Les Grecs manifestent en masse deux ans après la catastrophe ferroviaire de Tempé
par Edward McAllister et Renee Maltezou
ATHENES (Reuters) – Des centaines de milliers de personnes ont fait grève ou manifesté jeudi à travers la Grèce au deuxième anniversaire de la mort de 57 personnes dans la collision entre un train de passagers rempli d’étudiants et un convoi de transport de marchandises dans le centre du pays.
Cette catastrophe ferroviaire, la plus meurtrière jamais survenue en Grèce, est devenue aux yeux de nombre d’habitants un symbole d’une gabegie générale au sein des institutions du pays.
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« Le gouvernement n’a rien fait pour que justice soit faite », a dit Christos Main, un musicien de 57 ans présent au rassemblement organisé à Athènes. « Ce n’était pas un accident, c’était un meurtre. »
De nombreuses administrations et entreprises ont été mises à l’arrêt ce vendredi en raison de la mobilisation des Grecs, qui ont manifesté dans plusieurs villes du pays en scandant « Assassins ».
Une marée humaine a recouvert la place de la Constitution à Athènes, devant le Parlement, où des manifestants ont inscrit en lettres rouges sur le sol les noms de victimes de la catastrophe de Tempé. A travers le pays, la foule a repris le slogan « je n’ai plus d’oxygène », les derniers mots prononcés par une femme dans un appel aux services de secours.
Largement pacifique, la manifestation à Athènes a été perturbée par un groupe de personnes cagoulées qui ont jeté des cocktails Molotov en direction de la police et tenté de renverser les barricades érigées devant l’entrée du Parlement. Les forces de l’ordre ont fait usage de canons à eau et de grenades lacrymogènes et des heurts se sont poursuivis dans les rues avoisinantes.
A Thessalonique, deuxième ville du pays, une foule immense s’est aussi rassemblée et a libéré vers le ciel des ballons noirs en hommage aux victimes de la catastrophe.
Le gouvernement conservateur de Kyriakos Mitsotakis, reconduit à la tête du pays à l’issue des élections législatives organisées en 2023, après l’accident de Tempé, est régulièrement critiqué par les familles des victimes qui lui reprochent l’absence de toute enquête parlementaire sur les éventuelles responsabilités politiques dans le drame.
Le gouvernement considère que l’enquête relève de la justice.
« ENVOIE-MOI UN MESSAGE QUAND TU ARRIVES »
Dans un message publié vendredi sur Facebook, Kyriakos Mitsotakis écrit que son gouvernement va s’atteler à la modernisation et à la sécurisation du réseau ferroviaire grec.
« Ce soir là, nous avons vu le visage le plus vilain du pays dans le miroir national », a-t-il écrit. « Des erreurs humaines funestes se sont conjuguées à des défaillances chroniques de l’Etat. »
Les problèmes de sécurité à l’origine de la catastrophe n’ont toujours pas été réglés deux ans plus tard, a conclu une enquête officielle publiée jeudi. La procédure judiciaire lancée parallèlement n’a toujours pas abouti ni entraîné la moindre mise en examen.
Anastasia Plakia, qui a perdu trois proches, dont deux soeurs, dans la catastrophe, a publié sur Facebook une photo les montrant visage radieux dans un restaurant, avec ce commentaire: « 730 jours sans vous, 730 jours de tristesse, de douleur et de colère ».
Contrôleurs aériens, marins, cheminots, médecins, avocats ou encore enseignants ont observé une grève de 24 heures en hommage aux victimes.
D’après un sondage publié cette semaine par l’institut Pulse, 82% des Grecs interrogés jugent que cette catastrophe ferroviaire est « l’une des principales » ou « la principale » priorité du pays et 66% se disent mécontents des enquêtes ouvertes sur cet accident.
« Chaque jour, le monstre du pouvoir corrompu apparaît devant nous », a lancé à la foule rassemblée à Athènes Maria Karystianou, dont la fille est morte le 28 février 2023 et qui préside une association de familles de victimes.
« La Grèce tue ses enfants », pouvait-on lire sur une pancarte tandis que des étudiants ont scandé « Envoie-moi un message quand tu arrives », ce que de nombreux proches ont adressé aux victimes avant la catastrophe.
(Avec Karolina Tagaris, Angeliki Koutantou et Lefteris Papadimas, rédigé par Karolina Tagaris, version française Bertrand Boucey, édité par)
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