Allemagne: L’AfD en tête en Saxe-Anhalt, le débat sur la Russie refait surface
par Kirsti Knolle
NAUMBURG, Allemagne, 2 septembre (Reuters) – Pour Rainer Huppenbauer, comme pour de nombreux Est-Allemands, des décennies de coexistence avec les troupes soviétiques ont façonné une perception de la Russie qui continue d’alimenter la ligne de fracture dans la politique allemande depuis l’invasion russe de l’Ukraine.
Ce marchand de vin à Naumburg, dans le Land de Saxe-Anhalt, indique que cette expérience a laissé à beaucoup d’habitants de l’ancienne République démocratique allemande (RDA) le sentiment que la Russie n’est pas leur ennemie naturelle.
« Les citoyens de la RDA ont appris à vivre avec les Russes, parce que c’est préférable à se battre contre eux », dit-il. « Ce n’est pas qu’ils soient pro-russes, ils ne veulent simplement pas qu’on leur répète chaque jour à quel point les Russes sont dangereux ».
À l’approche des élections régionales de dimanche en Saxe-Anhalt, la divergence d’opinion sur la Russie a de nouveau émergé comme un enjeu électoral, après que Berlin a accusé Moscou d’être responsable d’une tentative d’attaque par drone à l’aéroport de Leipzig, ainsi que de se livrer à des activités d’espionnage et à des actes de sabotage répétés contre des infrastructures allemandes.
Les sondages suggèrent que l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), parti d’extrême droite anti-immigration bénéficiant d’un fort soutien dans l’est, pourrait accéder pour la première fois au pouvoir dans un Land.
L’AfD réclame la fin du soutien allemand à l’Ukraine et une reprise des accords énergétiques avec la Russie, qui fournissait à l’Allemagne du pétrole et du gaz à bas coût avant leur interruption à la suite de l’invasion russe en 2022.
Son programme prévoit également un renforcement de l’enseignement du russe à l’école et souligne « l’importance de maintenir de bonnes relations avec la Russie sur les plans économique et culturel ».
Selon la coalition du chancelier Friedrich Merz, composée de conservateurs et de sociaux-démocrates, ces propos renforcent l’idée qu’un gouvernement dirigé par l’AfD adopterait une ligne favorable au président russe Vladimir Poutine, qu’ils accusent de mener une guerre hybride contre l’Allemagne.
L’an dernier, le nouveau gouvernement a mis fin à des décennies de rigueur budgétaire afin de dégager des centaines de milliards d’euros pour le renforcement des capacités militaires face à la menace perçue de la Russie.
UNE EXPÉRIENCE COMMUNE
Pendant des décennies, des chars ont sillonné les rues pavées, des officiers russophones fréquentaient les restaurants et des soldats vivaient dans des casernes de la ville est-allemande de Naumburg.
Silke Satjukow, professeure d’histoire contemporaine à l’université de Halle-Wittenberg, a indiqué que l’attrait de l’AfD dans la partie est de l’Allemagne s’explique par une expérience commune que les habitants de l’ouest n’ont jamais connue.
« Du berceau à la tombe, chaque enfant de la RDA entendait que l’Union soviétique était ‘l’Amie' », a-t-elle ajouté.
« Il y avait à peu près autant de soldats soviétiques ici que d’habitants, soit environ 30.000 militaires », a déclaré le maire de Naumburg, Armin Mueller.
EMPLOIS PERDUS, IDENTITÉ PERDUE ?
Stefan Zimmerer, originaire de Naumburg, s’était réfugié à l’ambassade de la République fédérale d’Allemagne à Prague en 1989 avant de revenir quelques mois après la chute du mur de Berlin.
Il a ensuite vu des Allemands de l’Ouest prendre les rênes des entreprises et des institutions locales tandis que de nombreux habitants de l’Est perdaient leur emploi.
Selon lui, beaucoup d’Est-Allemands en ont assez d’être qualifiés d’amis de Vladimir Poutine, de nazis ou d’électeurs ingrats de l’AfD parce qu’ils estiment que les responsables politiques ignorent leurs préoccupations.
Le souvenir de l’effondrement économique de l’ex-RDA reste vif. En l’espace d’une décennie après la réunification, le nombre d’emplois y a chuté de moitié.
Aujourd’hui, plus de trente ans après la chute du mur de Berlin, les habitants de l’Est ne disposent que d’environ un quart du patrimoine de ceux de l’Ouest, selon le rapport sur la compétitivité de 2026.
Dans le contexte des crises actuelles, de nombreux Allemands de l’Est ne font pas confiance à Berlin pour protéger la prospérité qu’ils ont mis des décennies à construire. Ils sont favorables à un rapprochement avec la Russie, dans l’espoir de retrouver l’énergie bon marché qui a contribué à améliorer leur niveau de vie.
« La Russie reste très présente dans les esprits. Beaucoup pensent qu’il faut maintenir de bonnes relations avec elle, faire des affaires avec elle, acheter son pétrole et son gaz, et que tout redeviendra comme avant l’invasion de l’Ukraine », a déclaré le marchand de vin Rainer Huppenbauer.
« Et ceux qui leur promettent cela sont ceux qui remportent les élections ».
(Rédigé par Kirsti Knolle, version française par Aleksandra Kret, édité par Augustin Turpin)
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Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
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Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
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