Nigeria: La vie chère assombrit les espoirs de la population à l’approche des élections
LONDRES/ABUJA, 10 août (Reuters) – Grace Adama, employée d’une ONG spécialisée dans la santé, met ses boucles d’oreilles, prend son sac à main et quitte son deux-pièces pour aller travailler à Abuja, la capitale nigériane.
Elle gagne 135.000 nairas (99 dollars) par mois, soit près du double du salaire minimum national, mais elle affirme que la vie devient de plus en plus difficile, son salaire ne parvenant pas à suivre la flambée des coûts.
« Quand je suis payée, mon salaire ne me dure que pendant une semaine », a-t-elle déclaré à Reuters. « Si vous voyez le coût de la vie, le logement, l’électricité, tout a augmenté. »
Le niveau de vie de millions de personnes dans le plus grand exportateur de pétrole d’Afrique s’est effondré au cours des trois dernières années.
Le gouvernement du président Bola Tinubu a notamment mis en œuvre des réformes douloureuses, notamment la suppression des subventions aux carburants, la dévaluation du naira et la réduction des subventions sur l’électricité.
Le gouvernement et les investisseurs estiment que ces réformes étaient indispensables pour éloigner le pays du bord d’une crise budgétaire et qu’elles porteraient leurs fruits à long terme.
Mais désormais, il en coûte aux Nigérians plus de deux fois plus cher pour préparer le plat traditionnel jollof rice qu’à l’arrivée au pouvoir de Bola Tinubu, selon un indice établi par SBM Intelligence, basé à Lagos, qui suit les prix des ingrédients nécessaires à sa préparation.
Les prix de l’essence ont été multipliés par six après la suppression de la subvention, tandis que le naira s’est affaibli et que les cours mondiaux du pétrole ont augmenté.
LES NIGÉRIANS S’INDIGNENT, LES INVESTISSEURS SALUENT LES RÉFORMES
Selon la Banque mondiale, un peu plus de la moitié de la population nigériane vivait dans la pauvreté l’an dernier, contre environ 42% en 2022.
Les difficultés rencontrées par les citoyens sous le mandat de Bola Tinubu, surnommé « T-Pain » – un jeu de mots sur son nom et le mot anglais « pain »(douleur) – contrastent fortement avec l’optimisme des investisseurs.
« C’est sans doute le niveau d’optimisme le plus élevé des investisseurs vis-à-vis du Nigeria depuis deux décennies », a déclaré Thys Louw, gestionnaire de portefeuille chez Ninety One.
Le fossé entre des personnes comme Grace Adama, étranglées par la hausse des coûts, et des marchés financiers en plein essor ajoute une nouvelle dimension à un pays déjà marqué par les contrastes: Lagos, étincelante et cosmopolite, et Maiduguri, dans le nord-est, menacée par les groupes armés; d’immenses demeures couvertes de marbre et des baraques aux toits de tôle où vivent des familles entières.
Bola Tinubu doit convaincre les électeurs que les bénéfices des réformes finiront également par leur parvenir, avant les élections de janvier.
« Je ne peux même plus envoyer d’argent à ma mère âgée restée au pays (dans l’État de Benue, à plusieurs heures de route). Je ne peux plus faire beaucoup de choses que je faisais avant », a déclaré Grace Adama, ajoutant qu’elle avait supprimé la viande de son alimentation et emménagé dans un appartement plus petit, mais qu’elle devait toujours recourir à des prêts à court terme pour payer ses factures.
UN MARCHÉ BOURSIER EN PLEINE EXPANSION, PRÊTS LIMITÉS
Le mandat de Bola Tinubu a a fait suite à huit années de politiques économiques non conformes à la doxa libérale sous le président Muhammadu Buhari, notamment des interdictions d’importation destinées à stimuler l’industrie locale, un contrôle strict des changes et des subventions aux carburants.
Ces mesures avaient provoqué des pénuries de produits importés essentiels, compliqué les transferts de fonds hors du pays et l’accès aux devises étrangères, tandis que les subventions aux carburants ont coûté 10 milliards de dollars aux caisses de l’État rien qu’en 2022.
« Nous vivions dans des illusions budgétaires », a déclaré le ministre nigérian des Finances, Taiwo Oyedele, lors d’un récent événement à Abuja. « Nous devions cesser de nous leurrer pour que le pays puisse aller de l’avant. »
Le gouvernement de Bola Tinubu affirme que les réformes portent leurs fruits, citant notamment la Bourse nigériane, en hausse de près de 60% cette année, le transfert d’actifs pétroliers à des entreprises locales et la mise en service en 2024 de la raffinerie de pétrole Dangote, d’une capacité de 650.000 barils par jour, juste à l’extérieur de Lagos.
Les entrées de capitaux au Nigeria ont atteint l’année dernière leur plus haut niveau depuis six ans, à 23 milliards de dollars, selon le Bureau national des statistiques, ce qui témoigne de la confiance des investisseurs.
Mais moins de 5% des adultes nigérians investissent sur les marchés de capitaux, selon la Bourse nigériane, et les entrées de capitaux sont concentrées dans des capitaux spéculatifs (« hot money ») — des bons du Trésor à court terme et d’autres actifs financiers que les investisseurs peuvent revendre rapidement en cas de difficultés.
Les entreprises et les particuliers peinent à obtenir des prêts abordables, alors que le taux directeur de la banque centrale s’établit à 26,5%, la banque luttant contre une inflation proche de 16%.
Le prix moyen de l’essence à l’échelle nationale s’élève à environ 1.600 nairas le litre, un niveau inférieur à celui des pays voisins que sont le Ghana et la Côte d’Ivoire, mais trop élevé pour beaucoup de personnes habituées depuis des années à bénéficier d’un carburant bon marché comme principal avantage accordé par l’État.
« Pour moi, la solution serait que le gouvernement fasse baisser le prix du carburant », a déclaré Eji Uchenna, un vendeur de produits alimentaires à Lagos. Ses clients n’ont plus les moyens d’acheter en gros.
SUR UN BARIL DE POUDRE
En juin, les fonctionnaires fédéraux ont rejeté une proposition de salaire minimum de 100.000 nairas, menaçant de déclencher une grève nationale illimitée. Un baromètre de l’opinion des électeurs publié en juin par SBM Intelligence montrait également que 80% des Nigérians estimaient que le pays allait dans la mauvaise direction.
La sécurité est la principale préoccupation, les enlèvements étant monnaie courante.
Pourtant, Cheta Nwanze, directeur général de SBM Intelligence, a déclaré que cette colère ne suffirait pas nécessairement à faire perdre le pouvoir à Bola Tinubu, compte tenu de la fragmentation de l’opposition.
Thys Louw a déclaré que si le gouvernement maintenait sa politique, les travailleurs devraient commencer à en récolter les fruits à mesure que l’inflation recule, ce qui permettrait une baisse des taux d’intérêt.
Taiwo Oyedele a reconnu que le gouvernement devait faire davantage pour garantir « la prospérité de tous les Nigérians ».
« Lorsque les inégalités persistent, cela devient dangereux. C’est comme être assis sur un baril de poudre: ça finit par exploser. »
(Reportage Libby George et Abraham Achirga, avec la contribution de Rodrigo Campos et d’Emmanuel Bruce, version française Elena Smirnova, édité par Benoit Van Overstraeten)
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
Agissez avec notre plateforme de médias chrétiens !
Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
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