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En Ukraine, les villes du front vivent entre crainte et esprit de résistance

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par Mike Collett-White, Thomas Peter et Vitalii Hnidyi

KRAMATORSK, Ukraine (Reuters) – Dans sa boutique de vêtements récemment ouverte en plein centre de Kramatorsk, ville d’Ukraine aux abords du front, Maksym Lysenko s’arrête soudainement de parler et tend l’oreille. « Là », dit-il en se penchant vers la fenêtre donnant sur la rue. « Ça va chuter. Ça va tomber. »

Maksym Lysenko a entendu le sifflement strident d’un drone russe. Quelques instants plus tard, une puissante explosion retentit. « Boum ! C’est ça Kramatorsk ! », dit-il dans un sourire. « C’est ça Kramatorsk ! »

En moins d’une heure, il s’agit de la troisième attaque venue du ciel de la part de ces drones russes kamikazes sur l’un des derniers grands bastions ukrainiens dans la région de Donetsk, coeur de l’offensive russe.

Des milliers de ces engins sans pilote sillonnent sans cesse le ciel d’une ligne de front de plus d’un millier de kilomètres dans l’est et le sud de l’Ukraine, rendant périlleuse toute tentative de progression au sol, même limitée.

Cette menace aérienne pèse sur toutes les villes et villages d’une bande de terre de 20 à 25 km de part et d’autre du front.

A mesure que les troupes russes grignotent du terrain vers l’ouest, elles se rapprochent lentement de Kramatorsk. Certains quartiers de la ville se trouvent désormais à moins de 20 km des positions russes et des dizaines de milliers d’habitants doivent faire le choix entre rester ou partir.

A 29 ans, Maksym Lysenko exclut tout départ. Il a ouvert son magasin, Zaboy, en juin le long d’une rue agréable et bordée d’arbres. Sursautant à peine aux détonations, ses clients, militaires et civils, parcourent les rayons de T-shirts et de sweats ou prennent un café au bar de la boutique.

Avec ses lumières éclatantes, ses murs d’un blanc immaculé et sa musique de fond, le magasin ne dépareillerait pas les rues de New York ou Paris. Sur le mur derrière le comptoir est pendu un tableau couvert d’insignes d’unités militaires donnés par des soldats.

« Tous les T-shirts portent le message : nous devons être libres des forces d’occupation », dit Maksym Lysenko au milieu de ses vêtements. « Pour nous, ce ne sont pas que des mots, c’est la vie. »

Sur la place principale de la ville, des balayeurs nettoient les débris d’une explosion de drone ayant endommagé une voiture. Un marché couvert a aussi été touché, provoquant quelques dégâts et des blessures légères. Une commerçante, le visage encore couvert de poussière, refuse de partir et reste debout dans son stand.

PAS QUESTION DE CÉDER DES TERRITOIRES EN ÉCHANGE DE LA PAIX

A 25 ans, Darka Harnyk travaille pour le Plan Marshall de sécurité énergétique pour l’Ukraine, qui cherche à attirer des investissements pour le secteur de l’énergie. Elle est arrivée de Kyiv en train pour retourner sur les lieux de son adolescence.

« J’ai commencé à me dire que je devais être ici, parce que je ne me pardonnerais pas de ne pas avoir revu cet endroit s’il devait être occupé à un moment », dit-elle.

« Dès que je suis sorti du train, on pouvait entendre les explosions, littéralement depuis la gare. C’est une nouvelle réalité », poursuit-elle, devant la « Vilna Khata » (« Maison libre »), une maison de quartier désormais fermée par des panneaux où elle était bénévole quand elle avait 16 ans.

Comme Maksym Lysenko et d’autres, Darka Harnyk refuse tout abandon de territoire à la Russie en échange de la paix, comme le propose le président russe Vladimir Poutine, dont la principale revendication porte sur l’ensemble du Donbass, composé des régions de Donetsk et de Louhansk, à l’est.

La Russie occupe déjà la quasi-totalité de Louhansk et, selon les estimations de l’Institute for the Study of War, l’Ukraine ne contrôlait plus qu’environ un quart de la région de Donetsk à la date du 7 août.

Villes de 200.000 habitants avant la guerre mais désormais vidées d’environ la moitié de leur population, Kramatorsk et Sloviansk font partie des dernières places fortes ukrainiennes dans la région de Donetsk.

Plus au sud se trouvent les verrous de Kostiantynivka et Pokrovsk, que tentent d’encercler les troupes russes.

Vers l’ouest s’étirent des champs parsemés de villages, où vit depuis des générations la famille de Serhi Kurinnyi. Cet homme de 61 ans dirige la coopérative agricole KramAgroSvit, composée d’une ferme d’élevage et d’une usine laitière. Il ne croit pas que Vladimir Poutine se contenterait du Donbass si l’Ukraine se résolvait à la céder pour retrouver la paix.

« Si nous faisons des concessions et abandonnons une partie de notre territoire, l’Etat hooligan occupera les régions de Kharkiv, Zaporijjia et Kherson », dit-il en regardant ses engins agricoles et les champs menant vers les positions russes par-delà l’horizon.

« Et après ils diront ‘Et Odessa ? (…) donnez-nous aussi Odessa et Mykolaïv’. »

« AUCUN DOUTE QUE LES TROUPES RUSSES SE RAPPROCHENT »

Cette opinion est largement partagée parmi les Ukrainiens.

S’appuyant sur son étude la plus récente, l’Institut international de sociologie de Kyiv rapporte que 75% des Ukrainiens rejettent catégoriquement les propositions russes pour mettre fin au conflit, prévoyant notamment le retrait des forces ukrainiennes du Donbass.

Parallèlement, 62% des Ukrainiens se disent prêts à subir la guerre le temps qu’il faudra, d’après cette étude menée du 2 au 14 septembre auprès de 1.023 personnes dans des régions contrôlées par l’Ukraine, contre 71% en mai 2022, trois mois après le début de l’invasion à grande échelle de leur pays, et 54% en mars 2025. Seuls 18% s’attendent à la conclusion d’une paix d’ici la fin de l’année.

« Il ne fait aucun doute que les troupes russes se rapprochent, non loin des abords de la ville », dit Maksym Lysenko. « Nous avons subi littéralement trois attaques au cours de la dernière demi-heure mais (Kramatorsk) restera assurément sous drapeau ukrainien. »

Sloviansk comme Kramatorsk sont depuis longtemps des cibles faciles pour les missiles russes, bien plus destructeurs et au rayon d’action nettement plus large que les drones. Le nombre de bâtiments réduits à l’état de ruines ne cesse de grimper.

A Kramatorsk, des fleurs sont régulièrement déposées devant un restaurant frappé par un missile russe en juin 2023. Douze personnes sont mortes dans cette attaque, dont des jumelles de 14 ans, et leurs portraits ornent un petit mémorial devant le bâtiment resté en l’état, avec ses murs effondrés et son métal tordu.

Non loin, un bus bondé passe devant les vestiges d’un immeuble résidentiel détruit par un missile en juillet dernier.

APPROVISIONNEMENTS COMPLIQUÉS

Mais au-delà des missiles, le conflit est marqué par la prolifération des drones, des engins généralement peu coûteux, capables de viser des cibles prédéfinies ou d’être guidés à distance. Ils peuvent transporter des charges petites ou grosses, mais toutes mortelles.

Chaque camp s’efforce de développer des systèmes de brouillage pour perturber les signaux guidant les drones mais de nouveaux engins sont apparus, dotés de câbles de fibre optique qui se déroulent en vol et les rendent insensibles au brouillage.

Leur rayon d’action est généralement de 10 à 20 km mais peut parfois atteindre voire dépasser les 25 km, selon des experts.

Ces engins sans pilote compliquent les approvisionnements en faisant planer un danger constant sur les routes. Celle en provenance de Pokrovsk au sud est désormais coupée tandis que la voie en provenance du nord est menacée.

Nombre de véhicules quittent l’autoroute M-03 en approchant de Sloviansk par le nord, où des avertissements peints à la main sur la chaussée mettent en garde contre la présence de drones FPV, équipés de caméras permettant un pilotage à distance en immersion, et conseillent aux automobilistes d’emprunter des déviations pour traverser la ville.

Des véhicules blindés recouverts de barreaux et de filets effectuent sans cesse des allers-retours sur les routes menacées pour déjouer les attaques de drones.

A un barrage militaire, des filets ont été tendus pour servir de protection tandis que des soldats pointent des détecteurs censés intercepter des signaux permettant d’identifier les drones ennemis.

Malgré la menace de plus en plus proche, la résistance de Kramatorsk et le semblant de normalité qui perdure dans la ville nourrissent l’espoir de certains habitants.

« La capacité à rester calme dans une situation très difficile, pour moi c’est un élément très fort et positif que vous ne verriez nulle part ailleurs », dit Darka Harnyk. « Et je vois encore une ville qui fait tout pour continuer à vivre. C’est vraiment incroyable. »

(Avec Yuliia Dysa à Kyiv, rédigé par Mike Collett-White, version française Bertrand Boucey, édité par Kate Entringer)

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