Italie: Mattarella réélu président après une semaine douloureuse pour la coalition
par Giuseppe Fonte, Gavin Jones et Angelo Amante
ROME (Reuters) – Sergio Mattarella a été réélu samedi à la présidence de la République italienne par un collège de grands électeurs après avoir été appelé à la rescousse par les principaux partis du pays qui ne parvenaient pas à s’entendre sur le nom d’un successeur.
Agé de 80 ans, Sergio Mattarella avait dans un premier temps exclu d’effectuer un second mandat de sept ans, mais l’impasse des derniers jours et le spectre d’une nouvelle crise politique l’ont obligé à revoir sa décision.
Des applaudissements nourris ont salué à la Chambre des députés l’annonce du franchissement du seuil des 505 voix nécessaire à son élection à la tête de l’Etat par un collège de 1.008 membres formé des élus des deux chambres du Parlement et de délégués régionaux.
Sergio Mattarella a finalement obtenu 759 voix lors de ce huitième tour de scrutin, soit 89 de plus que lors de sa première élection en 2015, et le deuxième meilleur total après Sandro Pertini, président de 1978 à 1985.
S’exprimant brièvement du palais présidentiel du Quirinal, Sergio Mattarella a déclaré que la crise du coronavirus et les difficultés économiques et sociales de l’Italia l’obligeaient à accepter ce second mandat.
Il a reconnu qu’il nourrissait d’autres projets personnels mais ajouté qu’il s’engageait à « répondre aux attentes et aux espoirs du peuple » italien.
La réélection de cet ancien professeur de droit constitutionnel à la réputation de personnage austère et introverti, premier président italien d’origine sicilienne, entré en politique après l’assassinat de son frère par la Mafia en 1980, devrait toutefois laisser des traces sur la coalition au pouvoir, tant celle-ci a peiné à masquer ses divisions.
« UNE NOUVELLE SPLENDIDE POUR LES ITALIENS »
Le secrétaire du Parti démocrate de centre gauche Enrico Letta a estimé que « le paysage politique avait changé » et d’aucuns s’attendent à voir son parti revendiquer un rôle plus important au sein du gouvernement de coalition de Mario Draghi.
Longtemps considéré comme le favori de cette élection présidentielle qui a débuté lundi, le président du Conseil a vu ses chances diminuer au fil des jours et des tours de vote infructueux, de nombreux parlementaires refusant de voter en sa faveur de crainte de faire éclater la coalition gouvernementale qu’il dirige depuis février 2021, mêlant droite et gauche, de la Ligue au Parti démocrate en passant par le Mouvement 5-Etoiles, et de déclencher des législatives anticipées.
Selon une source à Reuters, Mario Draghi a exhorté dans la journée Sergio Mattarella à céder aux suppliques de la classe politique italienne, « pour le bien du pays ». L’ancien président de la Banque centrale européenne a salué dans la réélection du chef de l’Etat une « nouvelle splendide pour les Italiens ».
« Les Italiens ne méritent pas que cette confusion se prolonge plusieurs jours encore », avait considéré de son côté Matteo Salvini, chef de file de La Ligue, appelant les grands électeurs à apporter leurs suffrages à Sergio Mattarella.
Le président de la République italienne, élu pour sept ans, n’a pour l’essentiel qu’un rôle honorifique mais il peut avoir une influence décisive sur la désignation du président du Conseil et peut dissoudre le Parlement.
(Rédigé par Gavin Jones et Crispian Balmer ; version française Nicolas Delame et Jean-Stéphane Brosse)
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