La place de l’extrême droite au coeur des législatives en Suède
Les Suédois sont appelés aux urnes dimanche pour des élections législatives en forme de référendum pour ou contre l’entrée de l’extrême droite au gouvernement dans un pays autrefois jugé comme l’un des plus progressistes d’Europe.
L’incertitude plane sur le résultat du scrutin alors que l’écart s’est resserré entre le bloc de centre-gauche, donné largement victorieux il y a encore quelques semaines, et la droite au pouvoir alliée aux Démocrates de Suède, une formation anti-immigration plongeant ses racines dans la mouvance néo-nazie.
En quête d’un deuxième mandat consécutif, le Premier ministre Ulf Kristersson, chef du Parti des Modérés (conservateur), a promis d’offrir des ministères au parti de Jimmie Akesson, qui soutenait jusqu’ici, depuis les élections législatives de 2022 et son score supérieur à 20%, le gouvernement au Parlement sans faire partie de l’exécutif.
« Nous sommes convenus de faire campagne sur un programme visant à bâtir un gouvernement majoritaire en commun, et que je dirigerai ce gouvernement », expliquait fin août Ulf Kristersson à Reuters.
Le Premier ministre sortant affirme que sa coopération avec les Démocrates depuis 2022 a permis à la Suède d’afficher une forte croissance économique, de baisser les prix de l’énergie et de l’alimentation, de réduire la violence des gangs et de ramener le nombre de demandeurs d’asile à un niveau historiquement bas.
Au cours des quatre dernières années, le gouvernement a supprimé le statut de résident permanent pour les réfugiés, désormais expulsables pour « mauvaise conduite », et durci les conditions d’obtention des aides sociales.
Le nombre de demandeurs d’asile est tombé à son plus bas niveau depuis quarante ans mais si Ulf Kristersson souhaite désormais se concentrer sur la politique d’intégration, les Démocrates de Suède (SD) veulent aller plus loin.
« En Suède, ce sont la culture suédoise, la langue suédoise, les lois suédoises, les normes suédoises, la morale suédoise et les traditions suédoises qui s’appliquent », insiste le député SD Mattias Karlsson, proche de Jimmie Akesson. « Si vous n’êtes pas capable d’accepter ça, vous devez trouver un autre endroit pour vivre. »
NORMALISATION OU BASCULEMENT ?
Pour certains analystes, l’entrée au gouvernement du parti d’extrême droite, qui a présenté l’an dernier des excuses officielles pour ses liens historiques avec le nazisme et l’antisémitisme, entérinerait la réussite de l’entreprise de dédiabolisation conduite par Jimmie Akesson.
« Ces élections sont un référendum sur les Démocrates de Suède, pour savoir si nous continuons ou non à nous engager sur une pente d’extrême droite », estime le commentateur politique Jan Guillou.
Des mesures que de nombreux Suédois auraient considérées il y a dix ans comme un rejet des valeurs progressistes du pays ont désormais été acceptées par une grande partie de l’échiquier politique, notamment le durcissement de la politique migratoire.
Droite et gauche convergent sur certains points essentiels aux yeux des électeurs, comme le renforcement du système de protection sociale, la poursuite du soutien à l’Ukraine, le réarmement du pays ou des mesures en faveur du pouvoir d’achat.
« Je pense que vous allez assister à une normalisation progressive des Démocrates de Suède », assure Lars Tragardh, un historien qui a supervisé la publication l’an dernier par le gouvernement d’une liste recensant les joyaux du patrimoine culturel suédois, jugée par ses détracteurs comme trop restrictive et exclusive.
L’opposition dénonce au contraire le risque de voir la Suède changer de visage.
« Si les Démocrates suédois entraient au gouvernement, cela aurait un impact extrêmement négatif sur les idéaux progressistes de notre pays », redoute Birgitta Ohlsson, ministre des Affaires européennes de 2010 à 2014 et aujourd’hui députée du Parti du Centre, l’une des quatre formations du bloc de centre-gauche. « Nous avons déjà constaté les effets lorsqu’ils étaient en dehors du gouvernement, et ce serait dix fois pire. »
Dans un message de campagne publié sur les réseaux sociaux, la cheffe de file du bloc de gauche, l’ancienne Première ministre sociale-démocrate Magdalena Andersson, a estimé que le choix des électeurs porterait non pas sur la désignation d’Ulf Kristersson comme Premier ministre mais sur le fait de savoir si les Démocrates de Suède allaient façonner la politique du pays en matière de défense, d’éducation, de culture et de finances.
« Ce serait une Suède très différente », a-t-elle mis en garde.
En cas de victoire, Magdalena Andersson devra relever un défi de taille : constituer une coalition stable entre son parti, les Verts, le Parti de Gauche et le Parti du Centre.
Si les quatre partis s’accordent globalement sur plusieurs points comme l’augmentation des prestations sociales et des dépenses publiques, ils divergent sur d’autres questions clés comme la taxation des milliardaires ou la construction de nouvelles centrales nucléaires, et le Parti du Centre refuse de siéger dans le même gouvernement que le Parti de Gauche.
Les bureaux de vote ouvriront à 06h00 GMT et fermeront à 18h00 GMT.
(Jean-Stéphane Brosse pour la version française)
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