Le Premier ministre libanais cherche une sortie de crise avec l’Arabie
BEYROUTH (Reuters) – Le Premier ministre libanais Najib Mikati a une nouvelle fois appelé son ministre de l’Information, George Kordahi, à faire passer en priorité « l’intérêt national » pour sortir le pays de sa crise diplomatique avec l’Arabie saoudite, sans toutefois réclamer ouvertement sa démission.
Après s’être entendu avec le président Michel Aoun sur une « feuille de route » destinée à mettre fin à la crise, selon la présidence libanaise, Najib Mikati a évoqué dans une allocution des « réunions décisives » à venir. Ni lui, ni Michel Aoun n’ont fourni de précisions.
Déjà en proie à un effondrement économique et financier, le Liban est désormais confronté à une crise diplomatique avec les riches pétromonarchies du Golfe à la suite de déclarations de son ministre de l’Information, George Kordahi, au sujet de l’intervention au Yémen d’une coalition militaire emmenée par l’Arabie.
Dans une interview qu’il dit avoir été enregistrée le 5 août, donc avant sa nomination au poste de ministre de l’Information, George Kordahi a déclaré que le Yémen était victime d’une agression extérieure face à laquelle les Houthis, alignés sur l’Iran, se défendaient. George Kordahi est issu d’un petit parti chrétien maronite qui soutient le Hezbollah pro-iranien.
Ces propos ont suscité la colère de l’Arabie saoudite et de certains de ses alliés du Golfe. Ryad a expulsé l’ambassadeur libanais, a interdit toutes les importations en provenance du Liban et a rappelé pour consultations son propre ambassadeur dans le pays.
« Je renouvelle mes appels au ministre de l’Information pour qu’il écoute sa conscience, tienne compte des circonstances et prenne la décision qui s’impose », a déclaré Najib Mikati jeudi.
Restant sourd à ces appels, George Kordahi a déclaré à la chaîne pro-iranienne Al Mayadeen qu’il n’avait aucune intention de démissionner.
Le ministre a reçu jeudi le soutien du groupe parlementaire du Hezbollah, a déclaré son porte-parole Hassan Ezzeddine à la chaîne NBN TV, en accusant l’Arabie saoudite de « mener la guerre au Liban et à son peuple ».
La France, qui a joué les médiatrices pour permettre la formation du gouvernement libanais, a appelé de son côté « tous les acteurs régionaux, ainsi que les responsables libanais, à favoriser l’apaisement et le dialogue ».
« La dissociation du Liban des crises régionales revêt une importance essentielle », a souligné le Quai d’Orsay dans un communiqué.
(Reportage de Yasmin Hussein et Timour Azhari à Beyrouth, avec John Irish à Paris, écrit par Maha El Dahan et Tom Perry ; version française Bertrand Boucey et Tangi Salaün, édité par Sophie Louet et Jean-Michel Bélot)
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