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La guerre en Iran renforce Netanyahu aux dépens de Trump

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par Samia Nakhoul et Rami Ayyub

DUBAI, 19 mars (Reuters) – Si la guerre au Moyen-Orient devait prendre fin demain, le verdict serait sans appel : le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu sortirait renforcé du conflit pendant que le président américain Donald Trump se retrouverait occupé à gérer la crise des marchés mondiaux de l’énergie et les relations avec ses alliés du Golfe, premières victimes collatérales de la confrontation.

Dans le cas de Benjamin Netanyahu, la guerre ​a redessiné le paysage ‌politique israélien à son avantage, en détournant l’attention de Gaza pour la ​concentrer sur l’Iran, qui fait davantage ⁠consensus dans l’opinion.

Pour Donald Trump, c’est l’inverse. Il se trouve piégé dans un conflit dont il ‌peine à trouver l’issue, exposant les ‌pays du Golfe à des risques de plus en plus grands et sapant les fondements du récit économique et politique qui l’a ramené au pouvoir en janvier 2025.

« Il y a un net vainqueur et un perdant incontestable », estime l’ancien négociateur américain au Moyen-Orient Aaron ​David Miller. « Netanyahu est de loin le principal vainqueur. Il démontré la compétence militaire d’Israël. Les Etats du Golfe sont de loin les grands perdants. »

Concernant le président américain, ajoute-t-il, il n’y a pour l’instant pas de voie toute tracée qui lui permettrait de proclamer la victoire et de se retirer.

Donald Trump, qui exigeait la capitulation sans condition de l’Iran, espérait trouver une Delcy Rodriguez iranienne, une interlocutrice docile comme la présidente par intérim du Venezuela nommée après la capture ⁠par les Etats-Unis du président Nicolas Maduro début janvier. Mais il a plutôt trouvé un « Kim Jong-un iranien », relève Karim Sadjadpour, expert de l’Iran.

GUERRE ⁠DE CHOIX OU DE NÉCESSITÉ

Contrairement aux Etats-Unis, la guerre contre l’Iran est largement perçue en Israël non comme une guerre de choix, mais comme une guerre de nécessité existentielle, souligne Natan Sacks, chercheur au Middle East Institute, basé à Washington.

« Même si aucun changement de régime n’a lieu », explique-t-il, « l’affaiblissement de l’Iran et de l’axe [ses alliés dans la région] qu’il contrôle constitue un objectif majeur pour Netanyahu. »

Selon des responsables israéliens, Israël et les Etats-Unis se répartissent ⁠les ‌rôles dans les bombardements, l’Etat hébreu se concentrant sur l’ouest et le nord de l’Iran et les sites de ⁠missiles balistiques et nucléaires, tandis que Washington cible prioritairement l’Est et le Sud, notamment le détroit ​d’Ormuz, afin d’affaiblir les ​capacités navales iraniennes.

Israël décapite méthodiquement la direction iranienne mais rien ne semble encore annoncer la fin de la guerre.

Les analystes estiment qu’Israël pourrait être ​plus enclin que les États-Unis à tolérer l’instabilité en Iran, considérant qu’il subirait des répercussions régionales bien moindres, notamment après l’ affaiblissement de ses alliés, le Hamas et le Hezbollah, au cours ‌des trois dernières années.

Washington et ses ​partenaires du Golfe sont bien plus exposés aux attaques iraniennes contre les infrastructures énergétiques, qui font flamber les cours du brut et paralysent le trafic ​maritime régional.

L’attaque israélienne contre le gigantesque gisement gazier iranien de South Pars a illustré l’embarras de Donald Trump, ce dernier affirmant que les Etats-Unis « n’étaient au courant de rien », même si les médias israéliens ont largement rapporté que ce raid avait été mené avec l’aval de Washington.

Le président américain a dit jeudi avoir demandé à Benjamin Netanyahu de ne pas attaquer de sites énergétiques iraniens, ajoutant que ce dernier avait accédé à sa requête.

Net vainqueur sur le plan militaire et géopolitique, le Premier ministre ⁠israélien ne bénéficie toutefois pas encore d’une amélioration de sa popularité dans les sondages à l’approche des élections législatives d’octobre prochain.

Les enquêtes d’opinion montrent que sa coalition, allant de la droite à l’extrême droite suprémaciste et religieuse, n’obtiendrait pas ​la majorité, avec 50 des 120 sièges de la Knesset.

(Avec Maayan Lubell, Jean-Stéphane Brosse ​pour la version française, édité par Benoit Van Overstraeten)

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