Etat saoudienne a rapporté par la suite que les forces gouvernementales, soutenues par Ryad, faisaient mouvement vers Aden.
Un porte-parole de la coalition soutenue par l’Arabie saoudite avait auparavant fait état de la disparition d’Aïdarous al Zoubaïdi, absent au moment d’embarquer dans l’avion emmenant la délégation du STC à Ryad. Après plus de trois heures d’attente, l’appareil a finalement décollé sans le chef du STC, a dit ce porte-parole, Tourki al Maliki.
Un responsable du STC a dit à Reuters qu’Aïdarous al Zoubaïdi n’avait pas fui mais se trouvait en lieu sûr à Aden, ajoutant qu’il aurait été inopportun pour lui de se rendre à Ryad au regard de la situation actuelle, la sécurité de la délégation du mouvement étant désormais entièrement dépendante des Saoudiens.
Reuters n’a pas été en mesure de vérifier auprès de sources indépendantes l’endroit où se trouve le chef du STC.
Le porte-parole de la coalition soutenue par l’Arabie saoudite a déclaré que, tandis qu’il était attendu dans l’avion à destination de Ryad, Aïdarous al Zoubaïdi avait ordonné d’importants mouvements de troupes.
Il a accusé le chef du STC d’avoir organisé la distribution d’armes et de munitions à des dizaines de partisans à Aden afin d’y provoquer des troubles.
Tourki al Maliki a ajouté que la coalition avait demandé au vice-président du STC, Abdoulrahman al Mahrami, également appelé Abou Zara’a, de faire respecter l’ordre à Aden, d’empêcher les violences et de protéger les personnes et les biens.
ZOUBAÏDI ACCUSÉ DE HAUTE TRAHISON
Abou Zara’a a rencontré lundi le ministre de la Défense saoudien à Ryad et sa désignation ce mercredi pour prendre en charge la sécurité dans la grande ville portuaire du sud du Yémen semble confirmer ses bonnes relations avec les Saoudiens.
Le conseil présidentiel, censé incarner les autorités légitimes du pays avec l’appui de l’Arabie, a annoncé pour sa part mercredi l’exclusion d’Aïdarous al Zoubaïdi en l’accusant de haute trahison, a rapporté l’agence de presse officielle SABA.
Cette décision, signée par le président du conseil, Rachad al Alimi, s’appuie sur des accusations d’incitation à la rébellion armée, attaque contre les autorités constitutionnelles et violences contre des civils dans le sud du Yémen.
L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis sont intervenus une première fois ensemble au Yémen en 2015 au sein d’une coalition formée pour soutenir les autorités internationalement reconnues après la prise de la capitale, Sanaa, par les rebelles Houthis alignés sur l’Iran, l’année précédente.
Formé en 2017 avec l’appui des Emirats, le STC a par la suite rejoint le gouvernement de coalition contrôlant le sud et l’est du Yémen avec le soutien de pays du Golfe.
Après des années de cohabitation, les séparatistes du sud soutenus par les Emirats sont toutefois repassés à l’offensive en décembre, s’emparant de pans entiers de territoires.
Sous la pression de l’Arabie saoudite, qui perçoit cette offensive en direction de ses frontières comme une menace pour sa sécurité nationale, les Emirats ont retiré leurs forces du Yémen le mois dernier et appellent depuis à l’apaisement.
Une conférence doit être organisée à Ryad pour régler cette crise mais on ignore désormais les conditions de son déroulement en l’absence d’Aïdarous al Zoubaïdi.
La coalition saoudienne a dit mercredi avoir effectué des frappes aériennes préventives sur la province méridionale d’Al Dhalea, berceau d’Aïdarous al Zoubaïdi, après y avoir observé des mouvements de troupes.
Des sources locales et au sein du STC ont fait état de plus de 15 frappes dans la province.
(Enas Alashray, rédigé par Maha El Dahan et Michael Georgy, version française Jean Terzian et Bertrand Boucey, édité par Kate Entringer)
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