Pétrole, Iran et droits de l’homme au menu du dîner entre Macron et « MBS » à l’Elysée
par Elizabeth Pineau et John Irish
PARIS (Reuters) – Emmanuel Macron a accueili jeudi soir à Paris le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane pour un dîner de travail, alors que les dirigeants occidentaux cherchent à apaiser leurs liens avec le royaume producteur de pétrole sur fond de guerre en Ukraine.
Sur le parvis de l’Elysée, le président français, de retour d’une tournée en Afrique, a longuement serré la main de celui que l’on surnomme « MBS », arrivé à Paris après une première étape européenne en Grèce.
En décembre à Djeddah, Emmanuel Macron avait été le premier dirigeant occidental à rencontrer le prince saoudien depuis le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi en 2018 dans lequel Ryad est soupçonné d’avoir joué un rôle, ce que nient les autorités saoudiennes.
La visite de jeudi suscite les critiques de groupes de défense des droits de l’Homme et de l’opposition française.
« On n’a pas besoin de réhabiliter un prince meurtrier, on a surtout besoin de porter un langage des droits humains », a déclaré sur France Inter la secrétaire générale d’Amnesty International, Agnès Callamard.
« Au menu du dîner entre @EmmanuelMacron et #MBS le corps démembré du journaliste Khashoggi ? Le chaos climatique ? La paix et les droits humains ? Le jour du dépassement ? Non ! Du pétrole et des armes ! L’exact opposé de ce qu’il faut faire ! », a écrit sur Twitter l’eurodéputé Yannick Jadot, ancien candidat écologiste à l’élection présidentielle.
L’Elysée a fait savoir qu’Emmanuel Macron aborderait la question des droits de l’homme avec son hôte. « Il l’abordera en termes généraux mais il en profitera aussi pour aborder des cas individuels », a-t-on ajouté.
De leur côté, les organisations non gouvernementales Democracy for the Arab World Now (DAWN), Open Society Justice Initiative (OSJI) et Trial International ont déposé plainte auprès de la justice française contre Mohammed ben Salmane pour complicité de torture et de disparition forcée, en lien avec le meurtre de Jamal Khashoggi.
DEUX SEMAINES APRÈS LA VISITE DE BIDEN
Alors que la crise énergétique et alimentaire se fait chaque jour plus aiguë, les dirigeants occidentaux se rapprochent des pouvoirs régionaux pour contrer l’influence de la Russie malgré les préoccupations en matière de droits humains.
Emmanuel Macron s’est entretenu ces derniers jours à Paris avec le président des Émirats arabes unis Mohammed ben Zayed Al Nahyane puis avec le président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, sans rencontre avec la presse.
Les pays européens cherchent à diversifier leurs sources d’énergie après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, qui a réduit ses approvisionnements de l’Europe en gaz.
« La question des fournitures et des attentes des Européens et des Français en matière énergétique sera abordée », a fait savoir l’Elysée. « C’est une question mondiale. Le président prend toute sa part dans les démarches qui sont faites. »
Les Occidentaux veulent convaincre Riyad d’ouvrir les vannes du pétrole, dont le royaume est l’un des principaux producteurs, afin de faire baisser les prix.
Jusqu’ici, le dirigeant saoudien a refusé d’accroître la production pour respecter son engagement vis-à-vis de l’OPEP, répétant que son pays était au maximum de ses capacités avec une faible marge de progression.
Autre sujet au menu du dîner : le nucléaire iranien, à l’heure où les pourparlers entre les grandes puissances et l’Iran pour relancer l’accord de 2015 sont au point mort. L’Arabie saoudite, grand rival de l’Iran, craint que Téhéran ne devienne une puissance nucléaire et s’inquiète de plus en plus de ses activités dans la région.
Il est encore temps de trouver un accord sur le nucléaire iranien mais la balle est dans le camp de l’Iran, a-t-on déclaré sur ce point dans l’entourage d’Emmanuel Macron.
La rencontre de l’Elysée signe une nouvelle étape du retour de Mohammed ben Salmane sur la scène internationale, moins de deux semaines après la visite du président américain Joe Biden en Arabie saoudite.
La mini-tournée européenne du prince vise à « évoquer les relations bilatérales et les moyens de les renforcer dans différents domaines », ont souligné les autorités saoudiennes en annonçant le voyage.
(Reportage Elizabeth Pineau et John Irish, édité par Sophie Louet, Jean-Michel Bélot et Jean Terzian)
Campagne annuelle de financement 2026-2027 du Journal Chrétien
Le Journal Chrétien lance sa campagne de dons 2026-2027 pour financer sa plateforme de médias chrétiens visant à financer le site d'information Chretiens.com, l'application de ressources bibliques Bible.audio, et la chaîne de télévision chrétienne Chrétiens TV diffusée sur le canal 483 de Free en France. La concentration des médias aux mains d'un petit nombre d'acteurs économiques et de milliardaires représente une menace sur le pluralisme et l'indépendance de la presse.
Les dangers de la concentration des médias aux mains des milliardaires
A cause de la crise économique, de nombreux médias en difficulté financière ont été rachetés par des industriels puissants pour assurer leur survie. Les dangers de cette concentration des médias aux mains des milliardaires sont nombreux :
1. Menace sur le pluralisme et la diversité des opinions : En France, une poignée de milliardaires ou de grands groupes industriels (actifs dans le luxe, l'armement, le BTP ou les télécommunications) détiennent l'immense majorité des quotidiens nationaux, des chaînes de télévision et des radios. Cette emprise réduit la variété des points de vue, appauvrit le débat public et favorise les conflits d'intérêts.
2. Perte d'indépendance et autocensure des rédactions : Les journalistes risquent de subir des pressions directes ou indirectes de la part des actionnaires. De plus, les médias appartenant à des groupes industriels peuvent hésiter à enquêter de manière transparente sur les activités de leurs propres propriétaires ou de leurs partenaires économiques.
3. Uniformisation et baisse de la qualité de l'information : Pour des raisons de rentabilité, certains groupes privilégient des contenus à bas coût, comme des plateaux d'experts et des commentaires en continu, au détriment du travail d'investigation et de terrain.
Les églises évangéliques, une cible privilégiée des médias grand public
Le traitement des Églises évangéliques par les médias grand public suscite de vives tensions et est souvent perçu par les chrétiens et les instances représentatives comme un vecteur de stigmatisation ou de caricature.
Les critiques envers les médias traditionnels
1. Les amalgames et le sensationnalisme : Des reportages télévisés (comme celui d' Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » diffusé fin 2025) ont mis en lumière la vulnérabilité des églises évangéliques face à aux médias hostiles à ce courant du protestantisme.
Les institutions comme le Conseil national des évangéliques de France (CNEF) et la Fédération Protestante de France (FPF) ont dénoncé des méthodes journalistiques contestables et des généralisations hâtives.
2. La méconnaissance du fait religieux : Les grands médias utilisent parfois un vocabulaire inadapté (confondant les pratiques, les rites ou la structure des petites églises locales avec de grandes mega-churches ou des mouvements ultra-minoritaires).
3. Le sentiment de rejet : Pour la majorité des communautés évangéliques, qui sont modestes et ancrées dans le bénévolat, ces portraits médiatiques renvoient une image de « monstres » ou de sectarisme éloignée de leur réalité quotidienne.
Le piège de l’uniformisation de l'information
L’uniformisation de l'information constitue un obstacle à un débat citoyen éclairé sur des sujets de société susceptibles d’intéresser la communauté chrétienne tels que :
1. l’éthique de la vie et de la famille (avortement et fin de vie, sexualité et genre, la place de la famille);
2. l’engagement citoyen et le vivre ensemble (participation civique, action caritative et humanitaire);
3. la sauvegarde de la Création (Ecologie) et l’éco-théologie qui invite les chrétiens à repenser leur style de vie et à agir pour la protection de l'environnement, perçue comme un mandat biblique de « gestion » de la Création confiée par Dieu;
4. les dérives et controverses médiatiques :
- Les dérives sectaires et l'emprise mentale : Les médias séculiers estiment que l’expansion rapide de nouvelles structures de type « méga-églises » suscite l'attention des autorités (comme la Miviludes en France) face aux risques d'emprise psychologique, de pressions financières (la dîme) ou d'abus spirituels.
- Les influences politiques : Certains reportages et enquêtes (notamment menés par des émissions comme Envoyé spécial) interrogent également les liens discrets qui existeraient entre des courants évangéliques radicaux et la sphère politique, y compris l'extrême droite.
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Les instances protestantes et la communauté chrétienne ont vivement réagi contre les amalgames présentés à l'antenne à la suite de la diffusion du numéro d’Envoyé spécial intitulé « Évangéliques : un succès pas si angélique ? » sur France 2 fin septembre 2025. Il a été reproché à l'émission des méthodes journalistiques qualifiées de contestables : montage à charge, questions orientées et absence d'experts nuancés.
Le reportage est accusé de réduire à des caricatures sectaires ou mercantiles la réalité des églises évangéliques et de généraliser des pratiques observées seulement dans certaines méga-églises.
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