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Allemagne: La victoire de l’AfD fragilise l’agenda réformateur de Merz

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par Maria Martinez

BERLIN, 8 septembre (Reuters) – La victoire historique de l’extrême droite aux élections régionales en Allemagne a ravivé les tensions au sein de la coalition du chancelier Friedrich Merz, les sociaux-démocrates réclamant un assouplissement des réformes économiques et sociales prévues par le gouvernement.

L’Alternative pour l’Allemagne (AfD) est arrivée en tête du scrutin organisé dimanche en Saxe-Anhalt, sur fond de mécontentement lié à la bureaucratie, à la hausse du coût de la vie, aux inquiétudes concernant les retraites et au ralentissement économique.

Friedrich Merz, dont la popularité ​est à un niveau ‌historiquement bas, a réaffirmé son intention de maintenir son programme de réformes, notamment le relèvement ​de l’âge de la retraite et ⁠le durcissement des règles encadrant les indemnités maladie, tout en reconnaissant avoir mal expliqué ces mesures aux électeurs.

Son partenaire ‌de coalition, le Parti social-démocrate (SPD), réclame ‌toutefois des discussions sur d’éventuels ajustements des réformes, ainsi qu’un réexamen du budget 2027 et une relance du débat sur l’impôt sur les successions et la fortune.

TENSIONS AU SEIN DE LA COALITION

La progression de l’AfD, arrivée deuxième aux élections fédérales de 2025, a contraint les principaux partis allemands de centre droit ​et de centre gauche à gouverner ensemble afin d’empêcher l’extrême droite d’accéder au pouvoir.

Selon plusieurs analystes, les demandes du SPD pourraient retarder les réformes, voire les faire échouer si les tensions au sein de la coalition s’aggravaient.

« La question principale est de savoir si les deux partenaires se rapprocheront pour mener les réformes à bien ou si leur instinct de survie finira par déstabiliser la coalition », a déclaré Carsten Brzeski, responsable mondial de la recherche macroéconomique chez ING.

Ralph Solveen, économiste senior chez Commerzbank, estime lui aussi que ce scrutin renforcera les appels ⁠à infléchir la politique gouvernementale, au risque d’accentuer les divisions au sein de la coalition.

« Comme souvent après une défaite électorale, les voix appelant chaque parti à affirmer davantage ⁠ses positions ne tarderont pas à se faire entendre », a-t-il déclaré.

Selon des sources au sein du SPD, le programme de réformes ne doit pas être abandonné, mais complété par de nouvelles mesures, notamment pour renforcer la dimension sociale.

LES RÉFORMES ÉCONOMIQUES PEINENT À CONVAINCRE

Arrivé au pouvoir en 2025 avec la promesse de relancer l’économie allemande, Friedrich Merz n’est pas parvenu à regagner la confiance des électeurs avec le premier paquet de réformes présenté en juillet.

La vague d’investissements rendue possible par un fonds d’infrastructures de 500 milliards ⁠d’euros ‌et par l’assouplissement des règles d’endettement pour les dépenses de défense met plus de temps que prévu à se répercuter.

Pourtant, l’économie montre ⁠des signes de redressement et plusieurs instituts ont relevé leurs prévisions de croissance. Cette amélioration est toutefois intervenue trop tard ​pour convaincre les électeurs ​de Saxe-Anhalt, le Land le plus pauvre d’Allemagne en termes de produit intérieur brut (PIB) par habitant.

L’AfD, parti anti-immigration arrivé en tête du scrutin sans obtenir la majorité absolue ​au parlement régional, s’est imposée comme le principal porte-voix du rejet du système politique de consensus qui domine l’Allemagne depuis la Seconde Guerre mondiale.

Selon des sources au sein des partis de la coalition, le SPD attribue ce revers ‌électoral à une politique budgétaire trop restrictive, ​tandis que l’Union chrétienne-démocrate (CDU) pointe du doigt le niveau élevé des impôts et de la dette.

La Saxe-Anhalt ne représente toutefois que 1,8% du PIB allemand et les principaux ​leviers économiques, comme la fiscalité, le marché du travail ou la protection sociale, relèvent du gouvernement fédéral. La victoire de l’AfD ne devrait donc pas modifier substantiellement la politique économique nationale.

Des économistes redoutent néanmoins qu’elle ne décourage certains investisseurs étrangers et travailleurs qualifiés.

Plus largement, ce scrutin alimente les inquiétudes sur un recul du soutien à l’intégration européenne, à l’ouverture des marchés et à la libre circulation de la main-d’œuvre, autant d’éléments qui ont longtemps contribué à la réussite économique allemande.

Les partisans des réformes déclarent toutefois que les responsables politiques doivent poursuivre les changements structurels rendus nécessaires par ⁠la montée en puissance de l’industrie chinoise et la disparition des approvisionnements énergétiques russes bon marché depuis le début de la guerre en Ukraine.

« Nous avons besoin de réformes bien plus ambitieuses que l’Agenda 2010 d’il y a vingt-cinq ans », a déclaré Marcel Fratzscher, président de l’institut ​de recherche économique DIW.

« Faute de quoi, l’AfD aura davantage de chances d’obtenir la majorité absolue en ​2029. »

(Maria Martinez ; Version française Aleksandra Kret, édité par Augustin Turpin)

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