L’Ethiopie déclare l’état d’urgence face aux avancées des rebelles du Tigré
L’Ethiopie a déclaré mardi l’état d’urgence après que les combattants de la région du Tigré, dans le nord, ont revendiqué des avancées territoriales et déclaré envisager de marcher sur la capitale Addis-Abeba.
Cette décision, rapportée par la presse officielle, survient deux jours après que le Premier ministre Abiy Ahmed a appelé la population à prendre les armes pour se défendre face aux forces du Front populaire de libération du Tigré (TPLF).
Les autorités de la capitale ont demandé dans la journée aux habitants d’enregistrer leurs armes et de se préparer à protéger leurs quartiers.
Le TPLF a revendiqué ces derniers jours la capture de plusieurs villes et évoqué la possibilité d’avancer jusqu’à Addis-Abeba, qui se trouve à environ 380 kilomètres au sud de la position actuelle de ses combattants.
C’est la première fois depuis février 2018 que l’Ethiopie déclare l’état d’urgence. A l’époque, la mesure avait duré six mois, en amont de la passation de pouvoir à Abiy Ahmed; les mouvements de la population avaient été restreints, et des milliers de personnes arrêtées.
Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, est « extrêmement préoccupé par l’escalade des violences en Ethiopie et la récente déclaration de l’état d’urgence », a déclaré son porte-parole dans un communiqué.
« La stabilité de l’Ethiopie et de la région toute entière est en jeu », a ajouté Stephane Dujarric, rappelant l’appel d’Antonio Guterres à la cessation immédiate des hostilités, à l’accès sans limites de l’aide humanitaire et à l’ouverture d’un dialogue national inclusif.
Getachew Reda, porte-parole du TPLF, a évoqué l’hypothèse de la mise en place d’un gouvernement provisoire si les forces du Tigré et leurs alliés parviennent à faire chuter l’actuel gouvernement.
Un dialogue national serait alors nécessaire également, a-t-il ajouté, précisant qu’Abiy Ahmed et ses ministres ne seraient pas conviés mais au contraire traduits devant la justice.
Le gouvernement éthiopien dit lui aussi vouloir juger les chefs du TPLF.
Après que le TPLF a revendiqué la capture des villes de Dessie, Kombolcha et Burka, toutes situées dans la région Amhara, un porte-parole du gouvernement a contesté les gains des rebelles à Dessie et Kombolcha, avant de les accuser d’avoir tué une centaine de jeunes à Kombolcha.
Depuis le début du conflit, en novembre 2020, des milliers de civils ont été tués, le Tigré a plongé dans la famine et plus de 2,5 millions de personnes vivant dans le nord ont été contraintes de fuir.
L’émissaire spécial américain pour la corne de l’Afrique, Jeffrey Feltman, a déclaré mardi que Washington s’inquiétait de la dégradation de la situation humanitaire dans le nord de l’Ethiopie, appelant les parties prenantes au conflit à oeuvrer à la désescalade et à laisser entrer l’aide humanitaire.
Le gouvernement éthiopien nie empêcher la livraison d’aide alimentaire.
Par ailleurs, l’administration du président américain Joe Biden a accusé l’Ethiopie de « violations flagrantes des droits de l’homme », indiquant son intention de retirer le pays d’un pacte lui permettant d’accéder sans taxes au marché américain.
(Reportage du bureau d’Addis-Abeba, Maggie Fick et Katharine Houreld à Nairobi, avec Humeyra Pamuk et Simon Lewis à Washignton, Michelle Nichols aux Nations unies; version française Jean Terzian, édité par Jean-Michel Bélot)
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