Séisme en Asie du Sud-Est: l’aide internationale arrive au compte-goutte
L’aide internationale continuait d’arriver au compte-goutte en Birmanie dimanche, en particulier depuis les pays voisins, deux jours après le puissant séisme qui a fait au moins 1.600 morts et 3.400 blessées, selon les chiffres de la junte birmane.
Le séisme, l’un des plus puissants à frapper le pays en un siècle, s’est produit vendredi à une profondeur de 10 kilomètres et l’épicentre a été localisé à 17,2 km de Mandalay, deuxième plus grande ville de Birmanie avec environ 1,5 million d’habitants.
La catastrophe naturelle a endommagé des infrastructures essentielles, notamment un aéroport, des autoroutes et des ponts, ralentissant les opérations humanitaires, ont indiqué les Nations unies.
« Tous les hôpitaux militaires et civils, ainsi que les professionnels de santé, doivent travailler ensemble de manière coordonnée et efficace pour garantir une réponse médicale effective », a déclaré le chef de la junte, le général Min Aung Hlaing, cité par les médias d’État.
L’Institut d’études géologiques des Etats-Unis (USGS) estime que le nombre de morts pourrait dépasser les 10.000 dans la seule Birmanie et le coût des dégâts pourraient dépasser la production économique annuelle du pays.
Certaines régions de la Thaïlande voisine ont également été touchées par le tremblement de terre, provoquant l’effondrement d’un gratte-ciel en construction et faisant 17 morts dans la capitale Bangkok, selon les autorités thaïlandaises. Au moins 78 personnes sont restées coincées sous les décombres de l’immeuble effondré.
« PAS D’AIDE, PAS DE SECOURS »
Le séisme a frappé une nation birmane en proie à une guerre civile qui s’est intensifiée depuis le coup d’État militaire de 2021, qui a renversé le gouvernement élu de la prix Nobel Aung San Suu Kyi et déclenché un soulèvement armé à l’échelle nationale.
Les combats ont mis à mal l’économie birmane largement agraire, déplacé plus de 3,5 millions de personnes et dévasté les services essentiels, notamment dans le secteur de la santé.
Le gouvernement d’unité nationale (NUG), un organe d’opposition fondé par d’anciens membres du gouvernement d’Aung San Suu Kyi, a déclaré que les milices anti-junte sous son commandement suspendraient toutes les actions militaires offensives pendant deux semaines à partir de dimanche.
« Le NUG, en collaboration avec les forces de résistance, les organisations alliées et les groupes de la société civile, mènera des opérations de sauvetage », a-t-il déclaré dans un communiqué.
Dans certaines des zones les plus durement touchées du pays, les habitants ont déclaré à Reuters que l’aide gouvernementale était jusqu’à présent limitée, laissant les habitants dans le dénuement.
La ville entière de Sagaing, près de l’épicentre du séisme, a été dévastée, raconte Han Zin, un habitant.
« Ce que nous voyons ici, c’est une destruction généralisée – de nombreux bâtiments se sont effondrés », a-t-il déclaré par téléphone. Une grande partie de la ville est privée d’électricité depuis la catastrophe et l’eau potable s’épuise.
« Nous n’avons reçu aucune aide et il n’y a aucun secouriste en vue. »
De l’autre côté du fleuve Irrawaddy, à Mandalay, la deuxième plus grande ville du pays, un secouriste explique que la plupart des opérations sont menées par de petits groupes de résidents auto-organisés qui ne disposent pas de l’équipement nécessaire.
« Nous nous sommes approchés de bâtiments effondrés, mais certaines structures sont instables pendant que nous travaillons », a déclaré le secouriste, qui a requis l’anonymat pour des raisons de sécurité.
HÔPITAL DE CAMPAGNE
Des dizaines de personnes sont probablement coincées sous des bâtiments en ruine à Mandalay, mais impossible de les secourir sans engins lourds, ont déclaré un travailleur humanitaire et deux habitants.
« Des gens sont toujours coincés dans les bâtiments, ils ne peuvent pas les faire sortir », a déclaré un habitant qui a demandé à ne pas être nommé.
Les hôpitaux de certaines régions du centre et du nord-ouest de Birmanie, notamment de Mandalay et de Sagaing, ont du mal à faire face à l’afflux de blessés, a indiqué le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies.
Plusieurs pays voisins, dont l’Inde, la Chine, la Thaïlande, la Malaisie et Singapour, ont envoyé du matériel et des équipes de secours.
Des avions militaires indiens ont effectué plusieurs sorties dans le pays samedi, transportant notamment des fournitures et des équipes de recherche et de sauvetage à Naypyidaw, la capitale administrative, dont certaines parties ont été détruites par le tremblement de terre.
L’armée indienne aidera à mettre en place un hôpital de campagne à Mandalay, et deux navires de la marine transportant des fournitures se dirigent vers la capitale commerciale, Rangoun, a déclaré le ministre indien des Affaires étrangères, Subrahmanyam Jaishankar.
La Chine a envoyé plusieurs équipes de secours, dont une est arrivée par voie terrestre depuis la province chinoise du Yunnan, dans le sud-ouest du pays, a fait savoir l’ambassade de Chine en Birmanie sur les réseaux sociaux.
Une équipe singapourienne de 78 membres, accompagnée de chiens de sauvetage, opérait à Mandalay dimanche, ont rapporté les médias d’État birmans.
(Reportage bureau de Bangkok, avec Shoon Naing et Wa Lone, rédigé par Devjyot Ghoshal, version française Kate Entringer)
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