Haïti demande des troupes aux USA et à l’Onu, Washington refuse
par Steve Holland et Andre Paultre
WASHINGTON/PORT-AU-PRINCE (Reuters) – Les autorités haïtiennes, qui ont demandé aux Etats-Unis et à l’Onu l’envoi de troupes après l’assassinat du président Jovenel Moise, ont essuyé vendredi un refus de Washington, qui s’est engagé toutefois à coopérer à l’enquête.
Un commando de 28 tueurs, 26 Colombiens et deux Américains d’origine haïtienne, est soupçonné d’être à l’origine de l’exécution du chef de l’Etat mercredi, un crime qui a plongé dans le chaos institutionnel et sécuritaire un pays déjà fortement déstabilisé.
Le ministre haïtien des Elections, Mathias Pierre, a indiqué que le Premier ministre par intérim Claude Joseph avait formulé une demande d’assistance aux Etats-Unis lors d’un entretien mercredi avec le secrétaire d’Etat Antony Blinken. Haïti a également saisi le Conseil de sécurité de l’Onu pour l’envoi de troupes.
L’objectif est de sécuriser les sites stratégiques du pays, tels que les aéroports, les ports ou les terminaux pétroliers.
« Nous estimons être dans une situation où les infrastructures du pays – ports, aéroports, énergie – sont des cibles potentielles », a déclaré Mathias Pierre à Reuters.
Ces renforts militaires viseraient également à sécuriser les élections présidentielle et législatives prévues le 26 septembre, a-t-il ajouté.
Un responsable de l’administration américaine a déclaré qu’il « n’était pas prévu à ce stade que les Etats-Unis fournissent une assistance militaire ».
Reuters a pu consulter une lettre du bureau de Claude Joseph, datée de mercredi, à l’adresse de l’ambassade américaine à Port-au-Prince, dans lequel le chef du gouvernement demande un appui militaire pour la police nationale.
Une lettre similaire a été adressée à la représentation des Nations unies en Haïti.
Un porte-parole du Département des affaires politiques et de la consolidation de la paix de l’Onu a précisé que la missive était en cours d’examen.
D’EX-MILITAIRES COLOMBIENS
« La décision d’envoyer des troupes, quelles que soient les circonstances, incombe au Conseil de sécurité », a dit Jose Luis Diaz.
Les Etats-Unis et la Colombie se sont engagés à dépêcher des agents du renseignement, notamment, en Haïti, pour participer à l’enquête, qui s’annonce tentaculaire et délicate. Le mobile du crime demeure un mystère, et ses commanditaires n’ont pour l’heure pas été identifiés.
Au total, 17 suspects ont été interpellés mercredi par la police haïtienne au terme d’une fusillade nourrie à Petionville, banlieue de Port-au-Prince où résidait Jovenel Moise.
Parmi eux deux Américains d’origine haïtienne, James Solages, 35 ans, et Joseph Vincent, 55 ans, originaires de Floride.
Selon des sources policières et militaires colombiennes, 17 des 28 suspects étaient d’ex-militaires de l’armée colombienne, partis à la retraite entre 2018 et 2020.
Onze des suspects colombiens s’étaient rendus en Haïti via Punta Cana, en République dominicaine, a déclaré le directeur de la police nationale colombienne Jorge Luis Vargas.
Deux autres auraient pris un vol pour Panama, puis Saint-Domingue et Port-au-Prince.
Trois suspects ont été tués lors des échanges de tirs de mercredi et huit sont parvenus à s’enfuir, a dit la police haïtienne.
Un juge d’instruction a dit à Reuters que le corps de Jovenel Moise avait été retrouvé dans sa chambre, allongé sur le sol. La porte d’entrée de sa résidence avait été forcée, plusieurs pièces avaient été saccagées.
« Son corps était criblé de balles », a rapporté Carl Henry Destin. « Il y avait beaucoup de sang, autour du corps et dans les escaliers ».
Le gouvernement haïtien a déclaré mercredi l’état d’urgence pour quinze jours tout en encourageant les commerces essentiels à rouvrir. Les rues de Port-au-Prince étaient calmes. Des habitants affluaient dans les supermarchés pour se constituer des réserves, tant l’incertitude domine.
(Reportage Steve Holland à Washington et André Paultre à Port-au-Prince, avec la contribution de Sarah Marsh à La Havane, Stefanie Eschenbacher à Mexico City, Julia Symmes Cobb et Luis Jaime Acosta à Bogota, Brad Brooks à Tamarac, Daphne Psaledakis, Ali Idrees, Mark Hosenball à Washington et Estailove St-Val à Port-au-Prince; rédigé par Sarah Marsh andJulia Symmes Cobb; version française Sophie Louet)
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