Après trois ans de guerre, l’économie russe lorgne sur les propositions américaines pour la paix
par Alexander Marrow et Darya Korsunskaya
LONDRES (Reuters) – L’économie russe en surchauffe pourrait rapidement ralentir sous la pression conjuguée des taux d’intérêt élevés, des dépenses budgétaires importantes, d’une inflation persistante et des sanctions occidentales, mais pourrait profiter de la paix en Ukraine voulue par Washington.
Donald Trump presse en effet l’Ukraine pour qu’un accord de cessez-le-feu soit rapidement signé et accuse Kyiv d’être responsable de l’invasion de février 2022, une victoire politique pour Moscou qui pourrait aussi apporter son lot de bénéfices économiques.
Après trois années de guerre, Oleg Viougine, ancien vice-gouverneur de la Banque de Russie, explique que Moscou doit désormais choisir entre limiter ses dépenses militaires ou subir des années de croissance plus faible et d’inflation élevée qui éroderont le niveau de vie des Russes et feront peser des risques sociaux.
« La Russie veut négocier une fin diplomatique au conflit pour des raisons économiques, ce qui permettra d’éviter de diriger des ressources limitées vers des dépenses improductives », résume Oleg Viougine. « Il s’agit de la seule manière d’éviter la stagflation », un environnement économique caractérisé par une activité stagnante et de fortes hausses de prix.
De fait, si les investissements publics peuvent stimuler la croissance, ce n’est pas le cas des dépenses en missiles de l’Etat russe effectuées au dépend des autres secteurs d’activité.
Et, à 21%, le taux directeur de la Banque de Russie étouffe les investissements des entreprises sans parvenir à contraindre l’inflation.
Une baisse des dépenses militaires qui représentent un tiers du budget de la Fédération de Russie ne serait pas immédiate mais les perspectives d’une fin du conflit en Ukraine pourrait assouplir les conditions économiques, réduire les pressions liées aux sanctions et encourager les entreprises européennes à retourner en Russie.
« La Russie hésitera à stopper du jour au lendemain ses dépenses d’armement, car cela pourrait déclencher une récession tandis que l’armée doit être réapprovisionnée », souligne Alexander Kolyandr, chercheur au Centre pour l’analyse politique européenne.
L’offre de main d’œuvre est contrainte par le recrutement et l’émigration, le chômage atteignant un plus bas de 2,3%, et un retour d’une partie des soldats à la vie civile atténuerait les tensions sur les marchés du travail, et donc l’inflation.
Les pressions sur les prix pourraient aussi s’affaiblir si Washington est moins enclin à sanctionner les entreprises exportant en Russie, ajoute Alexander Kolyandr.
RALENTISSEMENT
Les marchés russes ont salué les perspectives de cessez-le-feu et d’un assouplissement des sanctions, le rouble touchant un plus haut en six mois face au dollar vendredi.
L’économie russe a crû fortement après une petite contraction en 2022, mais le gouvernement s’attend à ce que la croissance ralentisse à entre 1% et 2% cette année, contre 4,1% en 2024.
La banque centrale, quant à elle, juge qu’il est trop tôt pour envisager un assouplissement de ses taux, la gouverneure de l’institution, Elvira Nabioullina, déclarant le 14 février que ce ralentissement est naturel et tient à une croissance de la demande plus rapide que celle de la production.
Le soutien budgétaire important complique par ailleurs la tâche de la Banque de Russie, le déficit budgétaire ayant été multiplié par 14 sur un an en janvier, à 1.700 milliards de roubles, Moscou concentrant ses dépenses en début d’année.
Le ministère des Finances, qui a revu à trois reprises ses projections budgétaires l’an dernier, projette un déficit public sur 2025 de 1.200 milliards de roubles.
« Il est très important que le déficit demeure (…) celui projeté actuellement par le gouvernement », a alerté Elvira Nabioullina.
LA CAROTTE ET LE BÂTON
La guerre s’est révélée profitable pour une partie de la population russe et coûteuse pour le reste.
Les salaires des employés des secteurs liés à l’armée ont fortement progressé, les employés des secteurs civils ayant à l’inverse du mal à terminer les fins de mois.
Certaines entreprises ont su tirer parti des bouleversements commerciaux, qui ont réduit la compétition sur certains segments: le détaillant de vêtements Melon Fashion a profité du report de la demande et vu ses revenus progresser avec régularité.
La marque explique s’être fortement étendue au cours des deux dernières années, la taille moyenne de ses nouveaux magasins ayant doublé depuis 2023.
Pour de nombreuses autres entreprises, les taux élevés posent toutefois problème.
« Les taux actuels limitent le développement de nouveaux projets. Il y a moins d’investisseurs et ceux-ci sont désormais contraints par les conditions (de crédit) des banques », constate Elena Bondartchouk, fondatrice d’Orientir, spécialiste des entrepôts.
Des prix du pétrole en berne, des contraintes budgétaires et une hausse des volumes de créances douteuses font partie des principaux risques auxquels est confrontée la Russie, selon des documents internes à la Banque de Russie et au ministère russe des Finances. Donald Trump a par ailleurs prévenu qu’une absence d’accord pourrait le conduire à imposer de nouvelles sanctions contre Moscou.
« Les États-Unis ont un impact important sur l’économie, ce qui explique pourquoi les Russes sont heureux de les rencontrer », commente Chris Weafer, directeur général de Macro-Advisory.
Mais « les États-Unis montrent que la coopération sera récompensée par un assouplissement des sanctions, qui seront durcies dans le cas contraire », conclut le dirigeant.
(Reportage Alexander Marrow et Darya Korsunskaya, version française Corentin Chappron, édité par Kate Entringer)
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
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Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
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