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COP30: Trois décennies de négociations sur le climat : progrès, écueils et une planète en péril

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par Valerie Volcovici et Richard Valdmanis

(Reuters) – Alors que les dirigeants se réunissent ce mois-ci au Brésil pour la 30e Conférence annuelle des Nations unies sur les changements climatiques, connue sous le nom de COP30, les données relatives aux progrès accomplis dans la lutte contre le réchauffement de la planète donnent à réfléchir.

Malgré des années de négociations, d’engagements et de sommets, les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté d’un tiers depuis la première réunion, la consommation de combustibles fossiles continue d’augmenter et les températures mondiales sont en passe de franchir des seuils qui, selon les scientifiques, entraîneraient des dommages catastrophiques pour la planète.

« Oui, ces conventions ont produit des résultats positifs, mais pas suffisamment pour garantir la promesse de la vie sur Terre », déclare Juan Carlos Monterrey, délégué du Panama pour le changement climatique et à la tête d’une initiative visant à rationaliser les principaux accords sur l’environnement.

AU-DELÀ DES DONNÉES

Cette sombre évaluation soulève une question fondamentale à l’approche de la COP30 qui se tiendra du 10 au 21 novembre à Belém, au Brésil : la diplomatie climatique mondiale est-elle en train d’échouer ? Ou bien les réunions ont-elles été couronnées de succès d’une manière que les données brutes ne permettent pas d’appréhender ?

Simon Stiell, secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), estime que les réunions annuelles sont utiles. « Mais il est clair qu’il faut faire beaucoup plus, et beaucoup plus vite, car les catastrophes climatiques frappent tous les pays. »

Depuis 1995, les émissions mondiales de gaz à effet de serre ont augmenté de 34%. Bien que ce taux soit inférieur à l’augmentation de 64% enregistrée au cours des trois décennies précédentes, il représente toujours une trajectoire incompatible avec la stabilité du climat, selon les scientifiques.

« Nous avons encore le temps de résoudre ce problème. Nous pouvons encore gagner ce combat si nous faisons ce que nous avons promis de faire. Nous devons simplement nous donner un coup de pied au derrière et nous y mettre », plaide John Kerry, envoyé des États-Unis pour le climat sous le mandat du président démocrate Joe Biden.

Selon un rapport du groupe de recherche et de défense du climat World Resources Institute, publié en octobre, les objectifs gouvernementaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2035 restent insuffisants pour empêcher les températures mondiales d’augmenter de plus de 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle, seuil fixé par les gouvernements mondiaux lors de l’accord historique sur le climat conclu à Paris en 2015.

Les températures mondiales ont dépassé la barre de 1,5°C certaines années, 2023 et 2024 figurant parmi les plus chaudes jamais enregistrées, bien que la moyenne mobile sur 30 ans – le repère utilisé par l’Accord de Paris – soit encore inférieure à ce niveau.

« Il y aura un dépassement, ce qui est très regrettable », estime James Fletcher, représentant climatique pour la Communauté des Caraïbes (CARICOM) et ancien ministre de l’Énergie de Sainte-Lucie, lors d’une interview.

« Tout dépassement de 1,5°C sera catastrophique pour les petits États insulaires en développement. »

Le secrétaire exécutif de la CCNUCC a déclaré à Reuters que sans le processus de la COP, les températures mondiales se dirigeraient vers une hausse catastrophique de 5°C, au lieu de l’augmentation de moins de 3°C actuellement prévue.

Parallèlement, la consommation de combustibles fossiles – la principale source d’émissions responsables du réchauffement de la planète – reste obstinément élevée, sous l’effet de la croissance économique et, plus récemment, de la demande d’énergie des centres de données pour l’intelligence artificielle (IA).

L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit un maintien de la demande en charbon – l’un des combustibles fossiles les plus polluants – à des niveaux record jusqu’en 2027, l’augmentation de la demande en Chine, en Inde et dans d’autres pays en développement compensant les baisses enregistrées ailleurs.

En revanche, l’adoption de l’énergie solaire et éolienne s’est accélérée, les ventes de véhicules électriques ont fait un bond au niveau mondial et l’efficacité énergétique s’est globalement améliorée, selon les données de l’AIE.

Les investissements mondiaux dans les énergies propres ont atteint 2.200 milliards de dollars (1.890 milliards d’euros) l’année dernière, dépassant les 1.000 milliards de dollars investis dans les combustibles fossiles, selon les données de l’AIE.

« Il y a dix ans, nous n’aurions jamais pu imaginer que ces avancées technologiques et la baisse des prix des VE et des énergies renouvelables se seraient produites », observe Jennifer Morgan, ancienne envoyée de l’Allemagne pour les questions climatiques et participante assidue de tous les sommets de la COP.

Toutefois, l’essor des énergies renouvelables et des véhicules électriques (VE) a principalement contribué à compenser la croissance de la demande en énergie plutôt que de remplacer les combustibles fossiles.

Aux États-Unis, le président Donald Trump, qui a qualifié le changement climatique de plus grande « escroquerie » au monde, a réduit les subventions accordées aux énergies éolienne et solaire ainsi qu’aux VE. Il a également ajouté des obstacles à l’obtention de permis pour les projets renouvelables et ouvert davantage de terrains pour le forage et l’exploitation minière.

« Le président Trump ne mettra pas en péril la sécurité économique et nationale de notre pays pour poursuivre des objectifs climatiques vagues qui étouffent d’autres pays », a déclaré Taylor Rogers, porte-parole de la Maison blanche, à Reuters.

SUCCÈS ET LACUNES

Malgré ces revers aux États-Unis, l’Accord de Paris sur le climat – peut-être la plus grande réussite du processus de la COP – a perduré, même après le retrait des États-Unis au cours des deux mandats de Donald Trump.

Cela signifie que les pays restent théoriquement déterminés à prévenir les pires conséquences du changement climatique.

Cependant, la nature consensuelle des négociations de la COP, qui nécessitent une prise de décision unanime de la part de près de 200 nations, a été critiquée.

« Nous croulons sous la paperasse, sous les rapports et sous les mandats qui ne sont évalués qu’en fonction du nombre de pages du document et non du nombre de vies que nous sauvons », regrette Juan Carlos Monterrey, l’envoyé du Panama pour les questions climatiques.

« Nous avons besoin d’une réforme systémique », plaide-t-il.

Selon Christiana Figueres, qui était la principale responsable de l’Onu pour le climat lors des négociations de Paris, les COP pourraient envisager de passer à une approche de vote, similaire à celle du Fonds monétaire international (FMI).

« Aujourd’hui, la force d’attraction de la transition ne vient plus des gouvernements. Elle vient du secteur privé, de l’industrie, du développement technologique », souligne-t-elle par ailleurs.

Elle cite l’exemple de la Chine, qui représente à elle seule un tiers des investissements mondiaux dans les énergies propres, qu’il s’agisse de l’énergie solaire, de l’énergie éolienne, des batteries ou de l’industrie des véhicules électriques, selon l’AIE.

CATALYSEUR OU COUPABLE

Certains vétérans de la COP affirment que le processus actuel est la meilleure option pour garantir que tous les pays aient un siège à la table des négociations afin de résoudre un problème mondial.

« Je ne pense pas qu’il y ait d’autres solutions que le processus multilatéral », estime Manuel Pulgar Vidal, qui a présidé la COP20 au Pérou et qui est actuellement directeur de WWF.

L’ancien envoyé américain pour le climat, John Kerry, a reconnu les lacunes de ces réunions annuelles, mais a déclaré qu’elles restaient essentielles.

« Nous savons qu’elles ne sont pas suffisantes, mais il vaut mieux se battre et faire avancer le processus que le nihilisme absolu et abject. »

(Rédigé par Richard Valdmanis ; version française Coralie Lamarque, édité par Blandine Hénault)

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