En Autriche, les législatives mettent en lumière la dépendance au gaz russe
par Louis van Boxel-Woolf
VIENNE (Reuters) – La question de la dépendance au gaz russe devrait être au coeur des élections législatives du 29 septembre en Autriche, où le prochain gouvernement devrait faire l’objet d’une pression croissante pour diversifier les sources d’approvisionnement énergétique.
Aucun parti ne devrait remporter de majorité au Parlement et le résultat des élections pourrait jouer sur le rythme de la transition énergétique.
Le Parti de la liberté (FPÖ), d’extrême droite et favorable à la Russie, est crédité d’une légère avance par les enquêtes d’opinion.
Depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, l’Union européenne (UE) a décidé de réduire sa dépendance aux importations de gaz russe. L’Autriche est l’un des pays membres de l’UE les plus dépendants au gaz russe.
« Les autres pays ne voient pas la consommation de gaz russe de l’Autriche d’un bon oeil », a déclaré Stefan Schiman-Vukan, économiste à l’Institut autrichien de recherche économique. « La pression politique pour s’en retirer est forte. »
L’UE s’est engagée à ne plus avoir recours au gaz russe d’ici 2027 et le ministère autrichien de l’Energie souhaite accélérer ce processus.
En Autriche, au mois de juillet, les importations de gaz provenaient encore à 83% de Russie alors que la proportion de gaz russe importé dans l’UE est tombée à 15% en 2023.
« La grande dépendance au gaz russe représente un important risque économique et de sécurité pour l’Autriche », a prévenu le ministère de l’Energie dans un communiqué. « C’est pourquoi il est essentiel pour la sécurité de notre pays que nous réduisions encore notre consommation de gaz et que nous cessions d’acheter du gaz russe. »
Le FPÖ estime de son côté que le gaz russe doit continuer à faire partie du mix énergétique autrichien.
Les craintes de voir l’approvisionnement en gaz russe s’arrêter ont en outre été ravivées lorsque l’Ukraine a annoncé qu’elle ne prolongerait pas un accord prévoyant son transit du vers l’Autriche conclu avec le géant gazier russe Gazprom et devant expirer à la fin de 2024.
Les responsables autrichiens ont souligné qu’une récente étude mandatée par le gouvernement montrait que les importations en provenance d’Italie et d’Allemagne, ajoutées aux réserves de l’Etat, suffiraient à couvrir les besoins du pays.
Les responsables politiques sont par ailleurs désireux de stimuler la demande ou de trouver des ressources supplémentaires pour relancer l’économie.
Ces deux dernières années, l’Autriche a vu son taux d’inflation dépasser la moyenne de celui du bloc, alors même que l’économie s’est contractée.
Le FPÖ et les conservateurs de l’ÖVP se sont engagés à procéder à des baisses d’impôts, alors que le parti social-démocrate (SPO) – actuellement troisième dans la sondages – propose de mettre en place des impôts sur la fortune et les droits de succession.
« L’Autriche est le parfait exemple de ce qu’il se passe si l’inflation est trop forte, et de ses conséquences négatives », a déclaré Gunter Deuber, économiste en chef chez Raiffeisen Bank International. « Si vous n’êtes pas compétitif en matière de coûts et de salaires, les gens arrêtent d’investir. Cela devient moins intéressant de produire en Autriche. »
(Version française Camille Raynaud, édité par Kate Entringer)
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